Coignet, Jules   [Hrsg.]; Achard, Amédée   [Hrsg.]
Bade et ses environs — Paris, 1858

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BADE.

Tour à tour ou dépasse Iienchen, Achern, où les entrailles de Turenne sont enterrées dans la petite
chapelle de Saint-Nicolas; Ottersweier, voisin des Lains de la Hule, construits en 1811; Bùlil, fameux
par la fertilité de ses campagnes surnommées das golden Land (la terre d'or), et qui produisent
le vin d'Affenthaler recherché des gourmets; Steinbach, où naquit Erwin, le grand architecte à qui
l'on doit les cathédrales de Fribourg et de Strasbourg; Sinzhcim et Oos, où l'on quitte la ligne prin-
cipale pour prendre le petit embranchement à une seule voie qui aboutit à Bade.

Mais quel jardin délicieux depuis Rehl, et quel encadrement que celui de la foret Noire! Toutes ces
petites villes endormies clans la plaine, avec leurs chaumières blotties sous les arbres, rappellent ces
hameaux que le caprice d'un ministre tout-puissant improvisait pour l'amusement d'une czarine en
voyage.

Vous regardez encore, que déjà vous êtes à Bade. Le convoi s'arrête dans une gare élégante et spa-
cieuse; des voitures vous attendent, et, deux minutes après, vous passez devant ces deux énormes
peupliers garnis de bancs circulaires qui marquent l'entrée de la ville.

Vous avez, dès le premier coup d'œil, une idée de la puissante végétation de ce pays.

Bientôt après vous passez devant une longue ligne de splendides hôtels bordés de jardins, et mille
surprises vous accueillent : partout des bosquets, partout des promenades ; partout des sentiers qui
rampent au flanc de collines si charmantes, qu'on les dirait dessinées par un paysagiste ; partout des
pelouses et des catalpas en fleur, des avenues de tilleuls et de marronniers, des massifs de rhododen-
drons, des chalets et des villas où l'aristocratie abrite ses loisirs; partout l'ombre et la fraîcheur.

Si vous voulez bien voir Bade, il faut s'arrêter sur cette terrasse ombragée de gigantesques tilleuls
qui borde les jardins de la résidence grand-ducale. La promenade n'est pas longue; on peut y monter
en voiture, et les jardins sont charmants. Bade est à vos pieds.

Voilà le monticule sur lequel la ville s'élève doucement; la cathédrale est là avec son clocher; tout
auprès le Graben, qui s'incline vers le palais de justice; tout autour un entassement de maisons et
d'hôtels; plus loin, les ponts jetés sur l'Oosbach, les avenues ombreuses qui encadrent une pelouse au
sommet de laquelle apparaît la Maison de Conversation, et, sur la droite, la Trinkhalle avec sa colon-
nade; et là-bas, sur la gauche, l'allée de Lichtenthal que protègent des chênes séculaires, et qui suit,
jusqu'au village de ce nom, le pied des collines oii des villas coquettes sont posées.

Si le regard vole au delà, il découvrira un cercle pittoresque de montagnes boisées, aux crêtes
inégales, que dominent, à l'horizon, la tour d'Yburg et le mont Mercure, et sur les pentes vertes
qui montent de la vallée, des chalets, des hameaux, des bouquets d'arbres, des sentiers qui se perdent
sous l'ombre des forêts prochaines, et partout une nature à la fois riante et forte qui multiplie les
aspects les plus charmants.

La vue seule de ce panorama vous explique l'aristocratique population de Bade.

Maintenant, sans sortir de la ville, vous avez des promenades et des points de vue.

Sur le sommet du plateau qui couronne Bade s'élève le nouveau château, qui date du xv° siècle, et
que le grand-duc Léopold a décoré avec beaucoup de goût et de magnificence. Les jardins ménagés sur
cette élévation sont gracieusement dessinés et tout semés de beaux ombrages. Le château, vu de ses
jardins, avec les grands lierres qui le tapissent et ses fenêtres à persiennes vertes, a l'apparence d'une
vaste maison de campagne ; mais on vous fera voir à l'intérieur d'immenses souterrains qui furent les
prisons des margraves de Bade. Leurs lourdes portes, faites d'un bloc de pierre, vous étonneront
par leur masse et leur épaisseur. Quand elles roulent sur leurs gonds silencieux, la pensée se reporte
vers ces époques lointaines où la féodalité étendait son empire sur les bords du Rhin. Quelle plainte
pouvait sortir de ces sombres demeures où le jour ne descend pas! Muettes étaient ces voûtes, indes-
tructibles ces murailles. La tradition raconte que ces souterrains dont les rameaux se prolongent au
loin ont vu les francs-juges et entendu leurs implacables arrêts. On vous montrera de plus les ouver-
tures noires de puits sans fond qu'on appelle les oubliettes du château. L'historien n'accueille qu'avec
une extrême réserve ces traditions formidables que la crédulité populaire et cent légendes assombrissent
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