Coignet, Jules   [Hrsg.]; Achard, Amédée   [Hrsg.]
Bade et ses environs — Paris, 1858

Seite: 46
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EBERSTEIN.

La route nouvelle qu'on suit pour arriver au nouvel Eberstein traverse Lichtenthal, longe la vallée
d'Oberbeuern jusqu'à une charmante scierie qu'elle laisse sur la droite, et gravit la montagne par une
pente douce et habilement ménagée. La fantaisie de l'ingénieur a simulé au flanc de cette route
la muraille d'un château fort : on dirait un rempart, et c'est un mur d'appui. Au sommet de la cote,
la route se partage en deux bras : l'un, à droite, descend vers Eberstein; l'autre, à gauche, court
vers Gernsbach.

Ce sont moins deux routes que deux allées de parc. Des sapins et des chênes leur versent une ombre
aimable, et sous leurs rameaux verts mûrissent la fraise et la framboise.

De distance en distance des bancs sont ménagés sous de grands arbres, aux points où la vallée
s'ouvre. On embrasse alors le paysage d'un seul coup d'œil, et chaque aspect nouveau arrache un cri
d'admiration. Quelquefois la route tracée au flanc de la montagne domine un gouffre où l'œil se perd
dans un abîme de verdure : les feuilles se mêlent aux feuilles. Plus loin elle s'enfonce au cœur de la
forêt entre deux longues colonnades de sapins. Si vous cherchez bien dans l'épaisseur des arbres,
peut-être verrez-vous un chevreuil qui fuit en bondissant. Des sentiers tracés par les piétons, lignes
blanches sur un tapis vert, disparaissent dans les replis de la montagne. Le bûcheron et le chasseur
y passent seuls.

De la terrasse qui s'étend devant la porte du château, terrasse hospitalière où des bancs et des tables
abrités sous des tilleuls attendent le promeneur, la vue s'étend sur toute la vallée de la Mur g.

Les scieries, les villages, la rivière aux cascades d'argent, Gernsbach et ses clochers, les chaumières,
les moissons, les radeaux, les prairies bordées de saules, les forêts sombres, tout apparaît à la fois comme
dans un immense panorama. Ici, à droite, sont les hauteurs où se cachent, dans un pli de la forêt
Noire, Forbach et les frontières du Wurtemberg: c'est un entassement de sapins. Là-bas, c'est la
plaine, et tout au loin les ballons des Vosges, pareils à des nuages rasant le sol. A vos pieds, la vallée
s'ouvre comme une coupe vers laquelle descend un vignoble qui donne un vin fameux, — le vin
d'Ebersbloot.

Peut-être vous rappellerez-vous ce paysage, peut-être croirez-vous le reconnaître avant même de
l'avoir vu ; c'est que vous l'aurez parcouru dans le royaume des songes.

Derrière ces rideaux d'arbres fruitiers, ici aux bords de la rivière, là dans un coin de la montagne,
ce sont les villages d'Oberstroth, d'Hilpertsaue, de Weissenbach, d'Ottenau, de Langenbrand, de
Gaggenau, d'Hœrdten.

Au-dessus des clochers, ces montagnes sont le Breisfeld, le Reitenberg, le Gumpertsweiss, le
Heiternell.

Si vous faites quelques pas dans la forêt, un guide vous conduira par d'étroits sentiers sur un rocher
formidable dont l'escarpement domine à pic le chemin de Gernsbach.

C'est le Saut du Comte, — Grafensprung, au pied duquel vous passez quand vous suivez la route
qui mène à Forbach.

Neu-Eberstein, réparé au commencement de ce siècle par le grand-duc Léopold, est entré dans le
domaine des margraves de Bade à l'extinction de la branche mâle des sires d'Eberstein. On y voit une
belle collection d'armes antiques, de vieux vitraux, de tableaux, d'ameublements gothiques que les
artistes peuvent étudier avec intérêt. Une vaste salle dont les fenêtres ouvrent sur la vallée est toute
remplie de ces objets précieux qu'une main pieuse a recueillis : voici des verres de Bohême armoriés,
des xve et xvie siècles ; des hanaps d'argent repoussés, d'un travail curieux; deux buires d'ivoire à
personnages admirablement sculptés, et qui sont deux merveilles; des vases de la renaissance, des
flambeaux ciselés, des coupes d'un galbe charmant. L'artiste et le curieux trouvent également leur
profit dans cette visite.

Les constructions modernes se marient aux vieilles murailles qui datent de l'ère féodale. Un escalier
de pierre vous conduit au sommet d'une tour carrée d'où la vue embrasse un horizon de montagnes et
de vallées, Les appartements modernes de la famille grand-ducale touchent aux restes vénérables du
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