Coignet, Jules   [Hrsg.]; Achard, Amédée   [Hrsg.]
Bade et ses environs — Paris, 1858

Seite: 53
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GERNSBACH.

emprisonnée par un barrage, la Murg calme et limpide s'endort. C'est Un vaste bassin à la surface
tranquille où se mirent les arbres de la rive. Là, pressée entre les pierres énormes qu'elle a charriées
dans sa fuite, elle se précipite et bouillonne avec fracas.

La rivière écume comme un torrent, et court de chute en chute jusqu'au Rhin, que la Murg atteint
à Steinmauern, près de Rastadt.

Souvent le passage de radeaux anime le paysage, si vivant déjà. Ces radeaux arrivent de Forbach,
où on les confie à la vague bondissante, sous la conduite d'un pilote. Ils partent le matin vers cinq
heures, et à deux heures ils sont à Gernsbach. Comment ne sont-ils pas brisés cent fois sur les pierres
dont le dos luisant hérisse le lit de la Murg, c'est le secret de ces pilotes.

On les voit descendre au fil de l'eau, armés de longues perches qui leur servent tout à la fois de
rames et de gouvernail, et courant de l'avant à l'arrière. Cent dangers les menacent, et ils les évitent
tous.

Des scieries dispersées sur les deux rives les attendent. On entend le bruit des chutes d'eau qui font
mouvoir les roues pesantes, et le grincement de la scie qui mord les poutres. Tout alentour, allant et
venant, des ouvriers choisissent parmi les sapins empilés ceux qu'ils doivent présenter aux dents
aiguës qui vont les débiter en planches ou eu madriers. D'énormes amas de bois sont rangés çà et là,
sans cesse entamés et sans cesse renouvelés. Un plan incliné où se tord une forte chaîne réunit le
plancher de la scierie au réservoir tout rempli de sapins flottants. Quelles forets que celles qui suffisent
à cette éternelle consommation !

Do tous côtés, des troncs d'arbres échoués sur le sable ou retenus au milieu de la rivière par un
récif attendent une crue d'eau. On les voit par centaines de Forbach à Gernsbach, épars en mille
endroits, ceux-là courts et trapus, ceux-ci longs et grêles.

Auprès de ces scieries, l'eau, retenue par des barrages qui élèvent le niveau de la rivière, déborde
de tous côtés et forme des cascades toutes blanches qui font ressortir les tons bruns des murailles et
des toits faits de planches. On dirait des aquarelles toutes préparées ; rien n'y manque, ni les laveuses
qui battent le linge sur le rivage, ni les enfants qui se poursuivent sous les saules, ni les bœufs qu'on
mène à l'abreuvoir, ni les chevaux qui passent sur la route, ni le berger qui traverse à gué la
rivière.

Sur la route qui sort de Gernsbach et longe la rive gauche de la Murg, cette chapelle gothique dont
la pierre rouge se marie au vert sombre des sapins, c'est la chapelle de Klingel. Ce petit clocheton
découpé à jour, ces frêles ogives où le trèfle se dessine, ajoutent à la grâce du paysage. Là-haut c'est
le château d'Eberstein — la pierre nu saxglier — qui domine la vallée.

Une double rangée de montagnes enserre la vallée de la Murg et la sépare des vallées de la Kinzig
et de l'Oos : cpie de villages cachés dans ces plis de forets d'où mille ruisseaux s'échappent !

Gernsbach compte à peu près deux mille deux cents habitants. La ville est située sur les pentes du
Gernsberg et du petit Staufenberg-, trois petits ruisseaux arrosent son territoire : le Waldbach, le
Ziegelbach et lTgelsbach. La ville est riche encore de douze cent trente arpents de forêts. Assise sur
les deux rives de la Murg, dont les communications sont assurées par un large et vigoureux pont bâti
sur de forts piliers de bois, Gernsbach est en quelque sorte le port de Forbach. C'est là qu'on travaille
les radeaux expédiés de la partie supérieure de la vallée. On les saisit au passage et on les gare sur le
rivage. Les uns, dépecés, sont livrés aux scieries voisines-, les autres, réunis ensemble et fortement
assujettis, recevront plus tard une population de mariniers, et partiront pour le Rhin, qui doit les
conduire en Hollande. Saluez ! ce sont des mâts de vaisseaux qui passent !

Une population de charpentiers, de scieurs et de flotteurs, habite Gernsbach, où les maisons se
pressent dans un désordre pittoresque. Une large voûte donne passage aux voitures qui arrivent du
côté de Forbach. Les rues sont étroites et toutes pleines de ces oppositions d'ombre et de lumière qui
plaisent tant aux coloristes. Des plantes grimpantes, le houblon, la vigne vierge, le liseron, tapissent les
murailles ; île petits balcons faits de quatre planches supportent des pots de fleurs entre lesquels apparaît
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