Coignet, Jules   [Hrsg.]; Achard, Amédée   [Hrsg.]
Bade et ses environs — Paris, 1858

Seite: 57
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LE

CHATEAU DE LA FAVORITE.

l vient un temps, dans l'histoire des maisons souveraines, où les résidences d'été
succèdent aux sombres demeures féodales. La forteresse, partout démantelée, fait
place au palais. Au xviii" siècle, la mode voulait que tout prince en Europe eût un
château de Marly.

La poudre et les paniers, les recherches frivoles et les élégances du Palais-Royal
étendaient leur niveau sur le monde conquis par la philosophie et les mœurs françaises.
L'habit de soie triomphait de l'armure. Voltaire était à Sans-Souci. Le pays de Bade eut la
Favorite.

On dirait qu'un architecte venu tout exprès de BeUevue ou de Villeroy l'a bâtie. On cherche
encore le long des charmilles les beaux gentilshommes et les belles daines qui l'animaient de leurs
sourires! Où sont les longues jupes de taffetas, les mules à talons rouges, les vestes bouffantes,
les jabots et les dentelles !

Le luxe et les fêtes ont disparu ; le silence dort dans les jardins, mais le souvenir de la princesse
Sibylle survit à toutes les splendeurs éteintes. Elle fut la créatrice et l'âme de ces beaux lieux ; ils
vécurent de sa vie, ils s'inspirèrent de sa grâce un peu romanesque ; ils en furent comme le
reflet.

Le château, d'une architecture un peu lourde et tourmentée, s'ouvre sur des pièces d'eau oii la
carpe s'engraisse. Un perron à double rampe en décore la façade chargée d'ornements maniérés,
et descend sur la pelouse entre des balustres dont l'extrémité est ornée de statues. Un belvédère le
couronne. Le bâtiment a la forme d'un carré long.

Des eaux vives, de larges pelouses, de profondes avenues, de verts bosquets, entourent le château
et lui font une ceinture derrière laquelle s'abritent les élégances les plus raffinées et les recherchés les
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