Coignet, Jules   [Hrsg.]; Achard, Amédée   [Hrsg.]
Bade et ses environs — Paris, 1858

Seite: 72
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FORBACH.

dans la Murg, que le comte Guillaume, galopant toujours, disparut bientôt sur l'autre rive, laissant ses
ennemis pleins de surprise, immobiles au sommet du Pocher.
Le rocher a conservé le nom de Grafensprung (Saut du Comte).

Un peu plus loin s'élève une chapelle gothique que précède un porche élégant. La chapelle est toute
neuve. Elle a été construite sur l'emplacement môme d'une antique chapelle où l'on venait en pèleri-
nage de vingt lieues à la ronde.

C'est la chapelle de Klingel. Klingel veut dire clochette en allemand, et ce nom lui vient de ce que
la cloche de cette chapelle avait jadis la propriété de tinter toute seule quand un malade avait besoin
des secours de la religion. La cloche n'existe plus, et il faut à celle qui l'a remplacée l'aide d'un sacris-
tain pour sonner.

Au delà de la chapelle de Klingel la route lait un saut, passe la rivière sur un pont de bois, et tra-
verse Hilpertsaue. Elle ne quittera plus, jusqu'à Forbach, la rive droite de la Murg.

Hilpertsaue est le premier village qu'on rencontre après Gernsbach. Puis voici Weisseiibach, Lan-
genbrand, Gansbach, où l'on arrive après avoir traversé le Langenbranderthor, passage pratiqué entre
deux parois de rochers, et gravi le Forkelbaîchlein.

Ici chaque montagne a son nom. Voilà de tous côtés des crêtes et des cimes : le grand et le petit
Staufenberg, le Kœppelberg, la Sackpfeife, l'Eichelberg, le grand et le petit Kùbelbcrg, le Singbcrg,
l'Eichenloch.

Elevez ces montagnes, creusez ces ravins, précipitez la course de ces torrents, et vous aurez la Suisse.
La Suisse même est moins verte. Les troupeaux paissent dans les prairies, les forêts tapissent le flanc
de la montagne, des villages d'où sort un clocher pointu s'éparpillent sur le bord des ruisseaux. Des
rochers de grès rouge se dressent le long de la Murg, des ravins s'ouvrent çà et là, et l'œil se perd sous
l'océan de feuillage qui dérobe une cascade. Partout l'eau murmure, écume et fuit.

Mille points de vue se détachent de cet ensemble. Le regard se heurte contre un rempart de rochers
qui semble couper la route et rendre tout passage impossible, ou se perd dans les sinuosités de la
vallée. De longues perspectives s'ouvrent derrière le chemin qu'on suit. Des hameaux inconnus se
révèlent dans les vallons. Des statues de saints clans leurs niches protègent la solitude.

A mesure qu'on approche de Forbach, la vallée se resserre; la foret devient épaisse, la montagne se
hérisse de sapins énormes. Ce n'est plus une vallée, c'est une gorge. On voit la Murg par éclaircies :
elle bouillonne sur son lit de rochers blancs. Quelquefois l'élévation de la route donne à l'eau qui coule
tout en bas l'éclatante immobilité d'une lame d'acier frappée par le soleil. Le frémissement de l'écume
ne se voit plus.

Partout, sur les deux rives, et dans le lit même de la Murg, des troncs de sapins sont échoués :
ceux-ci minces et grêles, ceux-là monstrueux et trapus. Tous ces troncs attendent nue crue d'eau pour
rouler jusqu'à Gernsbach, où les grands radeaux destinés au Rhin sont apprêtés.

Les troncs dépouillés de leur écorce brillent au soleil, et forment çà et là dans la rivière des récifs où
l'eau se brise.

Souvent le paysage est animé par le passage de légers radeaux que deux bateliers conduisent.
L'adresse de ces hommes est prodigieuse. C'est à peine si çà et là la rivière mesure plus de douze à
quinze pouces d'eau; ce ne sont partout que récifs, rapides, cascades et bas-fonds, cependant le radeau
passe et fuit toujours : on le dirait animé par un souffle de vie, tant il est agile et flexible. Il évite les
écucils, il tourne les obstacles, il s'incline le long des chutes, et jamais on n'en voit aucun se briser
contre les écueils ou échouer contre les rives.

Derrière ce pli de la montagne, c'est Forbach. Un lourd sabot fait d'une pièce de bois creusée retient
la voiture sur la pente où elle descend, et l'on arrive enfin sur un pont fait de madriers, dont l'antique
et vigoureuse charpente est abritée par un toit. Le pont sonore retentit sous les pieds des chevaux.

De fortes poutres plantées dans le lit de la Murg l'assujettissent contre le choc violent des arbres que
la grande crue du printemps emportera.
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