Coignet, Jules   [Hrsg.]; Achard, Amédée   [Hrsg.]
Bade et ses environs — Paris, 1858

Seite: 88
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LE MUMMELSEE.

vue, l'imagination ne s'étonne plus que tant de légendes l'aient rendu populaire. Un léger vent en ride
à peine la surface immobile et transparente. Les rives qu'il baigne sont boisées et silencieuses; son
contour harmonieux se perd sous des massifs épais où le bouleau se marie au sapin. Les flancs rapides
de la Hornisgrinde, tout chargés de forêts séculaires, descendent à pic jusqu'à ses bords; la pente de
la montagne et le bord du lac se rencontrent presque à angle droit : on dirait un cirque immense de
verdure sombre dont un lac couvre l'arène. Une partie du Mummelsee est noyée dans l'ombre portée
de la montagne; l'autre est baignée par les rayons du soleil. Quand le vent s'arrête, pas un bruit, pas
un son ne trouble le silence profond de cette solitude ; il est rare qu'un oiseau y jette son cri fugitif.
Seules, de longues demoiselles au corsage grêle glissent sur la surface de l'eau avec un léger crépi-
tement d'ailes.

Le Mummelsee peut avoir une circonférence d'un kilomètre à peu près. Au centre, ses eaux
atteignent une profondeur de vingt et un mètres.

On a bâti au bord du lac une maisonnette de pierre que précède un auvent, et dans laquelle les
chasseurs surpris et les touristes peuvent se réfugier et, au besoin, passer la nuit. On lui a donné la
forme d'un chalet, et la maisonnette, avec ses quatre piliers de bois qui soutiennent l'auvent, ses
rustiques fenêtres cintrées, son toit de planches disposées en écailles, les arbres qui l'ombragent et les
grès couverts de mousse qui la séparent du lac, a un aspect charmant qui donne à cette solitude une
grâce de plus.

Le Mummelsee s'appelait autrefois la Wundersee. C'est là que la tradition a fixé la résidence de ces
willis que l'on a vues à l'Opéra. Ces charmantes fées, amoureuses de la danse, passaient leur nuit à
glisser avec la brise à la surface de leur lac bien-aimé. La lune éclairait de ses pâles rayons leur vol
rapide et circidaire. Le chasseur égaré dans les bois pouvait apercevoir les formes légères de leur
chœur aérien; pareilles à des ombres, elles effleuraient à peine l'eau froide et pure du lac du pan de
leurs robes blanches. Mais ces fées, pour qui la valse avait tant de séductions, n'aimaient pas seule-
ment que la danse. Si elles appartenaient au monde mystérieux des esprits, elles étaient femmes par
la coquetterie et le cœur. Quelque jeune berger à la blonde chevelure, ou quelque chasseur hardi et
superbe s'aventurait-il au bord du lac pendant la nuit, soudain l'une d'elles se détachait du groupe
de ses sœurs et cherchait à séduire l'homme que la main du hasard conduisait. Si le chasseur ou le
berger se laissait aimer, il fallait qu'un profond mystère entourât le secret de ses relations nocturnes ;
le bonheur était au prix de la discrétion. Une parole venait-elle à rompre le charme, soudain un cri
perçant troublait le silence de la nuit, et une tache de sang rougissait la surface bleue du lac.
Le lendemain les willis dansaient encore, mais le chasseur avait disparu.

Hélas! il y a maintenant encore' des chasseurs et des pâtres, mais les fées du Mummelsee, que
sont-elles devenues ?

LA HORNISGRINDE ET LE WILDSEE.

L'excursion ne serait pas complète, si du Mummelsee on ne montait au sommet de la Hornisgrinde,
dont les pentes abruptes assombrissent la surface du lac.

Le sentier qui part de la cabane gravit les flancs de la montagne, en contournant les bords du lac.
Sa ligne étroite et serpentine se tord et se brise mille fois, selon qu'un rocher ou le tronc vigoureux
d'un chêne s'oppose à son passage. Là il est tapissé de mousses et de longues herbes qui lui "font
comme une chevelure ; plus loin, les grès épars sur le sol sont humides et baignés de gouttes d'eau
qui suintent d'une source voisine. Souvent, par une éclaircie, le regard du touriste aperçoit le lac perdu
dans un fouillis de verdure. On en voit les bords chargés d'arbres, la surface immobile et luisante, les
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