Coignet, Jules   [Hrsg.]; Achard, Amédée   [Hrsg.]
Bade et ses environs — Paris, 1858

Seite: 89
Zitierlink: i
http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/achard1858/0097
Lizenz: Creative Commons - Namensnennung - Weitergabe unter gleichen Bedingungen
facsimile
LE MUMMELSEE.

petites baies qui s'enfoncent dans un creux de la forêt. On dirait la coupe d'un géant oubliée dans
une montagne.

À mesure que le sentier monte, les arbres perdent de leur taille et de leur puissance. L'horizon
s'élargit entre leurs massifs; on monte encore, les sapins s'éclaircissent, les chênes rabougris
apparaissent comme des buissons-, puis le taillis disparaît, et l'on arrive sur un plateau tapissé d'herbes
sèches et de bruyères.

La vue est immense et superbe. Devant, ce sont les plaines que traverse le Rhin,

Plaines que des plaines prolongent!

comme dit le poëte. L'horizon est sans limites, et, dans cette atmosphère transparente que baigne une
lumière d'or, on aperçoit, à de longues distances, la flèche de la cathédrale de Strasbourg. La pointe
de cent clochers s'effile dans l'espace; la plaine est brune, la plaine est verte, la plaine a mille aspects
où l'ombre se mêle à la lumière; des bois épais succèdent aux prairies. Tout au loin, à l'endroit où
la ligne de l'horizon se perd dans la brume, les Ballons des Vosges s'arrondissent sous le ciel à
demi-voilé. Rien ne peut rendre la magnificence de ce spectacle.

Tout autour de la Hornisgrinde, ce sont des étages de montagnes dont les gradins superposés
descendent vers la plaine ou ferment l'horizon. Si, d'un côté, ces montagnes sont arides et désolées,
couvertes à peine de bruyères où pleure le vent, de l'autre elles sont chargées de forêts dont la verdure
est éternelle. Leurs croupes se mêlent ou se séparent avec une magnificence de lignes qui saisit le
regard. De profondes vallées s'ouvrent tout à coup dans leur intervalle et fuient avec mille contours.
Parfois, sur ce sommet, qui n'a pas moins de 1209 mètres d'élévation au-dessus de la mer, on ren-
contre un pâtre qui garde un troupeau de vaches. Ce bétail, à demi-sauvage, s'étonne à la vue du
voyageur et bondit effaré au milieu du plateau. Le berger se lève et l'appelle. Â cette voix connue, le
troupeau se calme et retourne à l'herbe un instant abandonnée.

Ici, comme au Mummelsee, on n'entend aucun oiseau.

Un pilier de pierres carré occupe le point culminant de la montagne : il a été bâti, dit-on, pour
servir à des calculs trigonométriques. Le plateau qui l'entoure, avec son sol noirâtre tapissé d'herbes
jaunes et de touffes de bruyère, sol spongieux d'où la pression du pied fait jaillir l'eau, a un aspect
mélancolique et sauvage qui plaît aux natures rêveuses et contemplatives. Il rappelle ces glens
d'Ecosse que les romans de Walter Scott ont poétisés : la solitude y est profonde, le vent y gémit, et
l'on se surprend à y chercher l'image de Rob-Roy ou la fière silhouette de Diana Yernon.

Si le touriste n'est pas fatigué de sa course au Mummelsee et de son ascension à la Hornisgrinde, il
pourra suivre un sentier qui sépare le Wurtemberg du grand-duché de Bade, et qui, par le sommet
des montagnes dont il suit la crête, le conduira tout droit au Wildsee.

La route est longue, quelquefois difficile, mais toujours sauvage et pittoresque. On ne rencontre
plus de bois; les sapins s'arrêtent à une centaine de mètres sous vos pieds. Tous ces sommets hardis,
dévorés par le vent et battus par les orages, sont couverts d'un épais tapis de bruyères dont les tiges
cachent un lit de grès. Parfois un éboulement de roches se précipite de la montagne et roule dans
la vallée; toute trace de végétation a disparu sur le passage de cette avalanche de pierres. Plus loin,
une source s'épanche entre les mousses et glisse jusqu'au ravin à travers mille obstacles. Des bornes
de pierre, qui portent sur l'une des faces les armes du Wurtemberg, et sur l'autre l'écusson de Bade,
marquent la limite du royaume et du grand-duché. Le silence n'est interrompu que par les coups de
hache du bûcheron.

Au bout d'une heure et demie de marche, sans qu'on ait quitté un instant la crête des montagnes,
le sentier court sur la gauche ; on fait cent pas encore sur une pente roide, et tout à coup on aperçoit,
tout au fond d'un entonnoir immense, un lac noir et profond. C'est le Wildsee.

Les bords sauvages de ce lac, éloigné de toute habitation, sont rarement visités par le pâtre ou le
chasseur. Aucun poisson n'en fréquente les eaux immobiles et glacées. Aussitôt que le soleil a dépassé
loading ...