Albertini, Eugène  
L ' Afrique romaine — Algier, 1937

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des intérêts, font des dons à leurs concitoyens, leur rendent des
services, protègent ceux de leurs compatriotes qui sont aptes à
remplir à leur tour des emplois publics. Ces familles de bourgeoi-
sie municipale ont été les agents les plus actifs de la romanisa-
tion : mais il ne faut pas perdre de vue qu'elles étaient de souche
indigène, et que, dans la plupart des cas, elles ne s'étaient unies
par mariage qu'à des familles indigènes aussi.

Un des moyens par lesquels Rome s'assura le mieux la colla-
boration de la population sujette fut l'organisation du culte impé-
rial. Dans chaque ville on rend un culte, non pas à la personne de
l'empereur, mais au caractère sacré de sa fonction, en associant
à l'empereur vivant les empereurs divinisés après leur mort ; et
dans chaque chef-lieu de province se réunissent, pour célébrer le
même culte, les délégués des différentes cités. Ces délégués sont
les personnages les plus en vue des villes qui les ont envoyés, et
celui d'entre eux qu'ils élisent prêtre de la province apparaît
comme le représentant de la province tout entière. Ils ont qualité
pour s'entretenir de leurs intérêts, de leurs désirs, et pour en
entretenir le gouverneur ; si c'est du gouverneur précisément qu'ils
ont à se plaindre, ils peuvent s'adresser directement à l'empereur ;
leurs vœux, leurs félicitations, leurs blâmes sont recueillis par
l'empereur comme une expression de l'opinion des provinciaux ;
les administrés sont admis ainsi à orienter eux-mêmes, en quelque
mesure, l'administration.



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Cette part faite aux indigènes dans l'œuvre de colonisation de
l'Afrique, nous la constatons très clairement dans le domaine
militaire.

En Afrique comme ailleurs, l'armée romaine comprenait deux
éléments : la légion, où ne servaient que des citoyents romains,
soit qu'ils eussent cette qualité par droit de naissance, soit qu'ils
l'eussent reçue de l'empereur le jour de leur entrée au service ;
les corps auxiliaires, où servaient des non-citoyens, recrutés parmi
les populations mal civilisées, non encore groupées en villes, qui
vivaient à l'intérieur de l'Empire : l'auxiliaire recevait, en général,
le droit de cité romaine à sa libération, lorsque vingt-cinq années
passées au service de l'Empire l'avaient romanisé.
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