Albertini, Eugène  
L ' Afrique romaine — Algier, 1937

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tage de Pompéi ; à Pompéi aussi, l'art en présence duquel nous nous
trouvons est, dans la plupart des cas, un art décoratif de produc-
tion courante ; mais il correspond à un goût plus exigeant et moins
banal. Aucune ruine africaine n'a rien donné, en matière d'art déco-
ratif ou industriel, qui fût comparable, même de loin, aux peintures
murales des villes ensevelies par le Vésuve.

Ainsi, il n'y a pas à se faire illusion sur la beauté, sur la valeur
artistique du décor que les Africains romanisés donnaient à leurs
occupations quotidiennes. Mais deux idées romaines les avaient
pénétrés et se traduisaient dans ces monuments artistiquement mé-
diocres : la recherche du confort, et l'orientation des dispositions
matérielles vers la vie municipale. Caractère durable des construc-
tions, répartition de l'eau, dallage des rues, portiques abritant contre
le soleil ou la pluie, les citadins, aménagement hygiénique des ther-
mes et des latrines, dont on peut étudier de curieux exemples à
Djemila, à Timgad, à Madaure, tout cela nous montre les Africains
très éloignés de leurs habitudes autochtones, de la vie sous la tente
ou dans des cabanes misérables. Tout ce qu'il y a d'utilitaire, de pra-
tique dans la civilisation romaine, toute la part d'organisation ma-
térielle a trouvé accès et accueil en Berbérie ; et c'était là, à vrai
dire, ce qu'il y avait de plus solide et de plus vivace dans la civi-
lisation romaine de l'époque impériale, où le grand art ne tient
qu'une place limitée et progressivement restreinte. D'autre part,
l'importance donnée, dans chaque ville, au forum et aux bâtiments
publics met en lumière la grande transformation introduite par les
Romains dans la vie des Berbères : l'inscription de chaque individu
dans un groupement municipal, l'institution d'organes administratifs
qui gèrent les intérêts de chaque commune, qui ont un contrôle, par
l'état civil, par les opérations du cens, sur la vie de chaque particu-
lier, et sont eux-mêmes contrôlés par l'opinion publique de cet Etat
en réduction que constitue la cellule municipale. A cette conception
romaine, les Berbères se sont pleinement ralliés, et cela a entraîné,
dans leurs habitudes et dans leur état d'esprit, toute une série de
conséquences.



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Une de ces conséquences a été d'abord que quiconque a voulu
tenir une place dans la vie de l'Afrique romaine, exercer une fonc-
tion, se mêler à des affaires de quelque envergure, a parlé latin
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