Albertini, Eugène  
L ' Afrique romaine — Algier, 1937

Seite: 52
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Deux langues étaient en usage en Afrique avant la conquête romaine,
le libyque, langue des indigènes, qui survit aujourd'hui dans le ber-
bère, et le punique, langue des Carthaginois, qui non seulement se
parlait dans les territoires soumis directement à Carthage, mais
s'était répandu comme langue de civilisation dans la Numidie et la
Maurétanie au temps de leur indépendance ; aucune de ces deux
langues n'avait disparu. Il y a quelques inscriptions libyques et
puniques qui datent de l'époque romaine : ce sont des ex-votos et
surtout des épitaphes gravées par de pauvres gens, et la plupart du
temps par des campagnards. Le fait que des inscriptions aient été
rédigées en ces langues implique qu'elles étaient parlées, et sans
doute par des fractions assez importantes de la population, en par-
ticulier par les basses classes, celles qui avaient le moins l'occasion
d'écrire, de sorte que la rareté des inscriptions non latines ne doit pas
nous faire croire à la disparition presque complète des idiomes non
latins. Une lettre de saint Augustin nous apprend que pour un dis-
trict rural des environs de Bône, il fallait des prêtres capables de
parler punique, car la masse de la population n'aurait pas compris
un sermon prononcé en latin. Assez nombreux surtout ont dû être
les individus bilingues, parlant soit le libyque et le latin, soit le
punique et le latin : le libyque ou le punique, dans la vie familiale,
dans les relations avec les domestiques, les petites gens, les voisins ;
le latin, dans tous les actes de quelque importance et. dans toutes
les circonstances de la vie publique — à peu près de même qu'un
Italien d'aujourd'hui, même cultivé et de rang social élevé, parle
en famille son dialecte piémontais, ou lombard, ou vénitien, et l'ita-
lien officiel en public. Seulement, il n'y a pas, en Afrique, simple-
ment la différence d'un dialecte provincial à un dialecte de même
famille devenu langue officielle : il y a superposition de trois lan-
gues qui n'ont pas d'origine commune, libyque, punique et latin, —
comme dans l'Arique d'aujourd'hui se superposent le berbère, l'arabe
et le français.

En tout cas, la langue des tribunaux, des délibérations munici-
pales, des correspondances et des conversations officielles est exclu-
sivement le latin. La diffusion en est efficacement aidée par le ser-
vice militaire qui amène au latin, dans les corps auxiliaires, des hom-
mes recrutés dans les cantons les plus éloignés de la civilisation
romaine, et par les écoles. Il n'y a eu qu'exceptionnellement, dans
l'antiquité, intervention de l'Etat dans l'enseignement ; mais il y a
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