Albertini, Eugène  
L ' Afrique romaine — Algier, 1937

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mauvais goût, nous ne devons pas oublier que ces défauts, pour les
Romains du IIe siècle, étaient des qualités, et que Fronton a été
unanimement reconnu, de son vivant, comme un très grand artiste.
Il faut citer aussi Apulée, né à Madaure, talent beaucoup plus vivant,
plus large, plus souple que Fronton, esprit curieux, tenté par toutes
les philosophies, par tous les mysticismes, orateur fécond en trou-
vailles d'idées et de mots, artiste très raffiné.

Nous sommes naturellement hors d'état de déterminer, pour cha-
cun des écrivains anciens qui nous sont signalés comme nés en
Afrique, dans quelle mesure il descend d'ascendants berbères et dans
quelle mesure il descend d'immigrés. Mais après ce que nous avons
dit d'une façon générale sur le peuplement de l'Afrique romaine, il
est vraisemblable que, dans la grande majorité des cas, quand nous
nous trouvons en présence d'un écrivain latin d'Afrique, nous avons
affaire non à un descendant d'immigrés, mais à un Berbère romanisé.
Il semble que les Berbères soient très capables d'atteindre une haute
culture, de réaliser de très beaux exemplaires d'humanité, mais qu'ils
soient incapables de manifester leurs dons, de s'exprimer, tant qu'ils
restent confinés dans leur idiome propre et renfermés en eux-
mêmes : il leur faut le ferment d'une initiation étrangère, et, comme
outil, une langue plus complexe que la leur. Quand Henri Basset
a retracé, dans son Essai sur la littérature berbère, l'histoire de cette
littérature il a été amené à constater surtout combien cette
littérature se réduisait à peu de chose, combien il était difficile,
exceptionnel qu'elle arrivât à produire une œuvre qui méritât l'épi-
thète de littéraire. Le Berbère qui a vraiment quelque chose à dire
ne le dit que dans une langue différente de la sienne. Si peu rensei-
gnés que nous soyons sur la littérature numide antérieure à la
période romaine, nous savons qu'un roi numide, Hiempsal, ayant à
écrire des ouvrages historiques, les rédigea en punique. Il y a donc
eu, avant l'époque romaine, une littérature berbère en langue
punique ; à l'époque romaine, il y a eu une littérature berbère en
langue latine ; de même il y a eu, au moyen âge, une littérature
berbère en langue arabe, et il y aura peut-être un jour, lorsque
l'assimilation aura eu le temps de donner son plein effet, une litté-
rature berbère, en langue française, — mais seulement lorsqu'aura
été réalisée, comme condition préalable, cette adaptation morale
des indigènes que les Romains avaient eu le temps d'opérer.
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