Albertini, Eugène  
L ' Afrique romaine — Algier, 1937

Seite: 55
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De cette adaptation morale, le trait le plus digne d'être souligné
est sans doute l'apprentissage qu'ont fait les Berbères, sous la domi-
nation romaine, des sentiments de solidarité et des habitudes de
groupement, de coopération. Non seulement, entrés, à quelque
échelon que ce soit, dans l'humanité romaine, les Berbères font
partie de cette grande communauté de peuples qu'est l'Empire
romain ; non seulement chacun d'eux tient son rang dans un orga-
nisme municipal ; mais sous mille formes diverses, dans tous les
détails de la vie, la société romaine développe, chez ceux qu'elle
forme, l'esprit d'association.

On ne peut pas dire que cet esprit, que le sens du groupement
manque naturellement au Berbère. Mais le Berbère conçoit surtout
le groupement sous la forme clan contre clan, çof contre çof, comme
un moyen de lutte civile beaucoup plus que comme un organe de
la vie sociale, comme une arme offensive et non comme un instru-
ment de travail. Ce qui, chez les Numides, frappait les historiens
latins lors de la conquête, c'était leur indiscipline, leur incapacité
de s'entendre et de coopérer, la dissociation rapide des groupements
éphémères qu'ils constituaient. Civilisés par Rome, ils apprennent
au contraire à s'entr'aider, à faire converger leurs efforts. Groupe-
ments professionnels, confréries religieuses, sociétés de secours mu-
tuels, ces trois espèces de colîèges, pour employer le terme romain,
entrent pleinement, sous l'Empire, dans les habitudes africaines ;
ce ne sont pas, d'ailleurs, trois espèces distinctes, mais le même
collège a souvent les trois caractères à la fois, ou deux d'entre eux ;
et il n'y a pas rivalité, hostilité d'un collège à l'autre, mais entente,
sous la surveillance, d'ailleurs, et sous l'autorité des fonctionnaires
impériaux qui réprimeraient au besoin les actes de discorde. Ainsi
se développent des sentiments de solidarité corporative qui doublent
les sentiments familiaux et qui, chez les isolés, chez les individus
sans famille, les remplacent. Un exemple de ces groupements,
exemple que nous connaissons bien, grâce aux inscriptions découver-
tes au camp de Lambèse, est celui des associations formées, à l'in-
térieur de la légion, par les sous-officiers de chaque grade et les
employés de chaque spécialité : elles développent les sentiments de
camaraderie, garantissent à leurs membres les avantages d'une sorte
d'assurance mutuelle, et les font communier dans le culte de l'em-
pereur.

Il va sans dire, en effet, que parmi tous les liens sociaux, le lien
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