Albertini, Eugène  
L ' Afrique romaine — Algier, 1937

Seite: 56
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religieux est un des plus forts. Le monde romain du IIe et du IIIe
siècle après j.-C. est loin des origines de la cité antique ; il n'a
cependant pas oublié que la cité primitive dont il est sorti était
fondée sur le culte, et les actes religieux continuent à faire partie
intégrante de la vie publique. Et même il n'y a jamais eu pareil
rendez-vous de croyances dans !e même pays, dans la même ville,
dans l'âme du même individu. Un Africain de l'époque impériale a
conservé le souvenir des cultes indigènes, attachés aux montagnes,
aux sources, aux grottes, à tous les génies de la nature ; il n'a pas
oublié non plus les divinités sémitiques reçues par ses ancêtres des
Carthaginois, Tanit qu'il appelle maintenant la déesse Céleste, Baal
qu'il appelle maintenant Saturne. A ces divinités sont venues s'a-
jouter celles de Rome, où se mélangent les divinités italiques et les
divinités grecques assimilées aux divinités italiques : en première
ligne, la triade divine du Capitole, Jupiter, Junon et Minerve ; puis,
parmi les divinités le plus fréquemment honorées en Afrique, Mars,
patron des colonies militaires, Mercure, auquel les producteurs et
les marchands d'huile semblent avoir voué un culte spécial ; Cérès
et Bacchus ; Neptune, dieu des mers et des cours d'eau ; Esculape,
dont le culte se rencontre partout où il y a une source thermale.
Enfin, la Rome impériale accueille de plus en plus largement les
divinités des régions orientales, Egypte, Asie Mineure, Syrie, Perse :
et toutes ces divinités sont honorées aussi en Afrique, introduites
par des fonctionnaires, par des soldats, par des marchands. La reli-
gion romaine n'a aucun exclusivisme ; elle est aussi accueillante que
possible. Il y a, chez les Romains cultivés, l'idée que toutes les
religions particulières ne sont que des formes de la religion uni-
verselle, que tous les noms de dieux et de déesses ne sont que des
désignations du même principe divin épars dans le monde ; et il y
a, chez les gens du peuple, l'idée que plus on adore de divinités,
plus on s'assure de protecteurs, de même que le Napolitain croit
que la Madone de sa rue et celle de la rue voisine sont deux vierges
distinctes qu'il est bon de se concilier l'une et l'autre. Attitude phi-
losophique des gens cultivés et attitude superstitieuse des humbles
aboutissent, dans la pratique, au même résultat : une large hospi-
talité accordée aux cultes les plus divers.

Dans cette abondance de cultes, chaque localité, chaque per-
sonne a ses dévotions spéciales, mais prend part aussi aux dévotions
des autres, ou du moins les regarde avec sympathie. Simples parti-
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