Albertini, Eugène  
L ' Afrique romaine — Algier, 1937

Seite: 63
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établi un niveau moyen de romanisation, un fonds commun d'idées
et d'habitudes.

Ce qui est vrai, c'est que par cet octroi global du droit de cité
l'empereur perdait un moyen d'entretenir, par l'émulation, le loya-
lisme et le dévouement des populations soumises. Désormais, la cité
romaine n'apparaissait plus comme une récompense ; elle allait de
soi, il suffisait de naître pour en jouir. Un ressort qui avait long-
temps joué dans l'intérêt de Rome était maintenant détendu ; mais
c'est parce qu'il avait produit tout son effet. L'édit de Caracalla tra-
duisait, dans un texte législatif, ce fait que les populations provin-
ciales paraissaient définitivement et complètement adaptées à la
civilisation romaine.

❖ ❖

C'est donc avec l'apogée de l'Afrique romaine que coïncide
cet édit, et, d'une façon générale, le règne des Sévères. Aussitôt
après, les forces de désagrégation, qui étaient latentes sous les ap-
parences d'ordre et d'équilibre, commencent à jouer.

Les deux derniers tiers du IIIe siècle voient en effet se passer
en Afrique des événements que ne connaissaient guère les généra-
tions précédentes. D'abord, l'Afrique participe aux troubles civils :
dans les cinquante années d'anarchie qui vont de 235 à 285, où
chaque province, chaque armée tour à tour proclame un empereur,
où des règnes éphémères se succèdent au milieu des guerres civiles
et des dévastations, l'Afrique, elle aussi, fournit à l'histoire son
contingent d'usurpateurs inégalement heureux. C'est en Afrique,
particulièrement, qu'est proclamé, en 238, l'empereur Gordien. Les
luttes auxquelles cette proclamation donne lieu entraînent la dis-
solution de la légion d'Afrique : pendant quinze ans, de 238 à 253
(date à laquelle la troisième légion est reformée), l'Afrique n'a plus
sa garnison habituelle, remplacée par des détachements pris tempo-
rairement à d'autres provinces. Ainsi les compétiteurs impériaux
n'hésitent pas, pour satisfaire leurs rancunes personnelles, à prendre
des mesures qui sont de nature à affaiblir beaucoup l'autorité
romaine.

En fait, on voit les indigènes s'agiter beaucoup plus que par le
passé ; et leurs mouvements prennent une extension, un caractère
de généralité qu'ils n'avaient jamais eu. Deux éléments, selon toute
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