Oppermann, Charles A. [Hrsg.]
Album pratique de l'art industriel et des beaux-arts — 2.1858

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ALBUM DE L’ART 1NDDSTRIEL. — 2' ANNÉE. — SEPTEMBRE-OCTOBRE 1858.

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REVUE BIBLIOGRAPHIQUE.

Ile l'Union «les Arts et de l'Industrie (1).

Par M. le comte De LABOKDE, membre de l’Institut.

Que de fois nous avons entendu des esprits chagrins médire de notre
temps! Que de fois nous avons souri lorsqu’ils prétendaient qu’aucun
travail sérieux ne se faisait aujourd’hui, que la littérature légère seule
avait cours, et que c’était prendre une peine inutile que de songer à
faire des recherches dont la foule s’inquiète peu, et dont l’auteur retire
bien rarement honneur ou profit.

Suivant eux, tout est superficiel, rien ne s’approfondit, tout doit être
sacrifié à l’apparence, et la forme l’emporte toujours sur le fond; l’ar-
chitecture, la peinture, la sculpture, la gravure, toutes les branches
qui divisent les beaux-arts, sont entièrement négligées; les artistes ont
disparu pour faire place à des manœuvres. Nous avons des gens qui
savent plus ou moins fidèlement exécuter; nous n’en avons pas qui sa-
chent produire. Le génie est complètement absent; le terre-à-terre
est à l’ordre du jour.

Rien de plus faux pour celui qui réfléchit, qui voit et qui compare,
que cette triste remarque, qui semblerait nous faire croire que l’huma-
nité marche à reculons, qu’elle tourne dans un cercle vicieux, et que
les générations ne se succèdent que pour procréer et pour oublier. Les
laudatores temporis acti, dont nous parle Horace , sont aussi vieux que
la terre; ils n’ont jamais cessé d’exister.

Laissons-les dire, et faisons comme le monde, marchons.

Jetez un instant les yeux autour de vous, à l’une de ces heures où,
pour se reposer des travaux de la journée, la foule se presse sur les
boulevards, éclairés aujourd’hui comme, il y a vingt ans à peine, les plus
somptueuses résidences royales ne l’étaient pas, même les jours des
grandes réjouissances; comme l’abeille butineuse errez de porte en
porte devant ce vaste bazar, devant cette exposition permanente qui
réunit tant de richesses et tant de produits dus à une activité vraiment
infatigable.

Ne remarquez-vous pas combien le bon goût s’infiltre peu à peu
dans ces milliers d’objets qui ne recevaient jadis que le cachet de la
routine, semblables à ces vieux romans de chevalerie du moyen âge,
qui se débitent depuis plus de trois cents ans dans nos campagnes,
imprimés dans le même format, avec des caractères identiques, sur un
papier presque semblable, et sans subir aucun changement.

Arrêtez-vous quelques instants devant la vitrine d’un de ces maga-
sins, contemplez ces estampes, ces livres, ces bijoux, ces pièces d’or-
févrerie, ces étoffes, ces tapis et ces mille riens que l’on appelle des
articles de Paris, et voyez un peu si l’industrie ne fait pas chaque jour
de nouveaux progrès, et si elle marche d’un pas boiteux.

Surtout faites bien cette remarque : il en est aujourd’hui de l’indus-
trie qui se met à la portée des plus humbles caprices, comme il en est
du crédit public, qui jadis constituait un privilège à l’usage de quelques
marchands et de quelques riches financiers, et auquel toutes les classes
de la société peuvent maintenant avoir recours.

Ne cherchez donc pas à établir de comparaison entre ces objets hors
ligne, produits pour l’usage des princes ou des grands personnages,
ou pour celui des communautés religieuses ou des hauts dignitaires de
l’Église, à des prix fabuleux de main-d’œuvre et par des ouvriers qui
n’étaient autres que des artistes, avec ce qui est fait aujourd’hui pour
tout le monde, à la portée de toutes les bourses et de tous les besoins.

Que sera-ce donc si nous dirigeons notre pensée vers les vastes dé-
couvertes qui ont été produites en ce siècle sur l’application de la vapeur
à la locomotion et à l’industrie, sur celle de l’électricité à la transmission
des idées, sur la photographie, sur l’éclairage au gaz et sur ces mille
inventions qui doivent un jour ou l’autre servir de levier au monde en-
tier?

Ce que je dis maintenant de l’Industrie, je pourrais aussi le dire des
Beaux-Arts, et si je voulais citer les productions remarquables qui ont
été faites en ce siècle dans chacune des branches qui les composent,
j’aurais certes fort à faire.

Non, personne ne peut douter que nous soyons aujourd’hui dans une
période de transformation ; nous devons être fiers de tout ce qui s’offre

(1) Paris, Imprimerie impériale, 1S SG, 2 yol. grand in-8".

à nos yeux, et de l’agitation fébrile qui dévore les esprits, caries lumières
jaillissent de tous côtés et, bien dirigé, le feu sacré qui nous consume
tous ne pourra produire que de bons résultats.

De nos jours la foi n’est plus aveugle; on veut tout élucider, on
veut se rendre compte de tout pour tout approfondir. Jadis on pouvait
composer un livre avec d’autres livres, et comme Vertot, faire le récit
d’un siège avec les tableaux dépeints par l’imagination, ou bien encore,
comme le géographe d’ANViLLE, sans être jamais sorti de son cabinet,
décrire de main de maître le monde entier. Aujourd'hui, on veut tout
voir par soi-même, on remonte aux sources, on déchiffre les chartes,
on interroge les inscriptions, on dépouille les palimpsestes et les
manuscrits; jamais les fourmis laborieuses n’ont été en plus grand
nombre (1), et jamais plus de travaux sérieux n’ont été produits.

Le goût pour les recherches historiques et pour tout ce qui nous
rappelle d’aulres temps est devenu une véritable passion. C’est à qui
réunira des livres, des tableaux, des estampes, des médailles, de vieilles
armes, des autographes, des vestiges quelconques d’autres époques.

On s’est beaucoup moqué des collecteurs, et l’on a répélé avec
Balzac, qui ne s’en privait pas, que la manie des collections était une
véritable folie. On a eu tort, suivant nous; car le goût des collections a
pour résultat d’exciter la curiosité, et quelle est la meilleure manière
de s’instruire que la curiosité? N’est-ce pas elle qui éveille les premières
idées de l’enfant, n’est-ce pas elle encore qui jusqu’au déclin de sa vie
accompagne l’homme en lui donnant le désir d’acquérir de nouvelles et
continuelles connaissances et de courir sans cesse après l’inconnu ?

Qu’on ne s’y trompe pas, avec cet amour pour tout ce qui fait re-
vivre le passé, avec ces nombreux travaux que produit chaque jour le
labeur de nos écrivains, avec cette curiosité qui anime la foule et les
gens les moins éclairés, cette passion pour l’étude plus répandue qu’on
ne le croit généralement, nous sommes appelés à voir de grandes
choses.

Ne médisons donc pas de notre époque, et surtout ayons confiance
en l’avenir.

Fénelon, le sage et illustre évêque de Cambrai, a écrit quelque part
la pensée suivante : Vous prétendez que le monde est méchant, dur,
égoïste; eh bien! supposez-vous un instant doué de toutes les qualités
que vous désireriez voir dans les autres, et vous rencontrerez beaucoup
de gens qui vous ressemblent.

Que ceux qui ont pour ainsi dire pris l’habitude de critiquer à tort
et à travers tout ce qu’ils voient, qui médisent sans cesse de leur époque
et de ce qui les entoure, s’occupent de travaux sérieux, qu’ils cherchent
à se rendre compte de la peine que l’on a à produire, qu’ils apportent,
eux aussi, leur pierre pour la construction de l’édifice, et il leur faudra
bien peu de temps pour reconnaître combien ils se sont trompés.

Mais laissons de côté toutes ces observations, pour dire quelques
mots du dernier ouvrage que l’un de nos écrivains les plus érudits, les
plus laborieux et les mieux doués, M. le comte de Laboisde , membre de
l’Institut, a publié à l’occasion de l’exposition universelle de Londres,
dont il était l’un des commissaires.

Cet ouvrage, tout français, où l’auteur sème les vérités par poignées,
en nous éclairant sur nos défauts, en ranimant notre zèle, en réveillant
notre ardeur parfois défaillante, est l’un des meilleurs livres qui aient
été composés depuis longtemps sur les Beaux-Arts.

Le principal but que l’auteur s’est proposé, a été de démontrer que
l’art et l’industrie devaient s’unir étroitement, et que de leur union seule
pouvait résulter leur perfectionnement à tous les deux.

Après avoir bien établi la supériorité exercée par la France dans l’in-
dustrie, à plusieurs reprises depuis Charlemagne, et sans contestation,
depuis Louis XIV, l’auteur nous signale les efforts qui sont faits de tous
côtés pour nous ravir le sceptre et nous dépasser si la somnolence venait
à nous gagner.

Il examine tour à tour quelles sont, en Vue de cette concurrence et de
ces menaces perpétuelles pour l’avenir, les mesures à prendre, les ré-
formes à introduire, les institutions à fonder pour soutenir la lutte et
maintenir notre domination.

Il engage les artistes à renoncer au travail facile, à cette fécondité
apparente qui n’est souvent féconde que parce quelle a su se débar-
rasser de toutes les entraves de l’étude, et qui rejette loin d’elle ce sage
précepte : Non multum, sed multa.

(1) Le Courrier de la Librairie française mentionne pour l’année 1857, — 12,073
ouvrages imprimés. — 180 cartes géographiques et plans , — 2,488 estampes et em-
blèmes divers,— 4,012 impressions musicales.

Le même journal indiquait pour l’année 1856, 10,741 ouvrages imprimés, 2,564 es-
tampes et emblèmes divers, 181 cartes géographiques et plans, 1,935 impressions mu-
sicales.
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