Oppermann, Charles A. [Hrsg.]
Album pratique de l'art industriel et des beaux-arts — 2.1858

Seite: 37
Zitierlink: i
http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/album_pratique1858/0027
Lizenz: Creative Commons - Namensnennung - Weitergabe unter gleichen Bedingungen
0.5
1 cm
facsimile
37

ALBUM DE L’ART INDUSTRIEL. — 2* ANNÉE.-NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1858.

38

Si, comme on a eu raison de le faire remarquer tout récemment
encore, les peintres, les graveurs, les sculpteurs, négligent l’étude du
dessin, on ne pourra pas du moins adresser un semblable reproche aux
architectes. Us sont d’une habileté remarquable. Dans quelques plans,
la finesse, l’élégance, la sûreté des détails atteignent une perfection
que l’on serait heureux de rencontrer autre part.

La majorité des élèves possède le goût, l’instinct de la décoration
monumentale. Us distribuent avec adresse les frontons, les statues,
tous les spécimens de la statuaire. Us savent embellir la cage. C'est un
talent, ce sont des dispositions qu’il faut encourager; mais reste à sa-
voir s’ils s’entendent aussi bien à rendre habitables les splendides de-
meures que leurs crayons et leurs pinceaux improvisent. Ce problème
est le plus important à résoudre.

L’Académie, qui s’est montrée justement sévère dans les deux con-
cours précédents, a eu cette fois une heureuse occasion de décerner un
grand prix bien mérité.

Les prix obtenus sont :

Premier grand prix, à M. Coquart, de Paris, âgé de vingt-sept ans,
élève de M. Lebas.

Second grand prix, à M. Thierry, de Paris, âgé de vingt-huit ans,
élève de MM. Thierry et Lebas.

Mention honorable, à M. Eugène Train, de Toul (Meurthe), âgé de
vingt-huit ans, élève de MM. Jay et Questel.

Concours de Peinture.

Le sujet â traiter par les concurrents pour les grands prix de pein-
ture était : Adam et Eve trouvant le corps d’Abel. Dix tableaux étaient
rangés dans la grande galerie de l’École des beaux-Arts.

Ces dix tableaux sont de MM. Hector Leroux, élève de M. Picot; —
Jules Lefebvre, de M. Cogniet; —Ulmann, de MM. Drolling et Picot;
— Ernest Michel, de M. Picot; —de Conninck, de M. Cogniet; —
Henner, de M. Drolling et Picot; — Léon Perrault, de M. Picot; —
Marius Abel, de M. Cogniet; — Pierre Dupuis, de M. Cogniet; — Colin,
élève de M. Colin.

Comme on le voit, d’après cette nomenclature, ce sont seulement deux
ateliers en présence, ceux de MM. Picot et Léon Cogniet, et, encore,
peut-on donner réellement le nom d’atelier à ces réunions de jeunes
artistes, à peine connus de leurs maîtres qui viennent tout au plus une
fois par mois,— nous en avons eu souvent la preuve, — visiter les
travaux de leurs élèves?

De cette absence de direction et d’école, de cette privation d’exemples
et de conseils suivis, naissent ce désordre et cette irrégularité que l’on
a malheureusement à signaler dans la plupart des concours. L’étude de
la nature n’est plus regardée comme une indispensable nécessité ; on
se contente de réminiscences, d’à peu près. La médiocrité ne craint
pas de faire appel à des souvenirs. Il faut que l’Académie pense sérieu-
sement à arrêter les effets de cette déplorable décadence.

Quelques mots suffiront pour apprécier et faire connaître les produc-
tions envoyées cette année au concours, et soumises à l’examen, au ju-
gement du public et du jury.

N° 1. Composition assez sage, exécution molle. Eve est un peu roide,
blanche, et enveloppée dans une peau si bien préparée, qu’on dirait
une fine draperie. L’artiste a eu la singulière idée de faire d’Adam un
véritable peau-rouge. On a trouvé que le cadavre d’Abel était étendu
avec une sorte d’afféterie bien éloignée de la nature.

N1* 2. L’effet en est assez dramatique. La tête d’Ève est modelée avec
soin, empreinte d’une véritable expression de douleur. Adam s’est pré-
cipité sur le corps de son fils, et cherche à lui ouvrir les yeux. Ce mou-
vement interrogateur du père est une hardiesse qui, pour être acceptée,
aurait dû être traitée avec un goût et une sobriété de style dont le dé-
butant n’a pas fait preuve.

N° 3. Le corps d’Abel est trop vigoureusement accentué ; ce n’est
pas le corps d’un jeune homme. Ève est tombée à genoux, et se penche
vers le eadave de son fils. Adam, les pieds dans une sorte de trou,
reste étonné, immobile, les mains croisées.

N” h. Sur cette toile, Ève ne s’occupe pas de son fils. Elle relève
la tête, regarde fixement le ciel et semble l’accuser du malheur qui
l’accable. Ce n’est plus le drame, c’est le mélodrame dans son exagé-
ration.

N° 5. Beaucoupde sympathies entourent ce tableau. On trouve gé-
néralement le groupe bien composé, bien agencé. Adam et Ève sont
près de leur enfant, la mère exprimant une douleur profonde et vraie,
le père un étonnement mêlé de curiosité. Le cadavre d’Abel, dessiné
dans un bon style, est couché sur le dos, avec les deux bras étendus
comme s’il était cloué sur la croix. Bien certainement l’intention de
l’auteur a été de mettre en opposition la mort du premier juste avec
celle de Homme-Dieu. L’idée est bonne et bien exprimée.

N° 6. La tête d’Adam est très-remarquable, mais l’artiste a fait au
père des hompies des mains énormes. L’Ève de ce tableau est beau-
coup trop jeune.

N” 7. Aspect et exécution médiocres. Sur six pieds que devait faire
voir son œuvre, l’artiste a trouvé moyen de n’en montrer aucun.

N9 8. Même reproche. On n’aperçoit que deux pieds. Par une bizar-
rerie que rien n’explique, le peintre a placé son groupe sur une sorte
de fond nuageux, couleur chocolat. Dans une éclaircie de ce nuage,
il a laissé entrevoir la silhouette de Caïn fuyant le lieu du crime.

N° 9. Ève, dans sa douleur, s’appuie sur Adam. 11 y a quelques par-
ties assez bien traitées dans le torse de la femme, mais la figure n’est
pas achevée.

N° 10. Œuvre de l’inexpérience, mais non de l’inintelligence. L’au-
teur de cette toile s’est créé des difficultés de raccourcis, de dessin,
qu’il ne lui a pas été possible de surmonter. Abel, sa meilleure figure,
est étendu la tête pendante sur l’ouverture d’un précipice; Ève, dans
la position de la Vénus accroupie, est presque informe. Adam accourt
inquiet, effrayé. On dirait un effet de nuit.

Nous parlions tout à l’heure de réminiscences, nous venons même
d’indiquer une imitation maladroite de la Vénus accroupie, nous pour-
rions signaler encore celle d’une figure de Delacroix ; un torse de
femme presque entièrement emprunté à Paulin Guérin; des pieds, des
mains exécutés d’après des modèles connus. Nous nous sommes plaint
de l’absence de pieds et de mains dans plusieurs tableaux, n’est-ce pas
une preuve flagrante d’impuissance que ce soin des élèves à composer
leurs groupes de manière à escamoter le plus grand nombre possible
de bras et de jambes? Ce n’est pas ainsi que l’on agit quand on fait de
la peinture sérieuse. Bien loin d’éviter la difficulté, le véritable artiste
la cherche et lutte courageusement avec elle.

Le concours pour les grands prix de peinture, — peut-être deman-
dons-nous trop,—est peu satisfaisant cette année; il ne laissera pas
un brillant souvenir dans les annales de l’école. Eu présence de ces
essais, que décidera l’Académie? Nous avouons que sa mission était
difficile, et nous ne savons si son jugement satisfera tout le monde.

Voici quel a été son arrêt ^

Premier grand prix, à M. Jean-Jeacques Henner, de Bernwiller
(Haut-Rhin), âgé de vingt-neuf ans, élève de MM. Drolling et Picot.

Second grand prix, à M. Benjamin Ulmann, de Blotzeim (Haut-
Rhin), âgé de vingt-neuf ans, élève de MM. Drolling et Picot.

Mention honorable, à M. Jules-Joseph Lefebvre, de Tournans(Seine-
et-Marne), âgé de vingt-quatre ans, élève de M. Cogniet.

Punroiirs tîe Sruîjiturr.

Les élèves entrés en loge pour disputer le prix de sculpture, étaient
au nombre de huit. C’étaient, suivant l’ordre des inscriptions après les
épreuves préparatoires : 1° MM. Delaplanche, 2° Hiolle, 3° Delorme,
â° Samson, 5° Lechesne, 6° Cugnot, 7“ Garnier, 8° Watrinelle.

Achille saisissant ses armes, tel était le sujet qu’ils avaient à traiter.

« La divine Thétis, dit le programme, dépose aux pieds d’Achille cette
merveilleuse armure qui rend un son terrible; tous les Thessalienssont
saisis d’effroi; ils ne peuvent soutenir l’éclat de ces armes et détournent
les regards. Mais Achille, à cette vue, sent redoubler l’ardeur de la
vengeance. Ses yeux brillent, terribles comme la flamme. Transporté
de joie, il prend dans ses mains ces riches présents de la divinité et
s’écrie : Oui, ma mère, c’est un dieu qui vous donne ces armes ! »

Aucune des têtes modelées par les concurrents n’a répondu, par son
expression, à cette indication cependant très-nette du programme.

M. Delaplanche nous pose l’ami de Patrocle debout, tenant le four-
reau de la main gauche, et agitant de la droite son épée au-dessus de
sa tête. H y a dans la figure du mouvement, de la vie, peut-être trop.
C’est l’homme qui marche au combat, la figure animée, les yeux terri-
bles, comme la statue de la Guerre dans le groupe de Rude.

L’Achille de M. Hiolle a une apparence plus calme. Il tient son cas-
que sous le bras gauche et, dans la main droite, l’épée. La tête est
commune et sans expression.

L’œuvre de M. Delorme est également calme et manque d’expression
et de dignité. La main gauche du héros est appuyée sur un trophée,
tandis que la droite soulève l’épée.

L’Achille de M. Samson n’exprime guère plus d’animation; il appuie
sur sa poitrine le casque et l’épée qui lui ont été remis; on dirait Orphée
tenaut sa lyre et chantant ses douleurs.

M. Lechesne a modelé une figure dout le profil est des plus singuliers,
et qui manque de netteté dans la pose ; elle ressemble bien plus à un
chasseur appelant ses compagnons, qu’à un guerrier saisi d’enthou-
siasme.

Le héros de M. Cugnot, avec son cou énorme, sa tête rejetée déme-
surément en arrière, rappelle plutôt Ajax défiant les dieux que l’ami de
Patrocle.
loading ...