Oppermann, Charles A. [Hrsg.]
Album pratique de l'art industriel et des beaux-arts — 3.1859

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ALBUM DE L’ART INDUSTRIEL. —3* ANNÉE.-MAI-JUIN 1859.

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On rencontre dans les plus humbles maisons des amphores d’une élé-
gance et d’une pureté de formes qui trahissent irrécusablcment au visi-
teur la patrie des Ghiberti et des Benvenuto Cellini.

La fig. 2 est un vase en émail bleu avec ornements en bronze doré,
qui décore une des salles du palais Pilti. Ce vase est posé au milieu de
la salle, sur un riche piédestal en marbre de couleur.

La fig. 3 est un autre vase des jardins du palais Pitti.

La fig. h est une forme antique trouvée dans les ruines de I’ompéi.

Consoles et Clefs «le voûte

de divers Styles.

PL. 14.

Un des moyens les plus simples et les plus faciles de décorer une
façade, un dessus de porte ou de fenêtre, consiste à y appliquer, soit
en console, soit en clef de voûte, quelque motif de décoration d’un
style approprié à celui du reste de l’édifice.

Nous avons réuni, dans la PI. \h, une série de motifs de ce genre
qui pourront convenir, suivant les cas, à des dessus de porte, à des
retombées de corniches ou à des dessous de balcons.

De la Décoration aies murs.

La décoration des murs réside principalement dans la mise en évi-
dence du système de leur construction.

On a choisi des matériaux de qualités convenables; on les a distri-
bués judicieusement; on les a employés dans les proportions voulues;
ils ont été travaillés avec soin : il s’agit de le manifester au spectateur.

On y parvient en accusant les diverses parties de l’œuvre par des
saillies plus ou moins prononcées ou par des différences de couleurs.
On réunit ainsi la vérité à la variété dans l’unité, ces deux conditions
essentielles du beau.

Appliqué à la décoration des murs, ce principe conduit à indiquer
l’appareil dans les constructions en pierre de taille, à distinguer nette-
ment l’ossature du remplissage dans les maçonneries mixtes, et à
marquer les contre-forts ou les points d’appui, partout où ils sont
nécessaires.

Art Grec.

Les refends, petits canaux de séparation taillés sur le développement
des lits et joints des pierres pour les mettre en évidence, ont été con-
sacrés par l’architecture dès les beaux temps de l’art grec, toutefois
avec beaucoup de réserve. On en trouve un bel exemple dans le sou-
bassement du petit monument choragique de Lysicrates, à Athènes;
mais il n’y en a ni au Parthénon ni dans les autres monuments de l’A-
cropolis. C’est que l’art de cette époque est essentiellement sobre; il
évite de multiplier les moyens de décoration; il ne veut pas que l’ac-
cessoire puisse le disputer au principal. Où le système général de la
construction est marqué à grands traits par des supports isolés, il se
refuse à appeler l’attention sur le détail de la distribution des pierres;
il veut que les lignes majestueuses de ses colonnes se dessinent sur un
fond uni, afin de mieux les faire ressortir.

Art Romain.

La même modération ne se trouve pas chez les Romains. Ses re-
fends s’introduisent sur les façades de leurs temples, en arrière des
colonnes, et, très-délicats au début, ils se marquent d’autant plus que
la décadence de l’empire approche davantage. L’art n’avait plus à sa-
tisfaire aux mêmes conditions ; en vue de l’agrément, il sacrifia d’abord
quelque chose de sa simplicité, et il finit par tenir la richesse des or-
nements en plus haute estime que l’harmonie des proportions, ail faut,
dit Vitruve, en parlant de la construction des temples, que des saillies
ménagées autour des lits et des joints forment des compartiments d’un
aspect agréable. » Mais s'ils n’ont pas su en éviter l’abus, les Romains,
on doit le reconnaître, ont tiré un parti très-convenable de ce mode
de décoration dans un grand nombre de monuments d’utilité publique,
et ils en ont varié les expressions en y ajoutant des bossages, c’est-à-
dire des saillies plus ou moins prononcées sur le parement des pierres.
Us l’ont appliqué à des aqueducs, à des portes de ville, à des amphi-
théâtres, à des enceintes monumentales, et là ils peuvent faire autorité.

Art Florentin.

Les refends et les bossages ne jouent pas un moindre rôle dans l’art
moderne; on en remarque dans la plupart de nos édifices. Il est même
un style particulier d’architecture qui repose sur eux d’une manière
presque exclusive; c’est le style florentin, qui a eu sa belle époque au
moyen âge et aux débuts de la renaissance. Dégagés des traditions de
l’antiquité, expression libre et vraie des conditions de la société qui lui
a donné naissance, il a imprimé à ses œuvres quelque chose d’austère

et d’imposant; ses moindres compositions présentent un caractère
monumental. Il porte au plus haut degré l’empreinte d’une solidité
inébranlable; les matériaux qu’il accuse ont des dimensions colossales;
les refends y sont vigoureusement tracés; les saillies des bossages très-
prononcées, et parfois fort irrégulières. Et non-seulement quelques-uns
de ces bossages ne sont pas travaillés; mais il est évident qu’on s’est
appliqué à indiquer bien nettement cette absence de travail. Leur ap-
parence est celle de blocs bruts superposés, et il semble que ces pierres,
sur lesquelles le ciseau n’a pas laissé de trace, se soient refusées à obéir
à sa fantaisie, et soient mieux que les autres en état de braver les injures
des hommes et des temps. Le Palazzo Vecchio et les palais Strozzi,
Ricard! et Pitti, à Florence, sont d’admirables exemples de l’effet que
peut produire ce système de décoration, lorsqu’il est employé avec art.

C’est surtout dans les édifices ou dans les parties d’édifices qui récla-
ment une grande apparence de solidité qu’il convient de décorer par
des refends ou des bossages, et il faut accentuer ces ornements avec
plus ou moins de force, suivant le caractère que l'on a en vue. Sans
doute, il n’y à aucune relation nécessaire entre l’épaisseur d’un mur et
les saillies de ces bossages, entre la solidité d’une construction et la
profondeur des traits qui en marquent les pierres; mais on sent qu’il
devrait exister une certaine connexion entre ces choses, et, aux yeux de
l’art, la réalité est bien plutôt dans le sentiment que dans le fait ma-
tériel. Jusqu’à preuve contraire, on admettra que la construction a dû
être dirigée dans le même esprit que l’ornementation : on jugera de
l’une par l’autre. Un refend vigoureusement tracé, un bossage très-
saillaut seront les indices d’une grande solidité. Enfin, les dimensions
des pierres étant ainsi mises en évidence, concourent efficacement à
l’expression de l’œuvre.

D’après ce qui vient d’être dit,* on conçoit qu’il n’y ait pas de règle
absolue pour fixer les relations à observer entre les dimensions des
refends ou des bossages. C’est au goût qu’il appartient de les détermi-
ner suivant les circonstances; il est toutefois utile de connaître quel-
ques-unes de celles qui ont été adoptées dans divers édifices.

Renaissance.

Les architectes de l’époque de la Renaissance, plus désireux de plaire
par l’agrément de la décoration que par la vérité des expressions, ont
introduit beaucoup de variété et de caprice dans ce genre d’ornements.
On voit, dans leurs œuvres, des pierres dont la face est taillée en
pointe de diamant, ou qui étant de forme cassée, sont ornées de cercles
en saillie. Quelquefois la face est rustiquée, alors que les arêtes, les
refends et les bossages sont finement travaillés au ciseau; souvent elle
est couverte de vermiculures, singulier ornement que son nom définit
et qui paraît avoir été inspiré par les corrosions sinueuses et irrégu-
lières qui s’observent sur certaines pierres gélives. Dans quelques édi-
fices très-richement décorés, d’élégants dessins sont sculptés sur chacun
des compartiments; enfin des bandes en saillie, continues ou coupées
par des refends ou des bossages, viennent parfois introduire des divi-
sions dans la face du mur et en rompre l’uniformité. L’aile du Louvre,
placée du côté de la Seine, offre d’intéressants exemples de ces gra-
cieuses fantaisies de nos pères. On n’y trouve sans doute ni la majesté
ni la finesse de l’art grec, ni la mâle expression de l’arl rornaib, ni
l’énergie des constructions florentines, mais on y admire d’autres qua-
lités, on y reconnaît un caractère original, un art en parfaite harmonie
avec les mœurs et la littérature de l’époque.

Maçonneries mixtes.

Quand il s’agit de maçonneries mixtes, la décoration découle natu-
rellement de la construction, pourvu que les matériaux aient été dis-
posés avec un certain art. Tout le monde a pu observer les heureux
effets que produisent des combinaisons de pierres de dimensions ou de
couleurs variées. Des chaînes de pierres de taille que réunissent, de
distance en distance, des assises horizontales de même composition,
et, dans leurs intervalles, des maçonneries de petits moellons ou de
briques : la décoration n’exige pas davantage en une foule de circon-
stance. L’opus reticulatum et les lits alternatifs de briques et de moel-
lons des Romains n’ont besoin, pour plaire, d’aucun ornement étran-
ger ; ils présentent à la fois assez de recherche et de variété.

Quelquefois la maçonnerie de remplissage est revêtue d'un enduit.
On marque alors assez habituellement les chaînes verticales par des
refends ou par des bossages, et des encadrements plus ou moins riches
se tracent sur l’enduit, en saillie ou en creux. Mais lorsque la décora-
tion doit avoir un certain caractère d’élégance, il est mieux de suppri-
mer les refends, de n’accuser les chaînes que par une légère saillie, de
leur donner des proportions un peu élancées et de les couronner de
quelques moulures.

Mars en pierre de taille.

Ce système s’applique encore à des murs entièrement exécutés en
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