Oppermann, Charles A. [Hrsg.]
Album pratique de l'art industriel et des beaux-arts — 4.1860

Seite: 35-36
DOI Seite: 10.11588/diglit.26966#0026
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L’ART INDUSTRIEL. — 4* ANNÉE. — SEPTEMBRE-OCTOBRE 1S60*

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CÉRAMIQUE.

I.a céramique moderne.

Nous empruntons au. traité de l'Art industriel, de M. Ch. Labou-
laye, les intéressantes considérations qui suivent, et dans lesquelles
l’auteur esquisse l'état actuel des Arts céramiques et les progrès qu ils
ont faits dans les siècles derniers, après les travaux de Bernard de
Paussy, de Wedgwood et d'Alexandre Brongniart, l’illustre Direc-
teur de la Manufacture de Sèvres.

Depuis un siècle, ies progrès des Arts céramiques ont été merveil-
leux, tant par le développement de la fabrication de la porcelaine
blanche, la plus parfaite de toutes les poteries, que par suite des travaux
des potiers anglais, de Wedgwood notamment, le plus célèbre d’en-
tre eux, dont les travaux sont postérieurs toutefois à la découverte faite
par Boettger (1706), des éléments de la porcelaine de Chine.

Les Anglais ont su les premiers varier, en raison du but à atteindre,
les éléments constitutifs des pâtes céramiques, ce qui leur a permis de
faire des grés-cérames, les faïences de duretés diverses, les imitations
étrusques, etc. ; en un mot, d’employer la plus convenable pour chaque
nature de produits. De plus, Wedgwood, en prenant ses modèles dans
des vases grecs apportés de Naples en Angleterre, et secondé par le
célèbre Flaxmann, donna, dès l’origine du développement de cette
industrie, à la majeure partie des poteries usuelles a’Aogleterre, une
grande élégance empruntée à l’Art antique et surtout à l’Art grec.
Aussi s’efforça-t-on longtemps sur le continent d’imiter ses modèles, et
doit-on reconnaître son influence sur les progrès accomplis dans les
Arts céramiques depuis le commencement du siècle.

La fabrication de la porcelaine dure, à l imitation de l'admirable
fabrication qui existait en Chine depuis si longtemps, et dont la matière
première a été si heureusement découverte en France, a été un immense
progrès. Son éclat, sa résistance aux acides, au frottement, aux rayures,
en font la première de toutes les poteries, et le développement de sa
production en Saxe et en France ne saurait trop être rappelé. Toute-
fois, si l’éclat de son émail , d’une admirable blancheur, est incompa-
rable, on sent, dans les formes obtenues par les procédés habituelle-
ment employés, que la pâte n’a pas la plasticité de celle qui sert à la
faïence; elle se prête mal à la confection des pièces devant avoir le
moelleux de la faïence. Quand on s’écarte d’un style un peu sévère, de
la correction géométrique, il faut souvent employer tous les artifices de
la fabrication, abandonner fréquemment l’outil principal, le tour, pour
recourir au moulage. Même dans son mode de recevoir des couleurs,
elle est quelquefois imparfaite, inférieure notamment au composé
improprement appelé porcelaine tendre de Sèvres pour les bleus.

Au reste, l’art de nos fabricants n’est plus arrêté par les difficultés
de la fabrication; pas plus dans l'exécution des formes les plus com-
pliquées que dans la composition, pour tous les cas possibles de pâtes
particulières qui jouissentdes propriétés cherchées, en modifiant avec de
grands frais, il est vrai, le plus souvent, leurs procédés de fabrication.

Il suffit, pour le prouver, de voir quelques pièces hors ligne; ainsi
nous rappellerons quelques-uns des grands vases, ayant les formes les
plus élégantes de la Statuaire et décorés de tout l’éclat des couleurs par
des émaux (qui font la raison pour ces pièces d’être en porcelaine
plutôt qu’en marbre), que fabrique la manufacture de Sèvres.

Mais nous pouvons dire de suite que nous ne croyons pas en principe
qu’une matière qui ne peut pas se ciseler, qui se déforme toujours
quelque peu au feu, puisse être considérée comme comparable pour la
Statuaire au marbre et au bronze; aussi ne sommes-nous pas partisan
de ces pièces quaud, par leurs formes et leur ressemblance avec les
produits de la Sculpture, elles n’ont pour mérite principal que la diffi-
culté vaincue. Il en est de même pour les tableaux sur porcelaines, qui
veulent lutter avec la Peinture à l’huile. Faire de 1 art en employant
des procédés qui multiplient les difficultés et rendent des effets artistiques
incomplets, c’est faire des tours de force mais non de l’industrie.

Terres cuites. — Les terres cuites sans émail sont devenues, surtout
entre les mains de M. Follet,de Paris, de charmantes productions,
notamment pour contenir des fleurs, pour les suspendre dans les appar-
tements, les serres.

Un emploi curieux de la terre cuite, depuis longtemps appréciée dans
les pays méridionaux, eu Italie surtout, où la gelée ne vieDt pas l’hiver
exercer son action destructive, est celui qui est fait notamment par
M. Virebent, de Toulouse, pour remplacer la Sculpture décorative. La
cathédrale d’Alby a été réparée par ce procédé avec une économie très-
grande et d’uue manière très-satisfaisante.

Grès-cérames. — Les grès ont formé une des bases de la magnifique
fabrication du célèbre Wedgwood. Rien de plus élégant que leurs
formes qui leur ont valu une supériorité parfaitement méritée. Aussi

a-t-on cherché à les imiter dans toute l’Europe. M. Ziégler a essayé en
France une fabrication artistique de grès bruns qui a joui d’une cer-
taine célébrité, grâce aux formes élégantesqu’il a su leur donner.

Parian. — Nous avons dit que les applications de la Céramique à la
Statuaire ne nous paraissaient pas en général très-désirables. C’est
surtout la dureté résultant des matières peu plastiques qui nous cause
cette impression, qui ne saurait s’appliquer aux compositions en terre
cuite de quelques artistes et surtout de Clodion, qui a fait au siècle
dernier de charmantes productions en ce genre, très-appréciées des
amateurs, et qui, moulées en bronze, ont eu un grand succès à cause
du sentiment exquis avec lequel cet artiste savait faire valoir des sujets
de petite dimension. Bien que tous les sculpteurs exécutent en argile
leurs premiers modèles, bien peu les finissent avec soin, y attachent
assez d’importance pour en assurer de la durée à l’aide de la chaleur.
Il n’existe de remarquable dans ce genre que les œuvres en biscuit,
c’est-à-dire en porcelaine sans couverte, qui, malgré le mérite de plu-
sieurs de ces productions et leur popularité sous Louis XV et Louis XVI,
nous paraissent avoir les inconvénients que nous avons signalés.

Les fabricants anglais, et surtout MM. Copeland et Minton, ont
remédié à l’aspect un peu dur du biscuit blanc de porcelaine en com-
posant une pâte phospbatique dite Parian, ou de Paras, qui convient
admirablement pour les statuettes. Cette pâle, dans laquelle entre du
phosphate de chaux, base principale des os, a quelque chose du reflet
jaune, de l’aspect gras de l’ivoire, de l’os. Elle est plus artistique
que le biscuit de porcelaine, dont le reflet blanc et dur sent la pierre
et ne convient pas si bien pour représenter le corps humain.

Fleurs en porcelaine et figurines coloriées. — Les figurines coloriées
ont fait longtemps la réputation de la fabrique de Meissen en Saxe,
la première qui ait fait de la porcelaiue dure, grâce aux travaux de
Tchirnaüs et de Boettger qui en furent les fondateurs.

Nous donnerons à ce sujet le passage que M. Brongniart a consa-
cré à ces produits dans son « Traité des Arts céramiques », note cu-
rieuse, qui montre la conscience que ce savant vieillard apportait dans
ses jugements en matière d’art, et est l’expression naïve de la difficulté
qui se rencontre à ne pas se tromper dans ces matières.

« 11 me parait difficile, dit-il, pour ne pas dire impossible, d’établir
maintenant ce qui est de bon ou de mauvais goût, car j'ai' vu appli-
quer, suivant les temps, chacune de ces épithètes au même objet, par
la majorité non-seulement des personnes dont l’opinion sur ces matières
mérite une grande considération, mais aussi par des artistes reconnus
pour des hommes de talent; je suis donc réduit à ne pouvoir appré-
cier les productions des arts d’ornements, qu’en émettant ma propre
opinion ou l’opinion dominante d’une époque, c’est-à dire de la mode.
Or, suivant mon opinion, les figures isolées ou groupées de la manu-
facture de Saxe sont d’un mauvais goût, d’un mauvais style, etc. »
M. Brongniart ne parle ici que de Meissen, mais il est clair que tous
les produits du même genre sont peu goûtés par lui. Le biscuit blanc de
Sèvres était le seul qu’il admît pour les figurines. Comme lui, nous esti-
mons peu ces colorations, ces imitations de fleurs toujours imparfaites.

Pièces en porcelaine. — Il nous reste à traiter la question la plus im-
portante: quelles formes tend-on à donner aux pièces dignes d’être
remarquées que produit la Céramique à notre époque? Nous laisserons
de côté toutes les imitations des styles anciens ou étrangers que les
progrès techniques permettent d’obtenir, les imitations des pièces
étrusques, mauresques, chinoises surtout, dont la fabrication forme
une industrie importante, à cause du mérite justement apprécié des
productions du Céleste Empire; c’est le cachet propre de la puissance
de l’industrie moderne que de reproduire tous les styles antérieurs.
Nous ne parlerons pas non plus des produits curieux dus aux progrès
des procédés techniques; telles sont les tasses d’une extrême légèreté
obtenues grâce au procédé de moulage à l’aide du plâtre désseché.

Les pièces dites coquilles d’œuf, qu’il est possible d’obtenir ainsi,
n’ont qu’une épaisseur tellement minime, qu’il serait complètement
impossible de les fabriquer sur le tour.

Les genres les plus appréciés des pièces modernes peuvent se ré-
duire à deux principaux.

Le premier se rattache plutôt au mauresque qu’à tout autre style ;
ses caractères essentiels consistent dans l’emploi des couleurs à tpns
francs, des dorures, des enlacements découpés à jour. Les couleurs
à grand feu, telles que celles justement célèbres de MM. Disgry et
Talmours constituent un progrès important accompli dans celte voie
quant à la décoration.

Quant aux formes employées par les Allemands dans la Céramique,
mais surtout dans la verrerie, elles procèdent également du style
oriental, plus encore que celles adoptées par les Français et les Anglais.

Le second est celui que nous appellerons de Sèvres, parce qu’il rap-
pelle les plus belles pièces sorties de cet établissement; c est le moins in-
dustriel, le moins propre à la fabrication courante. Les formes sont le
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