Oppermann, Charles A. [Hrsg.]
Album pratique de l'art industriel et des beaux-arts — 5.1861

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L’ART INDUSTRIEL. — 5* ANNÉE. — JANVIER-FÉVRIER 1861.

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Bains et Lavoirs publics, des Hôtels, des Maisons de ville et de campa-
gne, des Cafés, des Magasins, des constructions modernes, en un mot,
semblables A celles que l’architecte se trouve appelé à exécuter chaque
jour?

Si l’on craint qu’il n’y ait pas dans de semblables sujets assez d’oc-
casions de lavis et de lire-ligne, qui empêche de donner au concours
quatre sujets au lieu d’un? On n’en jugerait que mieux les aptitudes di-
verses des candidats. Ceux qui prescrivent des palais et des colonnades
ne savent-ils donc pas qu’une seule teinte malheureuse peut détruire
l’efTet du plus magnifique « rendu P » Et puis, en définitive, sont-ce des
architectes ou des aquarellistes que l’on veut former?

En Peinture et en Sculpture, manque-t-il, dans les récents faits d’armes
de nos troupes, dans les grands événements contemporains, dans la vie
privée de chaque jour, des tableaux ou des épisodes dignes d’être mis
au concours?

Non ! il est impossible de garder le silence devant de pareilles fautes
se reproduisant périodiquement, officiellement, sérieusement chaque
année. Il est impossible d'assister de sang-froid à l’atrophiation sys-
tématique du goût de toute une génération d’architectes.

On l’a dit bien des fois, on l’a répété partout, M. le Ministre d’JÉiat
lui-même a blâmé, s’il nous en souvient, dans l’une des dernières distri-
butions de prix, la tendance déplorable de l’enseignement actuel.

Mais rien n’y fait, rien n’est changé, ni â l’esprit ni même à la lettre
des programmes, et, pour achever de former le sens esthétique des
jeunes gens que l’on appelle à suivre les cours de l’École, on leur donne
pour modèle quotidien à garder sous leurs yeux, les trois triomphantes
lucarnes qui écrasent la nouvelle façade du palais des Beaux-Arts.

C. A. Oppekmann.

Paris. — 1" Janvier 18G1.

CHRONIQUE DES BEAUX-ARTS.

Distribution des récompenses et des médailles

à l'École des Beaux-Arts.

C’est le mois dernier qu’a eu lieu, à l’École des Beaux-Arts, la dis-
tribution solennelle des prix et des médailles obtenues pendant l’an-
née 1859-1860.

S. Exc. le Comte Walewski, Ministre d’État, présidait la séance, il
était accompagné par M. Marchand, Conseiller d’État, Secrétaire géné-
ral de son ministère, par M. J. de Saux, Directeur du cabinet et par
M. Courmont, Chef de la Division des Beaux-Arts. Son Excellence a été
reçue par M. Constant-Dufëux, Président de l’École, et par M. Ro-
bert, Vice-Président.

Au nombre des professeurs on remarquait MM. Dumont, Duret,
Flandrin, Heim, Jarry de Nancy, Jay, Le Bas, Lesueur, Lemaire,
Nanteuil, Robert-Fleury et Signol, etc.

Après la lecture du rapport sur les études de l’année faite par le Se-
crétaire perpétuel de l’École, M. le Ministre a pris la parole et a pro-
noncé le discours suivant :

« Messieurs,

« Le devoir le plus doux qu’il pût m’être donné de remplir, c’était de
venir, au nom de l’Empereur, vers la jeunesse laborieuse, et de vous
remettre ces médailles qui sont le témoignage de vos efforts comme
elles en sont la récompense.

« Le nombre de ces médailles, on vous l’a dit tout à l’heure, con-
state, dans les travaux de cette année, un progrès dont vos professeurs
ont le droit de se réjouir, et que je me plais à proclamer avec eux.

« Élèves d’aujourd’hui, destinés à être bientôt des artistes, tout ce qui
touche à vos études intéresse le pays dont vous êtes l’espérance, et
l’Empereur vous entoure de sa sollicitude.

« En réunissant sous la direction du Ministre d’État les Beaux-Arts et
les Belles-Lettres, l’Empereur leur donne aux uns et aux autres un nou-
veau gage de sa haute protection ; il les rapproche en quelque sorte de
lui-même; il crée comme une administration des forces vives de l’es-
prit pour les centraliser, pour leur donner un impulsion commune. Ap-
pelé par sa confiance à cette direction supérieure du domaine de l’es-
prit, pénétré de ses généreuses intentions pour les intelligences, je m’ap-
pliquerai sans relâche à remplir ses grandes vues. Aussi l’École des
Beaux-Arts peut-elle et doit-elle compter sur moi comme sur son pro-
tecteur naturel, comme sur le protecteur de tous ceux qui reproduisent
l’idée du beau dans ses manifestations diverses. Et, qu’il me soit per-

mis de le dire ici, la protection des arts n’est pas œuvre de bienfaisance,
elle est, avant tout, œuvre d’initiative. Son véritable objet n’est pas de
descendre auprès de toutes les vocations trompées, de toutes les im-
puissances qui se consument dans l’oubli; elle a pour mission d’exalter
le talent, de le susciter, de le découvrir, et de faire naître les chefs-
d’œuvre.

» Quand je dis « vocations trompées, » ce n’est certes pas à vous,
Messieurs, que mes paroles peuvent s’adresser; votre âge n’est pas l’âge
du désenchantement, mais des promesses ; votre jeunesse est riche de
l’avenir; tout vous sourit, et les médailles que nous vous décernons
aujourd’hui sont pour vous les prémices de la gloire. Les deuils mêmes
dont on vous entretient, sont moins des sujets de tristesse que des su-
jets d’émulation et de louange; les morts dont on vous parle se survi-
vent tout entiers dans leurs œuvres; visitez les galeries historiques, le
vénérable doyen que regrette la section de peinture y est aussi présent
que jamais, et, si le chef-d’œuvre de M. Hersent n’a pas eu le même
bonheur que le magnifique hémicycle de Paul Deearoche, celui de
sortir rajeuni de la flamme, il avait du moins celui d’être gravé par la
main d’un maître, et le burin a conservé la meilleure part du tableau :
le sentiment, le dessin et la composition dramatique (Applaudissements).

« A peu de distance de M. Hersent, il est mort aussi celui qu’on a
appelé le peintre de l’Orient et de la lumière. M. Alexandre Decamps
est tombé surpris par un accident imprévu, l’esprit toujours ardent, la
main prête à produire encore. C’est dans ces conditions surtout que la
fin prématurée d’un artiste inspire de douloureux regrets; on meurt
trop tôt pour ses amis quand on meurt à cinquante-cinq ans; mais on
meurt bien, vis-à-vis de l’avenir, quand on n’a plus rien à faire pour sa
renommée. (Sensation.)

« Et maintenant, s’étonnerait-on que je parle dans cette enceinte
d’un talent libre, d’un génie indépendant de la tradition qu’on y con-
serve? Je serais bien mal compris si l’on me supposait l’intention de
diminuer l’autorité des doctrines salutaires. Je pense, au contraire,
que rien ici-bas ne sort de soi et que nul ne s’est instruit sans un maî-
tre; M. Decamps est un élève de l’École des Beaux-Arts; il a reçu de
M. Abel de Pujoe cet enseignement classique qu’il a peut-être cru dé-
daigner un moment, mais qui s’est mêlé malgré lui à sa propre nature
et qui est devenu la règle de sa forte originalité. (Sensation prolongée.)

« Étudiez, Messieurs, attachez-vous à cette tradition sur laquelle re-
pose la perpétuité de l’art; ayez foi dans ces principes que l’on ne re-
çoit jamais sans fruit, dans cet enseignement qui, lors même qu’il ne
vous persuade pas sur-le-champ, trouve toujours son heure pour vous
convaincre. Étudiez, architectes, peintres, sculpteurs; préparez-vous à
être des artistes véritables. Vous êtes nés dans un bon temps; l’époque
est grande; l’Empereur Napoléon III lui a donné sa propre mesure.
Élevez-vous, rivalisez avec ceux qui s’illustrent dans les Lettres et dans
les Sciences, avec ceux qui s’illustrent dans la guerre; soyez au niveau
de votre temps, et n’oubliez pas que vous êtes appelés à devenir une
des gloires du pays, qui compte déjà tant de gloires. »

Ce discours a été écouté avec la plus sérieuse attention, et fréquem-
ment accueilli par les applaudissements de l’assemblée.

Le Ministre a ensuite donné la parole au Secrétaire perpétuel de l’É-
cole, qui a procédé à l’appel des récompenses.

Après la distribution des médailles, M. le Ministre s’est levé et a an-
noncé à l’assemblée que l’Empereur avait voulu, sur sa proposition,
donner à l’École des Beaux-Arts un témoignage tout particulier de son
intérêt en le chargeant de remettre à M. Constant-Dufeux la décora-
tion d’Officier de la Légion d’honneur.

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Reatanration île l’Eglise Sainl'Etlenne-ilu-Mout.

L’église Saint-Élienne-du-Mont est en ce moment l’objet de répara-
tions considérables. Bien que ce monument n’ait pas encore deux
siècles et demi d’existence, la maçonnerie était détériorée sur un grand
nombre de points. On a été obligé de restaurer les nervures des baies,
les sculptures du portail, de rejointoyer et de reprendre en sous-œuvre
les arcs-boutants de la nef.

Des travaux analogues ont dû être exécutés à l'intérieur; les dé-
fectuosités causées par le temps ont disparu, tout a été regratté du
haut en bas, et les décorateurs achèvent en ce moment leur travail.
Cette restauration fait mieux ressortir des beautés qui avant échap-
paient à l’œil. Parmi ces détails, on admire, au plafond de la croisée,
des rosaces, des médaillons avec les noms des quatre Évangélistes, et
surtout la clef pendante qui a 3 mètres de saillie en dehors du nu de
la voûte.

Les guipures du jubé y ont aussi beaucoup gagné. Au-dessous, quatre
inscriptions, jadis effacées et maintenant rétablies, indiquent que cette
partie du temple était autrefois destinée à la lecture de l’Évangile.
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