Oppermann, Charles A. [Hrsg.]
Album pratique de l'art industriel et des beaux-arts — 5.1861

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L’ART INDUSTRIEL. - 5' ANNÉE.

MARS-AVRIL 1861.

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deux retraites, ou encore de modillons-consoles avec double hauteur
et double largeur de plateau; celles des nos 13, là, 15 avec deux filets
à leur partie supérieure et mâchicoulis simples, semi-hexagonaux,
ou en gradins, sur modillons à une ou deux retraites.

Un autre genre qui est souvent aussi d’un effet assez heureux, con-
siste dans de simples bandeaux formés de redans en briques de champ
ou à plat, inclinées à A5° sur le plan vertical, ainsi que le montrent les
n"“ 16 et 17.

Ces divers types d’ornementation peuvent, comme nous le disions
en commençant, être employés dans la majorité des cas pour des con-
structions qui exigent une certaine décoration extérieure sans grande
dépense, telles que les stations de chemins de fer, les maisons de garde
ou d’éclusier, les maisons à loyer économiques, les maisons de campagne
et les établissements industriels. Us coûtent de 5 à 25 fr. le mètre cou-
rant en France et constituent les modèles adoptés en ce moment prr
MM. Oppermann et Cte pour les stations du chemin de fer d’Ancône à
Bologne.

IVote sur le mouvement architectonique eu Allemagne

pendant l’année 1860.

Ou peut décomposer l’Allemagne, au point de vue architectonique,
en quatre régions distinctes, dont chacune a son centre bien dé-
terminé :

1. Autriche.

En Autriche, et dans les pays circonvoisins, l’initiative part de la So-
ciété des Architectes et Ingénieurs Civils d’Autriche, dont les réunions
ont lieu à Vienne, et dont M. Fœuster, Directeur de YAllgemeine
Bauseitung, est l’un des plus actifs promoteurs.

La construction en briques a été représentée, aux environs de Vienne,
et dans la ville même, dans le courant de l’année 1860, par des édi-
fices assez remarquables, villas et maisons de campagne d’un style gra-
cieux d’une part, grandes constructions militaires, casernes et forte-
resses d’un aspect massif et froid d’autre part, tel est le double ca-
ractère des travaux de l’Autriche.

Il faut citer aussi l’achèvement récent de la Bourse de Vienne, édifice
très-vaste, et dont plusieurs parties sont réellement dignes de remarque.
Enfin diverses synagogues d’un style assez semblable au style arabe,
et où l’on a déployé une grande richesse d’ornementation.

La construction en pierre est peu employée.

Il s’est présenté toutefois, dans ce sens, plusieurs projets d’églises et
de cathédrales, mais ils ne sont pas encore venus à exécution, faute de
ressources suffisantes.

On s’occupe beaucoup à Vienne de la suppression de l’enceinte for-
tifiée, qui sépare la ville intérieure des faubourgs, et de l’occupation
des glacis par des constructions civiles, par un palais de l’industrie, etc.,
mais, là aussi, les ressources financières manquent pour mener à bonne
fin une aussi vaste entreprise.

2. Prusse.

En Prusse, c’est le groupe d’Architectes et d’ingénieurs qui a pour
organe la Zeitschrift für Bauivesen d’Erbkam auquel il faut rapporter
la création des principaux édifices nouveaux de la Prusse et des Pro-
vinces rhénanes.

Le goût qui règne dans ce pays se rapproche beaucoup du goût
anglais.

On y remarque la même prédilection pour les formes rectangulaires
et les restaurations du style ogival.

La Victoria-Strasse de Berlin est comme l’arène publique où les
manifestations les plus caractéristiques de l’Architecture moderne en
Prusse se sont donné carrière. Elle renferme des constructions très-
belles, très-élégantes, mais un peu froides, en brique et en pierre de
taille. Cette dernière en minorité.

On s’est beaucoup occupé, en Prusse, de la restauration de quelques
résidences royales. Des chalets et des villas d’une élégance relative,
toujours très abondamment décorés en bois découpé, sont les plus
gracieux échantillons de l’Architecture prussienne. On les remarque
surtout aux environs de Berlin et à Potsdam. Dans les Provinces, on fait
plus de constructions d’utilité publique que d'architecture décorative.

L’élément technique est très-actif et très-important en Prusse, et sur-
tout dans les Provinces rhénanes. Les chemins de fer Prussiens peuvent
compter parmi les mieux construits et les mieux exploités de l’Europe.
Plusieurs embranchements nouveaux ont été créés en 1860. Des sta-
tions ont été agrandies. Le matériel fixe et le matériel roulant des ate-
liers de Boersig, et autres moins importants, peuvent être pris pour
modèles, sauf quelques améliorations de détail.

3. Hanovre.

A Hanovre, un centre très-important d’initiative architectonique se
trouve représenté par la Société des Architectes et Ingénieurs du Ha-
novre, et a pour organe la Zeitschrift für das Konigreich Hannover.
On s’y occupe peut-être un peu trop d’églises du style roman, dont
quelques beaux types sont en effet bien remarquables en Hanovre,mais
l’équilibre rationnel s’y trouve rétabli, au point de vue du progrès mo-
derne, par les grands travaux des ports de Harburg et de Gestemünde,
et par les travaux intéressants des ponts et du matériel des chemins de
fer Hanovriens, qui ont beaucoup d’analogie avec ceux de la Prusse.
MM. Mohn et Funck, Directeurs secrétaires de la Revue que nous
avons citée, représentent, pour nous, le principe d’action de cette
partie de l’Allemagne.

U. Bavière.

Enfin, l’ancien centre de la Renaissance Gréco-Romaine-Bavaroisc,
Munich, la ville du roi Max, a continué à donner, en 1860, des
exemples assez nombreux de sa tendance à reconstituer l’Architecture
romaine et le style ogival en briques d’un poli parfait, et eu ornements
très-soignés en poterie et en pierre de taille.

Des maisons particulières très-belles et d’un grand luxe ont été éta-
blies à Munich. Des vestibules plus grands que les chambres des cha-
pelles et de vastes escaliers distinguent un grand nombre de ces con-
structions.

On semble aussi s'être préoccupé des principes de l’Architecture
vénitienne dans plusieurs des constructions récentes.

Les triples fenêtres à ogives en fer de lance, et à riches découpures,
les colonnettcs torses (en briques) et toujours beaucoup de bois décou-
pés et de statuettes, caractérisent les principaux produits de l’Art mo-
derne en Bavière.

Les constructions industrielles sont d’un meilleur goût, par cela
même qu’elles sont forcément plus sobres de détails. Mais elles ne pré-
sentent rien de bien particulier. Là, comme dans tout le reste de l’Alle-
magne, on peut remarquer de bonnes dispositions, un peu lourdes quel-
quefois, mais toujours d’une bonne et saine intention. Toutefois, on n’y
ménagepasassezlesdéveloppcments ultérieurs. Chaqueindustriesemble
y être considérée comme complète etcomme terminée au moment actuel.
On fait des monuments pour durer dix ans. A partir de ce moment on
sera obligé d’en doubler ou d’en tripler la surface. On ne démolira
rien, mais on ajoutera, au fur et à mesure, d’autres bâtiments, non
moins complets et non moins coûteux.

Enfin, nous ne terminerons pas sans dire qu’en Allemagne, comme en
France, ce style particulier qui affectionne les ronds et les pointes, les
pierres polygonales, les profils roides et les moulures traînées en hau-
teur, se trouve, depuis quelque temps, représenté par les mêmes esprits
qui sont occupés à corrompre le goût architectonique en France.

On semble prendre pour modèles préférés les plus mauvaises con-
structions de Paris.

Ce qui est bizarre et nouveau quand même frappe toujours naturel-
lement davantage.

Nous enregistrons ce fait sans le comprendre, surtout sans le justifier.

Les Allemands, qui ont si longtemps combattu l’adoption de notre
système métrique, chose incontestablement bonne cependant, gagne-
raient à réserver plutôt leurs répugnances pour ce que l’influence fran-
çaise peut avoir de dangereux et de mauvais. Il existe, chez eux, assez
d’éléments nationaux et caractéristiques pour donner naissance, dans
chaque région, à d’excellentes manifestations de l’art local.

Il serait fâcheux que les architectes d’outre-Rhin imitassent nos con-
structions nco-grecques et néo-romaines, comme leurs poètes dramali-
tiques travestissent les mauvaises pièces du Théâtre-Français.

S’il est vrai que l’industrie et le commerce soient cosmopolites, il n’en
est pas ainsi de la construction.

Les différences de peuple à peuple s’effaceront sans doute un jour, au
point de vue intellectuel et moral, mais l’Architecture, qui tient au sol
même, restera debout pour rappeler l’histoire des anciens âges, et pour
représenter les différences de climat et de matériaux dont le caprice de
l’homme est forcé de tenir compte.

C’est en Architecture surtout qu’il faut respecter les données locales
et les conditions qui résultent des ressources spéciales de chaque pays.
Aussi sera-t-elle, toujours et partout, le plus fidèle représentant du
principe des nationalités.

C. A. Oppermann.

Paris. — Mars 1881.
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