Oppermann, Charles A. [Hrsg.]
Album pratique de l'art industriel et des beaux-arts — 6.1862

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L’ART INDUSTRIEL. — 6e ANNÉE. — JANVIER-FÉVRIER 1862.

d’établir sur chacun des grands chantiers de travaux publics, un service
de photographie qui enregistrerait, jour par jour ou tous les huit jours,
l’état d’avancement des différentes parties d’un travail.

Dans les constructions à forfait cela suffirait, en quelque sorte, comme
certificat, pour baser, d’une manière irréfutable, les sommes dues à
chaque période d’avancement du travail.

D’un autre côté on garderait la mémoire des installations générales,
du matériel des chantiers, des constructions provisoires qui disparais-
sent aussitôt que la construction elle-même est achevée, et qui sont
quelquefois la partie la plus intéressante de l’entreprise.

Les vues des chantiers de l’Isthme de Suez que nous publions en tête
des Nouvelles Annales de la Construction de cette année, ne sont que
la reproduction de photographies que l’Administration du canal a
bien voulu nous communiquer.

En Italie et en Portugal nous organisons, en ce moment même, des
services analogues pour constater périodiquement l’état d’avancement
de nos travaux sur les lignes d’Ancône à Bologne, de Lisbonne à Bada-
joz et de Lisbonne à Porto. Lorsque ces services auront donné des résul-
tats réguliers, nous nous empresserons de faire part à nos lecteurs du dé-
tail des achats et dépenses qui sont à faire pour ce genre d’installations.

C. A. Oppermann.

Paris. — 1" Janvier 18G2.

CHRONIQUE DES BEAUX-ARTS.

Distribution des Prix et Médailles de l’École des Beaux-Arts. — Le
21 Décembre, à une heure, Son Excellence le Ministre d’État, accom-
pagné de M. Marchand, Secrétaire général, et de M. Courmont, Chef
de la Division des Beaux-Arts, est venu présider la séance publique
annuelle pour la distribution des prix et médailles de l’École des Beaux-
Arts.

Le Ministre a pris séance ayant à sa droite M. Robert, Président de
l’École, M. Marchand et M. Courmont, et à sa gauche MM. Nanteuil,
Constant-Dufeux et Gilbert.

On remarquait en outre la plus grande partie des Professeurs de
l’École, un grand nombre de membres de la Commission d’Architecture
et quelques membres de l’Académie des Beaux-Arts de l’Institut. La
séance a été ouverte par la lecture du rapport annuel sur les études,
lu par M. le Président; après cette lecture, le Ministre a pris la pa-
role et a prononcé le remarquable discours qui suit :

« Oui, Messieurs, on vient de vous le dire avec raison, l’Empereur
porte un puissant intérêt à tout ce qui peut développer la grandeur et
la richesse de la France. Sa généreuse protection cherche tous les ta-
lents, encourage toutes les espérances ; qui la mérite a le droit de
compter sur elle ; et c’est pour moi une mission bien douce à remplir
que celle de suivre attentivement la marche de vos études et de signaler
vos progrès en appelant sur vous la haute bienveillance de Sa Majesté.

« Oui, Messieurs, on vous l’a dit encore, les artistes dirigent le goût
de leur siècle, et les grands artistes lui impriment leur grandeur. Rien
n’est plus vrai, rien n’est plus encourageant pour vous, rien n’est plus
propre que cette pensée à stimuler vos efforts.

« L’Art, on ne saurait le contester, est une des grandes institutions
des nations. Il a sur l’éducation publique une influence dont on ne se
défend pas. Chaque exposition de Peinture et de Sculpture forme dans
son ensemble comme un modèle dont se pénètrent toutes les imagina-
tions, et que reproduisent, selon leurs diverses industries, toutes les
mains laborieuses. Que le modèle soit noble et pur, le goût universel
s’épure avec lui ; la mode elle- même aspire au beau ; le style s’agrandit
partout, dans la composition des meubles, dans le dessin des étoffes et
des broderies, dans la façon de l’orfèvrerie et l’invention des joyaux,
Tout participe au triomphe de l’Art supérieur dont il a reçu l'étincelle.

« L’Art supérieur, voilà votre but; montez à lui afin de tout attirer
jusqu’à vous. Mais pour monter à lui, vous n’avez qu’à suivre le chemin
qui vous est préparé. Un grand Ministre, conseillé par un peintre il-
lustre, l’a ouvert à vos prédécesseurs dès les premières années du règne
de Louis XIV... Colbert voulait faire entrer la Peinture et la Sculpture
dans les hautes voies où marchait si glorieusement la Littérature du
xvue siècle; il a institué ce prix proposé à vos concours, ce couronne-
ment de vos études : l’Académie de France à Rome.

« Poussin avait devancé la pensée de Colbert : il était allé s’établir
dans la ville sainte pour reprendre la tradition aux sources pures, et
produire des œuvres véritablement classiques au milieu d’une orgueil-
leuse décadence.

« Que manquait-il désormais à l’École française pour que l’enseigne-
ment du grand art passât entre ses mains? Ce que Poussin était allé

chercher de l’autre côté des Alpes: les modèles des deux antiquités
grecque et romaine, les chefs-d’œuvres du xvr siècle, l'inspiration des
souvenirs et le ciel éclatant de l’Italie!... l’Italie, terre des merveilles
et merveille elle-même ! tout ce que le génie de l’homme a produit de
plus parfait dans le cadre éblouissant de la plus splendide nature! des
cités pleines de galeries et de basiliques, des basiliques et des galeries
pleines de chefs-d’œuvre!...

« Lorsque Colbert résolut d’établir l’Académie de France en Italie,
ayant à choisir entre tant de villes illustres, il n'hésita cependant pas
plus que n’avait hésité Poussin lui-même : il choisit la ville éternelle.

« Oui, Messieurs, à l’époque de la plus haute splendeur pour l’Italie,
lorsque Florence et Venise se disputaient le premier rang, Rome, qui
n’avait pas besoin d’une gloire nouvelle, ajoutait encore à la gloire
incomparable de son passé des titres nouveaux qui la faisaient une se-
conde fois sans rivale. Si Florence avait Léonard de Vinci et Michel-
Ange, si Venise avait le Titien, Rome avait Raphaël, et tout s’inclinait
devant ce nom prédestiné. Florence, Venise, Bologne, Milan et tant
d’autres cités italiennes sont riches en chefs-d’œuvre ; mais Rome est
toujours la cité-mère, la ville qui parle à tous nos souvenirs, qui a
donné au monde le modèle de la grandeur humaine et la lumière des
vérités divines ; et n’est-ce pas vraiment la ville marquée du sceau de
l’immortalité que celle où l’on voit, à côté du Capitole et du Quirinal,
Saint-Pierre et le Vatican? Pour l’architecte, pour le sculpteur et pour
le peintre, l’inspiration sort de ses pierres mêmes, et tout ce qui s’est
produit de beau dans nos arts est une suite de sa tradition.

« L’œuvre de Colbert a porté ses fruits, et, il faut le reconnaître, si
rien n’a été négligé en France pour l’enseignement des arts, les résultats
n’ont pas été stériles. Si, lors de la dernière Exposition universelle,
notre industrie a pu lutter victorieusement contre celle des nations
voisines, c’est à la supériorité de nos arts qu’elle le doit, et c est à l’en-
seignement classique qu’il faut en reporter l’honneur. En vain essaye-
rait-on de prétendre, en se fondant sur quelques exceptions, que 1 in-
spiration et le vrai talent se passent de fortes études; je répéterai à ce
sujet ce que j’ai dit l'année dernière : « Rien ne sort de soi, et l’ensei-
gnement classique, se mêlant au tempérament propre de l’artiste,
devient, sans qu’il s’en doute, la règle secrète de son originalité. »
D’ailleurs la forte et vigoureuse originalité est rare, et les grandes
œuvres dérivent presque toujours des études classiques. J’en atteste
cette belle page qui se déploie ici devant vos yeux, livre d’or de la no-
blesse des arts, que Paul Delaroche a écrit avec son pinceau; j’en
atteste tant de vastes compositions qui revêtent avec honneur la pierre
de nos édifices, et en particulier ces admirables fresques de Saint-
Germain-des-Prés, qui resteront comme un monument glorieux de
notre époque, attestant à la fois le génie de l’artiste et la supériorité
de l’École dont il est sorti.

« Un dernier mot, Messieurs. Je parle de nos peintures murales, et
mon souvenir se reporte vers ce vieillard aimé et estimé que l’Académie
a perdu récemment et dont le nom reste attaché aux vastes restaurations
de Fontainebleau, à l’église de Saint-Sulpice et à l’édifice de la Bourse.
M. Abel de Pujol a bien rempli sa longue carrière, et quand il s’est
présenté à l’Exposition universelle pour y faire confirmer ses titres
d’honneur, le jury, au nom de la nouvelle génération, lui a décerné la
médaille de première classe.

« C’est encore là, jeunes gens, un exemple à ajouter à tant d’autres.
S’il n'est pas donné à tous de se survivre dans des œuvres irréprochables,
il y a encore, sans atteindre au premier rang, plus d’une place d’élite,
et le travail qui a été le bonheur d’une longue vie, s’il ne laisse pas tou -
jours la gloire après lui, laisse du moins une douce et enviable re-
nommée. »

Après l’audition de ces paroles vivement applaudies, on a procédé à
la proclamation des récompenses.

Elections de l’Académie des Beaux-Arts. — L’Académie des Beaux-
Arts a procédé, dans sa séance du 30 Novembre dernier, à l’élection
d’un membre dans la section de Peinture en remplacement de M. Abel
de Pujol.

Les votants étaient au nombre de 38 et la majorité était de 20 suf-
frages.

Au premier tour de scrutin, M. Meissonnier a obtenu 15 voix;
M. Hesse, IA; M. Larivière,5; MM. Yvon, Cabanel et Guérin, chacun
une voix.

Au deuxième tour de scrutin, les voix se sont réparties de la manière
suivante: M. Meissonnier a obtenu 19 voix; M. Hesse, 15; M. Lari-
yière, 3; et M. Cabanel, une voix.

Au troisième et dernier tour de scrutin, les voix se sont portées sur
trois candidats : M. Meissonnier a obtenu 20 voix; M. Hesse, 16; et
M. Larivière, 2.

En conséquence, M. Meissonnier ayant obtenu la majorité des suf-
frages, a été proclamé membre de l’Académie.
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