Oppermann, Charles A. [Hrsg.]
Album pratique de l'art industriel et des beaux-arts — 6.1862

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L’ART INDUSTRIEL.

<3‘ ANNÉE.

SEPTEMBRE-OCTOBRE 1862.

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tible, pour parvenir à doter l’épreuve photographique d’une stabilité
parfaite. Cette question a été traitée de deux manières: 1° en pro-
duisant à l’aide de la photographie une gravure sur plaque métallique
ou sur pierre lithographique, puis tirant h l’encre d’imprimerie
comme d’ordinaire; 2° en traitant une surface (verre, papier, etc.) par
des procédés chimiques, solarisant sous un cliché négatif ou positif,
puis répandant une poudre sur cette surface impressionnée. Suivant le
procédé chimique employé, la poudre adhère aux parties touchées ou
épargnées par les rayons lumineux.

En Angleterre, John Talbot a exposé une collection de gravures pho-
tographiques, tirées sur des planches de cuivre et d’acier préparées
par voie phothographique et sans aucune retouche de la part du
graveur.

Paul Pretsch a associé la photographie au procédé électrotypique;
il a exposé une série nombreuse de spécimens résultant de cette com-
binaison.

Nous avons déjà décrit dans tous ses détails le procédé nommé
photozincographie imaginé par Sir Henry James, directeur général
du dépôt des plans et cartes d’Angleterre; ce procédé permet de
transporter les photographies sur du zinc et de les reproduire en-
suite à l’encre d’imprimerie.

Adoptée maintenant par le gouvernement anglais pour le tirage des
plans et cartes, cette invention est la source d’une grande économie de
temps et d'argent.

La photolithographie, dont nous avons aussi entretenu nos lecteurs,
est adoptée en Angleterre pour la reproduction des gravures anciennes
pt modernes; les représentants de cette application de la photolitho-
graphie sont en Angleterre : MM. Pouney, Gecil Waker et Joubert.

Enfin,'MM. Contencin, Field et Ramagne ont exposé des spécimens
de photolithographies imprimés directement sur pierre. Le procédé de
M. Contencin a été décrit entièrement dans Y Album; celui de
M. Field est basé sur l’action exercée par la lumière sur une surface
de pierre enduite de bitume de Judée. Il est curieux de remarquer que
DagueRre renonçait à ce genre de recherches pour réaliser sa magni-
fique découverte.

L’agrandissement des épreuves est fort à la mode en Angleterre;
l’appareil en usage est la chambre solaire de Woodward. Nous
constaterons seulement que ces photographies amplifiées sont toutes
coloriées, ce qui empêche complètement de les juger au point
de vue photographique, car dans cette circonstance tout le mérite du
tableau revient de droit au peintre et non au photographe. Naturelle-
ment on voit, à côté des agrandissements, des épreuves microscopiques
qui, du reste, sont parfaitement réussies.

Enfin, comme partout, le portrait-carte est très-employé en An-
gleterre.

Quant au matériel photographique anglais, il se ressent de l’amour
du confortable inné dans la nation britannique. On construit beaucoup
de stéréoscopes en Angleterre ; cela se comprend, puisque le principe
de cet ingénieux instrument est dû à un Anglais, M. Wheatstone. Le
stéréoscope tel qu’on le rencontre aujourd’hui partout est dû aussi, en
principe, à un physicien anglais, sir David Brewster; mais c'est aux
perfectionnements apportés dans son exécution par M. J. Duboscq,
constructeur français, qu’il doit sa vulgarisation.

On voit dans la salle (l’Exposition delà photographie anglaise, sous
le nom de cabinet photographique, une chambre noire construite par
M. Simpson dans laquelle on peut exécuter tous les travaux photogra-
phiques; elle a comme dimensions ln,.70 de hauteur sur lra.2û de lar-
geur ; l’opérateur peut y entrer et y disposer tout son matériel. On y
trouve un réservoir d’eau, une cuvette avec un tube en caoutchouc
vidant les eaux de lavage, un casier pour flacons, verres, etc., et les
parois latérales de la chambre sont munies de verres de couleur. On
peut placer cette chambre noire dans le coin d’une pièce de l’apparte-
ment et éviter ainsi l’installation d’un laboratoire.

Passons maintenant à l’Exposition de photographie française. Nous
arriverons à un emplacement bien plus resteinl, moins avantageuse-
ment situé; mais nos photographes y ont entassé tant de spécimens
intéressants qu’ils ont su rendre cette portion de l’Exposition attrayante
pour le public.

La photographie au charbon est représentée en France : 1° par les
deux procédés Poitevin, le premier au bichromate de potasse, ex-
ploité par M. Lemercier qui en présente de beaux spécimens. Le
second au perchlorure de fer et à l’acide tarlrique dont M. Petit, pos-
sesseur d’une licence, s’est servi pour exécuter une belle collection de
portraits faisant partie de son exposition ; 2° par le procédé Fargier,
exploité par M. Ciiarayet ; 3° par le procédé de MM. Garnier et
Salmon, dont la collection de phothographies au charbon sur émaux est
très-curieuse.

L’héliographie a ses représentants dans MM. Ch. Nègre et Niepce

de Saint-Victor : le premier exposé des épreuves héliographiques ob-
tenues sur planches d’acier d’après son procédé que nous avons publié
en entier. L’exposition de M. de Saint-Victor est considérable ; il y a
classé des spécimens de ses principaux travaux, tels des échantillons de
ses épreuves monochrones, des marbres gravés au bitume de Judée,
des épreuves héliochromiques, d’après le procédé de M. E. Becquerel.

Rappelons dans cette partie de la photographie les épreuves sur
bois de MM. Colombat et Souver.

Les photographes français qui s’adonnent avec le plus de succès aux
agrandissements d’épreuves sont :

M. Delessert, dont les agrandissements directs sur papier au chlo-
rure d’argent, s’ils sont intéressants au point de vue de l’art, sont loin
d’être agréables à la vue ;

M. Disderi, dont les épreuves coloriées peuvent être considérées
comme de belles peintures ;

M. Villette, qui réalise à l’aide de l’appareil de M. J. Duboscq, un
avantage consistant à donner plus de netteté au contour des figures.

Quant aux épreuves microscopiques, M. Dagron en a fait une spé-
cialité dans laquelle il excelle d’une manière absolue.

Examinons maintenant les épreuves photographiques qui nous sem-
blent les plus dignes d’attirer l’attention.

M. Bingiiam, quoique Anglais de nationalité, s’est classé parmi les
exposants français, comme étant praticien à Paris; il excelle dans une
spécialité très-digue d’intérêt, la reproduction des tableaux.

M. Nadar fait toujours de la photographie en artiste ; cette année il
a entrepris avec succès un travail des plus originaux, la photographie
des Catacombes de Paris, dont quelques spécimens très-curieux se
trouvent à l’Exposition ; il s’occupe aussi beaucoup de la photographie
hippique.

M. Bisson pratique d’une manière toute spéciale les reproductions
photographiques géographiques; ses panoramas du Mont Blanc, de la
chaîne de l’Obcrland présentent un intérêt tout particulier.

MM. Ferrier et Soulier étudient depuis longtemps une question
aussi difficile qu’intéressante, la reproduction instantanée des objets en
mouvement; ils ont photographié les endroits les plus animés de Paris
au moment de la journée ou la circulation des passants et des voitures
est le plus considérable. Le problème de l’instantanéité n’est pas encore
résolu, mais il est en voie de grands progrès.

Le matériel photographique n’est pas considérable à l’Exposition
française: nous avons remarqué avec intérêt le polyconographe de
voyage, la chambre microscopique , l’appareil grandissant de
M. J. Duboscq (Album de l'Art Industriel 1861, col. 14 et 40, 1862,
col. 12), le laboratoire de M. Titus Albitès pour opérer en plein air;
l’appareil de M. du Mont pour reproduire les différentes phases d’un
mouvement (Album de l'Art Industriel 1862, col 29) ; nous devons si-
gnaler aussi les objectifs de M. Bertaud surtout un objectif de 0m.16.

M. Warren de la Rue est un photographe anglais, ses curieuses
photographies de la lune et des planètes n’ont pu trouver place dans
la salle d’exposition anglaise à cause de l’emplacement particulier qui
leur est nécessaire. Ces photographies sont sur verre dépoli et rendues
visibles par transparence. Cette intéressante collection se compose : des
éclipses de lune de l’année dernière, des photographies de Jupiter et
Saturne, des éclipses de soleil de 1860 , de plusieurs photographies de
la lune.

La plupart des différentes nations qui ont pris part à l’Exposition
universelle possèdent des spécimens de photographies parmi leurs
expositions partielles ; généralement, et c’est une heureuse idée, ce
sont des vues des principales villes, ou sites les plus intéressants du
pays exposant; la Suisse, sous ce rapport, possède une belle exposition
photographique. La Belgique et la Russie ont des expositions photo-
graphiques assez étendues, mais on ne remarque l’exécution d’aucun
procédé nouveau, si ce n’est quelques agrandissements en Russie,
mais toujours coloriés.

Venise expose des stéréoscopes-monstres, les objectifs ont 20 centi-
mètres; la vue des paysages dans ces appareils est d’un effet surprenant.

En résumé, on peut conclure de l’ensemble de cette exposition,
qu’il y a en général un grand perfectionnement dans le maniement des
procédés adoptés par la pratique, une grande extension dans les
applications de la photographie. On doit espérer voir la photolitho-
graphie et l’héliographie entrer définitivement dans la pratique ; nous
répétons encore que c’est le but le plus important que la photographie
aura atteint'

Ernest Saint-Edme,

C. A. OPPERMANN, Directeur,

11, rue des Beaux-Arts, à Paris.
Paris.—Imprimé par E. Thunot et O, 26, rue Racine,
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