Oppermann, Charles A. [Hrsg.]
Album pratique de l'art industriel et des beaux-arts — 8.1864

Seite: 31-32
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L’ART INDUSTRIEL. - 8e ANNÉE. — JUILLET-AOUT 1864

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Compte rendu de la sixième Exposition de la Société française
de Photographie.

Observations générales.

T La Société française de Photographie a été autorisée à tenir une exposition an-
nuelle corrélativement avec celle des Beaux-Arts. Cette faveur est un témoignago
rendu à l’influence que cette Société exerce sur le progrès de l’art photographique.
Mais, si l’on comprend l’intérêt qu’excite chaque année le Salon de peinture et de
sculpture, en sera-t-il de même pour l’exposition de photographie?

La photographie pure ou l’art photographique, en admettant cette distinction, est
toujours en voie de perfectionnement, il est vrai ; mais ses progrès sont-ils assez ra-
pides pour que les épreuves soient assez dissemblables à une année de distance?

L’exposition serait encore plus intéressante et plus variée si, à côté des épreuves,
on admettait les appareils à l’aide desquels elles ont été obtenues : alors l’attention
serait doublement attirée, et par le résultat obtenu, et par l’outil, et dans ee cas, on
le sait, un bon outil fait la moitié de l’ouvrage.

Là science photographique marche lentement mais sûrement ; on distinguera sous
cette dénomination les recherches et travaux scientiiiques qui ont trait aux appli-
cations deJa photographie aux arts et à l’industrie. Le nombre des travailleurs n’est
pas considérable et leurs œuvres sont de nature à être mieux appréciées dans le la-
boratoire qu’à l’exposition ; là on est toujours tenté de crier : « à la retouche. »

La sixième exposition photographique a été ouverte le 2 mai, pour être close le
31 Juillet. Elle occupe le pavillon sud-est du Palais de l’Industrie; le grand escalier
de ce pavillon en constitue l’entrée principale; un tourniquet la relie au Salon de
peinture.

Stéréoscopes. — Les stéréoscopes ont disparu en grande partie; on est heureux
toutefois de s’arrêter un instant devant les vues stéréoscopiques qui garnissent les
appareils de MM. F'errier et Soulier; on ne peut désirer plus de relief ni plus de
finesse dans les détails. Mais nous nous hâtions trop de constater le retrait des sté-
réoscopes; M. Saugrin les dissimule actuellement dans l’album même; dès qu’on
l’ouvre, un ressort se détend, et un binocle stéréoscopique se braque devant les yeux
de l’observateur. — Bien entendu, les portraits de l’album sont stéréoscopiques.

Écrans photographiques. — Mm“ Lafon s’occupe toujours de photographie sur soie;
ses écrans remplissent toute une table, et, comme il arrive toujours dans une grande
quantité d’objets de même nature, il y a du bon et du mauvais : au demeurant, suc-
cès d’originalité; pourquoi ne pas garnir aussi les foulards de reproductions de ce
genre?

Photo-Sculpture. — M.Willème (Voir pour le procédé, la livraison Mai-Juin 1863)
n’expose plus quelques spécimens seulement de son ingénieuse invention. La Société gé-
nérale de photo-sculpture possède cette année une exposition somptueuse, composée de
bustes, statuettes, médaillons, etc. L’idée de M. Willème a prospéré, elle a enfanté
une industrie nouvelle. Actuellement, l’atelier du boulevard Wagram est entièrement
monté : dix pantographes fonctionnent journellement. Nous modifierons un point seu-
lement de la description que nous avons donnée du procédé. Les épreuves sont agran-
dies au double de la dimension que doit avoir la sculpture; ces images sont proje-
tées sur des écrans de papier; un artiste est spécialement chargé d’en tracer les
silhouettes. Les images ainsi produites sont dressées verticalement sur un appui
convenable, puis l’on procède au travail du pantographe. Quant aux médaillons, on
les obtient à l’aide de deux poses : profil de droite, profil de gauche.

La Photo-Sculpture n’est pas encore à la portée de toutes les fortunes :

La modeste statuette, do 40 centimètres de hauteur, coûte. . 200 fr.

La plus grande (55 cent.). 280

Le buste, grandeur nature. 500

Le médaillon. 100

L’Intérêt véritable de ce nouvel art repose certainement dans la vulgarisation des
œuvres des grands maitres. Alors les plus modestes écoles pourront en posséder des
modèles exacts.

Stanhopes. — On retrouve encore les stanhopes de M. Dagron : U y a déjà quelques
années que cette spécialité photographique existe; cependant, grâce aux perfection-
nements récemment apportés à la construction de ces appareils microscopiques, leur
vogue se soutient.

Quelques mots d’explication, en réponse à des personnes insuffisamment rensei-
gnées sur le procédé à l’aide duquel on intercale des épreuves microscopiques dans
l’intérieur de pierres précieuses. Un stanhope n’est autre chose qu’un microscope
simple, constitué par une masse vitreuse dont une extrémité est taillée en lentille
biconvexe destinée à former l’oculaire, et dont l'autre est une face plane qui recevra
)a photographie microscopique. Nous avons décrit (6" année, col. 12), un appareil
servant à obtenir des épreuves microscopiques; voici comment M. Dagron monte ces
épreuves sur pierres transparentes : jadis, on fendait la pierre, puis, après avoir in-
tercalé l'épreuve faite sur verre, on rejoignait le tout à l’aide d’un agent fixateur; la
pierre avait dès lors perdu de sa valeur. Actuellement, on taille une des extrémités
en objectif (un point suffit, on n’aperçoit même pas la partie travaillée); le verre qui
porte la photographie est appliqué à la partie opposée, puis, le tout est encastré dans
Ja monture. En examinant l’épreuve au travers l’objectif, l’elî'et produit est toujours
agréable, l’épreuve apparait avec la coloration que lui donne la nuance propre do la
pierre.

Disons encore que la pierre n’a souffert aucun dommage et que nul travail ne se
révèle à l’extérieur; enfin, que le prix de revient de la pose de l’épreuve photogra-
phique disparait, comparativement à la valeur de la pierre précieuse elle-même.

Photographie pure. — L’Art photographique atteint son apogée, espérons qu’il s’y
maintiendra. Le portrait, le paysage, la reproduction de tableaux ont leurs artistes
spéciaux, dont la touche est aussi reconnaissable que celle des peintres. MM. Auge-
rer, Erwin, Numa Blanc, Carjat, Bayard et Berthall, Crémière, Udric Grob, Ken,
exécutent le portrait de la façon la plus satisfaisante. Pour le paysage, nous citerons
M. Yernon Heath, pour ses vues d’Angleterre; M. Robinson, dont les compositions
diverses sont fort remarquables; M. Rousset, qui expose des vues prises sur les bords
de la Seine; puis MM. Magny, Civiale, Jean Renaud et d’autres, car on serait fort
embarrassé de choisir au milieu de ces épreuves, qui toutes ont un cachet de fort
bon goût. La reproduction des œuvres artistiques constitue aussi une branche parti-
culière de la photographie pure; ce genre est exploité avec talent et même avec
science par Lafon, qui reproduit photographiquement la collection du nouveau
musée d’archéologie, dit musée Napoléon III; M. Marville a exposé une série de
dessins de Raphaël et de Léonard de Vinci, photographiés d’après des originaux;
M. Ferlanti possède une nombreuse collection dans laquelle figurent les principales

œuvres de l’école belge. Quant à la reproduction de tableaux, la supériorité de M. Bin-
gham reste incontestable.

Nous avons peu de choses à dire sur les agrandissements. MM. Carjat, Numa,
Mulnier, se contentent d’une dimension convenable ; dès lors une retouche habile
peut rendre aux traits leur caractère habituel. Mais M. Liébert, agrandissant des
clichés cartes de visite jusqu’à la dimension dite grondeur nature, ne peut obtenir
des figures absentes de dureté, de rugosité... M. Liébert opère cependant avec un
appareil de son invention qui possède une disposition optique parfaitement combinée
pour obtenir des contours très-nets; nous en donnerons la description prochaine-
ment. Citons encore les panoramas splendides de M. Bisson, et les belles vues d’Égypte
de M. Camas.

Science photographique. — La grande question pendante est encore et reste tou-
jours l’application de la photographie à la gravure sur pierre et sur métal. La plu-
part des procédés sont connus, en principe du moins, des lecteurs de YAlbum; les
mêmes candidats se trouvent encore en présence. Chaque inventeur a sa méthode
première; certains sont près de toucher le but et de voir enfin leurs efforts récom-
pensés par le succès industriel. La Société française de photographie doit décerner
cette année le prix de Luynes; cependant tous les candidats ne sont pas présents à
l’exposition. M. Lemercier a exposé des spécimens du procédé au bitume, qu’il a
imaginé jadis, en collaboration avec MM. Barreswill, Davanne, Lerebours, et en
outre, des épreuves obtenues par le procédé litho-photographique de M. Poitevin
(Voir Juillet-Août 1860, col. 30).

MM. Simoneau et Toowey, de Bruxelles, exécutent toujours le procédé au charbon,
de M. Asser. La base de ce procédé est le tirage direct de l’épreuve sur papier, puis
le report sur pierre ou sur métal ; les auteurs obtiennent ainsi d’assez bonnes repro-
ductions de cartes et de gravures anciennes.

M. Pretsch fait de la gravure photographique électro-typique; mais, on le sait, ce
genre d’opérations est beaucoup trop complexe pour devenir jamais industriel; quoi-
qu’en dise l’auteur, les retouches indispensables sont nombreuses. M. Ch. Nègre
(,Juillet-Août 1861, col. 30) est parvenu à obtenir par cette méthode, qu’il a travail-
lée et perfectionnée autant que possible, de très-belles épreuves; mais il a renoncé,
de lui-même, à l’exploiter pratiquement.

Le procédé de M. Morvan ^Novembre-Décembre 1863, col. 45) est un des plus pra-
tiques. Un de ses principaux avantages est la possibilité de retoucher la pierre après
l’impression; aussi peut-on donner aux épreuves toutes les dégradations de ton dési-
rables. L’inventeur expose des sujets bien divers qui permetteut d’apprécier les
qualités distinctives de son procédé. Nous citerons une carte de l’île d’ischia, obtenue
par le simple décalque de la gravure. — Une vue de tombeau monumental tirée
d’après un positif. — Le portrait de la cathédrale de Reims, d’après la gravure.

M. E. Placet, Ingénieur Civil, expose des épreuves très-satisfaisantes d’un nou-
veau procédé de gravure dont nous devons encore la description aux lecteurs de
l’Album.

Le point do départ de la méthode de M. E. Placet est incontestablement celui de ses
prédécesseurs : Une matière que la lumière rend insoluble est coulée sur une plaque;
après dessiccation, on la solarise sous le cliché à reproduire ; puis, à l’aide d’un dissol-
vant, on enlève les parties non modifiées par l’action de la lumière. Alors, les parties
insolubles forment sur la plaque un relief qui, moulé puis plongé dans un bain gal-
vanique, donne une planche gravée du modèle qu’on veut produire. Mais voilà pré-
sentement la partie originale du nouveau procédé. L’auteur a remarqué que la gra-
vure obtenue de cette manière ne présente aucune des finesses et des demi-teintes du
modèle; et dès lors il a appliqué à son procédé la méthode d’insolation en dessous,
usitée pour la première fois par M. Laugier. Dès lors, la pratique du procédé devient
la suivante-. Étant donne un dessin, un modèle quelconque à reproduire, on com-
mence par en tirer une épreuve positive sur verre, puis on coule sur ce cliché une
matière sensible (bitume de Judée, gélatine bichromatée...); on insole le verre en
dessus, de façon que l’action lumineuse commence par la partie de la couche sensible
qui adhère au vejre. On soumet ensuite le cliché à l’action du dissolvant (huile de
naphte ou benzine pour le bitume de Judée; eau chaude pour la gélatine) ; les parties
rendues insolubles par la lumière forment des reliefs dont l'épaisseur dépend de la
quantité de lumière qui a traversé les parties correspondantes du cliché. On moule
ce relief sur plâtre, et les moindres détails apparaissent en creux sur ce support in-
termédiaire à l’aide duquel on obtiendra, par voie galvanique, une planche gravée
en creux on en relief, suivant la nature du cliché, la matière employée, la durée
d’exposition à la lumière.

Nous avons déjà décrit le principe du procédé Garnier-Salmon (Juillet-Août 1860).—
M. Garnier obtient aujourd’hui de fort belles gravures sur acier qui peuvent lutter
de finesse et d’exactitude avec le modèle primitif. Les mêmes auteurs appliquent aussi
un procédé basé sur une réaction très-curieuse de la lumière. On tire sur verre ou
autre support inerte une épreuve au charbon du modèle à reproduire: on l’expose
ensuite à la vapeur d'iode; ce corps se fixe dans les parties noires du dessin. Le cli-
ché est ensuite appliqué sur la plaque métallique, l’iode mord, le décalque s’ef-
fectue; on passe alors sur cette surface une dissolution d’encre lithographique (savon
mêlé de substances grasses) l’iode détermine, partout où il se trouve, la coagulation
de ce mélange. On lave, les parties coagulées étant devenues insolubles, restent inat-
taquées par l’eau et forment les reliefs du dessin sur la plaque métallique; il ne reste
plus qu’à la soumettre aux acides.

L’opération marche mieux sur le fer et sur le zinc que sur le cuivre.

Les lecteurs de l’Album connaissent le procédé de tirage des positifs au charbon,
imaginé par M. Poitevin (Janvier-Février 1862), nous n’en voyons pas de spécimens
à l’exposition de cette année. On ne trouve, dans ce genre, que les charmants émaux
de M. Lafon de Camarsac-

Ernest Saint-Edme,
Préparateur de Phxjsique
au Conservatoire des Arts-et-Méliers.

C. A. OPPERMANN, DIRECTEUR,
11, rue des Beaux-Arts, à Paris.

Paris.— loopiimépar E. Tmmoï et C*,ï6, rue Racine.
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