Oppermann, Charles A. [Hrsg.]
Album pratique de l'art industriel et des beaux-arts — 8.1864

Seite: 35-36
DOI Seite: 10.11588/diglit.26970#0026
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L’ART INDUSTRIEL. — 8» ANNEE. — SEPTEMBRE-OCTOBRE 18«4.

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PROMENADES ET PLANTATIONS.

Des Plantations urbaines.

Depuis quelques années les plantations de toute nature se sont sin-
gulièrement multipliées dans les villes. Il est peu de cité de quelque
importance qui ne veuille avoir, à l’instar de Paris, ses boulevards, ses
squares, son Bois de Boulogne.

Il faut encourager ces tendances, car rien ne donne plus de charme
et de salubrité aux habitations urbaines que les arbres, les gâzohs et
les fleurs; mais la création et l’entretien de celte ornementation végé-
tale lebtraînent de grands frais, surtout lorsqu’il«é’àgit de plantations de
haute tige, et les municipalités prudentes doivent examiner avec soin,
avant l’exécution, si les projets présentés offrent des chances réelles de
succès, au point de vue de ia durée et du développement des arbres.
Faute d’avoir examiné les projets sous cet aspect, beaucoup de villes
ont consacré, et consacrent annuellement, des sommes considérables à
la création et à l’entretien de plantations faites dans des conditions
telles que l’on pouvait prévoir à l’avance que les arbres ne pourraient
résister aux influences destructives du milieu dans lequel on les a
placés.

Parmi les plantations qui se trouvent dans ce cas, on peut ranger la
plupart de celles qui ont été faites sur les boulevards et les promenades
publiques des villes populeuses, et principalement de Paris. Les racines
de ces arbres, plantés en ligne dans un sol recouvert d’asphalte ou
durci par une fréquentation incessante, ne peuvent être vivifiées ni par
l’air extérieur ni par l’eau pluviale, car leur chevelu, qui tend tou-
jours à S’étaler près de la surface, rencontre lü une croûte impéné-
trable et imperméable. Les infiltrations du gaz, qui transforment en
quelques instants la terre en Un magma noir et infect, dont le contact
produit sur les végétaux l’effet d’un empoisonnement immédiat, sont
encore pour les arbres de nos voies publiques une caüse de destruction
toujours menaçante.

La précaution d’entourer avec des plaques de fonte à jour le tronc
des arbres plantés sur les voies bitumées dont le but est de laisser pas-
sage à l’air et de permettre l’arrosage, est souvent insuffisante. Ces
plaques, dont il a déjà été qùëstion dans ce Ilefcucil (Alb. de l’Art Ind.
1858, col. 28, Pl. 26) ont un diamètre d’environ i“.20, ëtne recouvrent
que les grosses racines a leur naissance; mais les radicelles, où gît la
puissance absorbante, sont à 2 ou 3 mètres de la tige, et, par consé-
quent, tout à fait en dehors dù rayon d’action de ces coûteux et presque
inutiles appareils. Il en est à peu près de même des tuyaux de drainage
disposés pour l’aérage des racines. Ils empêchent peut-être les arbres
de périr, mais leur effet né suffit pas pour leur donner une vigueur
détruite, d’ailleurs, par d’autres causes; car si la partie souterraine des
arbres se trouve dans des conditions si défavorables, la partie aérienne
n’èst guère mieux partagée.

A peine lfe soleil du printemps a-t-il fait eiitr’ouvrir les bourgeons,
que les jeunes feuilles encore tendres se recouvrent de poussière. Les
pluies les plus persistantes délayent, mais n’enlèvent pas cet enduit
tenace, puis viennent les ardeurs de l’été, augmentées par la réverbé-
ration du pavé et des maisons. Les rosées de la nuit ni les pluies
d orages ne tempèrent point la chaleur ainsi concentrée, car il n’y a pas
de rosée dans nos villes, et l’eau des pluies s’engouffre dans les égouts
aVant d’humecter la terre; aussi dès le milieu du mois de Juin voit-on
nos promenades jonchées de feuilles sèches, alors que dans la cam-
pagne les arbres sont encore dans toute leur fraîcheur.

L’ihlluence nuisible de la poussière est trop connue pour qu’il soit
nécessaire d’indiquer son mode d’action, mais il n’est peut-être pas in-
utile de faire apprécier ces effets par voie de comparaison.

Il est aisé de constater, dans la plupart de nos jardins publics, que
les arbres plantés à proximité des chaussées sont dépouillés de leurs
feuilles longtemps avant les autres : ainsi la terrasse des Feuillants, qui
longe la rue de Rivoli, fort passante et toujours couverte de poussière,
est depuis longtemps dépourvue de tout ombrage, alors que celle du
bord de l’eau, mieux abritée; est encore verdoyante.

Les arbres qui bordent l’avenue des Champs-Elysées et la place de
la Concorde sont aussi défeuillés bien avant ceux des quinconces, qu’ils
garantissent de la poussière et de la réverbération des asphaltes. On
voit par lü que la durée, du feuillage est en raison inverse de la quan-
tité de poussière qui l’atteint.

On a souvent attribué le prompt dessèchement des feuilles, et par
suite le défaut de vigueur des plantations dans la ville de Paris, à l’im-
pureté de l’air que respirent les végétaux; c’est une erreur qu’une
observation très-simple permettra de redresser.

Les peupliers et les marronniers de l’Élyséc-Napolëon respirent le
même air que leurs voisins des Champs-Elysées, mais ils sont garantis
de la poussière par leur élévation et par leur éloignement des chaussées ;

leurs racines plongent dans un sol meuble, aussi ont-ils acquis un ma-
gnifique développement.

Leur aspect suffit à prouver que, malgré son impureté, l’atmosphère
de Paris est très-favorable à la grande végétation.

Il faut donc reconnaître que si la Ville a tant de peine à conserver
les arbres qu’elle plante à grands frais, c’est qu’ils sont dans des condi-
tions spéciales qu’il faut fatalement subir, car on ne peut pas ameublir
le sol des boulevards ni supprimer le gaz et le macadam.

Ce nouveau système d’entretien des chaussées paraît avoir porté à la
végétation intérieure de Paris un coup mortel. Avec le pavage ancien
on pouvait, dit-on, conserver quelques arbres, mais le macadam pro-
duit tant de poussière, que leur développement est devenu pour ainsi
dire impossible; tous ne meurent pas, mais ceux qui résistent sont
languissants.

On a tenté de prévenir la formation de la poussière en mêlant aux
eaux d’arrosage des substances très-déliquescentes, des chlorures de
chaux, par exemple. Il est possible que l'on parvienne par ce moyen
à réduire la quantité de poussière, mais il reste à savoir si, en ce qui
concerne les arbres, le remède ne sera pas pire que le mal.

Puisqu’il est reconnu que l’entretien des arbres en ligne présente de
très-grandes difficultés et entraîne par suite de grandes dépenses, il
reste à examiner si l’on ne pourrait pas y substituer un autre mode de
plantation.

L’effet pittoresque produit par les massifs de peupliers placés aux
angles du Pont Royal, au terre-plein du Pont-Neuf et sur quelques
autres parties des quais, donne une idée de ce que deviendraient les
bords de la Seine si l’on complétait l’embellissement de ces quartiers
au moyen de touffes d’arbres plantés sur les berges, vers les culées des
ponts, la où la navigation et la circulation des ports n’aurait pas à en
souffrir.

Dans cette situation exceptionnellement favorable, les arbres, ra-
fraîchis par le voisinage de la rivière, n’ont pas ù redouter les ardeurs
de l’été, ils conservent longtemps leur verdure et donnent aux quais
une fraîcheur que l’on ne saurait attendre de ceux qui, placés sur le
quai même, sont exposés aux effets désastreux d’une température
torride.

Si les essais faits sur les quais paraissent satisfaisants, on pourrait,
sans grande dépense, placer aux angles des monuments publics, aux
abords des fontaines, partout, enfin, où il se présenterait un espace
que l’on pourrait soustraire â la circulation, quelques arbres choisis
parmi les essences ù prompte croissance, trop négligées aujourd’hui.

Ces touffes de verdure, disposées au milieu des constructions, don-
neraient certainement à la ville un aspect aussi agréable que les rangées
d’arbres mal venants que l’on entretient à si grands frais, et comme on
pourrait les isoler des tuyaux de gaz et les renfermer dans de petites
enceintes closes, les arbres ne manqueraient pas d’y acquérir prompte-
ment de belles dimensions.

Les architectes auraient tort de combattre ce système de plantation
sous prétexte que les massifs de verdure sont des rideaux qui masquent
les lignes architecturales et ne laissent pas apercevoir i’fensemble des
monuments. Pour nous, et c’est heureusement l’avis de bien des gens,
les arbres et la verdure sont l’accompagnement le plus heureux des
œuvres de l’architecture. Tout monument qui émerge directement du
sol paraît toujours triste et nu, et, s’il n’est irréprochable, ses défauts
deviennent choquants. Environnez de beaux arbres un monument même
médiocre, il prendra un aspect tout nouveau.

Pour l’architecture, les masses de feuillage ne sont pas un rideau,
mais un voile qui dissimule les imperfections tout en laissant voir les
beautés.

L’adoption de ce système de plantations laisserait les grandes voies
sans abris contre l’ardeur du soleil; mais, dans l’état actuel, les ar-
bres qui y sont plantés donnent-ils un ombrage suffisant? Rien n’obli-
gerait, d’ailleurs, de supprimer ceux qui existent. Rien ne presse d’a-
battre tout d’abord.

Lorsqu'il fut question de transformer les Champs-Elysées, une auguste
influence voulut, dit-on, qu’au lieu de faire table rase, comme on le pro-
posait on se bornât à encadrer les plus robustes des arbres existants
dans des massifs de gazon et de fleurs. Grâce à celte heureuse application
d’un adage emprunté à la plus sage politique : « On ne doit détruire que
ce que l’on peut remplacer, » on a eu de l’ombre et l’on en a encore. Il
faudrait évidemment adopter le même procédé, et commencer par
disposer les groupes d’arbres, sauf à faire disparaître peu â peu les
plantations en ligne jugées inutiles ou trop coûteuses.

Si la nécessité d’abriter les grandes artères autrement que par des
vérandas est reconnue, on pourrait aisément remplacer le maigre
ombrage que donnent des arbres mal venants par des berceaux de
verdure formés au moyen de plantes grimpantes. Des houblons, des
glycines, des aristoloches soutenus par de légères tiges de fer produi-
raient, pendant la belle saison, un ombrage bien plus efficace que celui
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