Oppermann, Charles A. [Hrsg.]
Album pratique de l'art industriel et des beaux-arts — 10.1866

Seite: 15-16
DOI Seite: 10.11588/diglit.26971#0016
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ALBUM PRATIQUE DE L’ART INDUSTRIEL. — 10e ANNÉE.

MARS-AVRIL 1866.

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ouvrier incomparable. L’organisation des castes assura à tous les pro-
cédés le progrès continu, sans défaillance momentanée, sans arrêt,
sans décadence, le perfectionnement presque sans limites, mais indis-
solublement liés, qu’ils travaillassent pour le temple ou pour l’ameu-
blement, pour la décoration des hypogées ou pour celle des palais,
pour la parure ou pour les ustensiles les plus vulgaires du ménage,
l’artiste ou l’ouvrier ne pouvaient jamais ajouter une idée à ce symbole,
donner l’essor à leur esprit ; l’habileté de main, la fidélité de la mé-
moire devaient suffire à tous.

De l’art hébreu, rien ne nous reste que les magnifiques descriptions
bibliques; de toutes ces richesses artistiques qui remplissaient le temple
et le palais des rois et jusqu’aux demeures des plus pauvres, tout semble
s’être fondu et envolé en impalpable poussière sous ce souffle de ma-
lédiction qui passa sur Jérusalem, dispersant les Juifs aux quatre coins
du monde.

Les restes de Ninive, de Babylone, de Sardes, sont mis à jour. L’art
assyrien, conventionnel encore, fut cependant plus libre que l’art égyp-
tien; nos musées commencent à s’enrichir de ses restes. Toutes ont ce
cachet de symbolisme et d’immuable, qui marque les œuvres créées
sous les Pharaons, mais ils paraissent dans certains de leurs éléments
se rapprocher d’une manière plus vraie de la nature.

En touchant à la terre libre de l’Europe, l’art pourra seulement se
débarrasser de ces liens qui entravaient sa marche.

Les Grecs puisent bien en Égypte, il est vrai, la plupart des élé-
ments de leurs croyances, de leurs arts, de leurs industries; mais ils
pétrissent leurs dieux de passions humaines; ils mirent une âme dans
la forme. Le sentiment inné du beau, l’étude de la nature, la liberté de
l’expression, la splendeur de la pensée, chassèrent le faux, le lourd,
le conventionnel; ailleurs nous pouvons chercher des origines; les
Grecs seuls doivent nous fournir des modèles.

En Grèce, les applications industrielles du beau prirent naissance
en même temps que l’artiste. Né libre, l’enfant y suivait librement la
voie que lui traçait la nature ; l’éducation créée par Socrate ne le
parquait pas dans une spécialité avant qu’il l’eût choisie lui-même.
Artiste, il apprenait d’abord les règles de l’architecture, qui com-
prennent celles de tous les arts; il maniait le pinceau et le ciselet,
apprenait à placer la couleur et à modeler la terre. Génie éminent, il
dirigeait, comme Phidias, la légion d'ouvriers qui travaillaient aux
embellissements d’Athènes, ou, simple praticien, il se bornait à fouiller
les feuilles d’acanthe d’un chapiteau ou à travailler au moindre détail
d’ornementation. Il ne croyait jamais déchoir apportant à sa tâche un
sentiment supérieur à l’œuvre et se sachant, comme citoyen, l’égal du
plus illustre. Chaque artiste était ainsi doublé d’un artisan habile.
Après avoir créé Jupiter Olympien, Phidias décorait la maison d’un
simple particulier, et Praxitèle, le créateur de la Vénus de Miio, mou-
lait des statuettes pour l’étagère d’un potier. Les plus grands artistes
fabriquaient des meubles; leuï imagination avait ennobli jusqu’aux
ustensiles les moins précieux.

Athènes fut ainsi peuplée de tout un monde d’artistes qui engen-
drèrent les chefs-d'œuvre si variés de l’art grec; elle fut la première
ville manufacturière, la maîtresse et la reine du goût dans tous les
temps anciens. Ses produits varièrent à l’infini dans cette société libre
où l’action des citoyens pouvait prendre tout son essor, et lui assu-
rèrent une prépondérance artistique qui domina Rome elle-même, de-
venue maîtresse du monde.

Ville de conquête, et par conséquent de rapine, Rome se gorgea
des richesses de l’univers entier. Athènes, Argos, Thèbes, Corinthe,
pillées, saccagées, lui fournirent d’abord leurs chefs-d’œuvre, puis leurs
artistes; les beaux, la philosophie et les belles-lettres lui furent ap-
portés par les esclaves grecs. Leurs œuvres y acquirent un grandiose
que n’avaient pas les productions grecques; elles ont comme un reflet
de la puissance romaine et jettent un éclat qui fera toujours de cette
époque une des plus célèbres dans les fastes de l’humanité. La collec-
tion Campana nous montre ce que fut à Rome, et dans cette partie de
l’Italie qu’on nomma si justement la grande Grèce, l’art industriel.
C'est un trésor heureusement acquis par S. M. Napoléon III, et qui
doit devenir pour nos artistes une source inépuisable d’inspirations et
d’études.

Une civilisation trop raffinée, la satiété de l’orgie avaient déjà sonné
Thcure de la décadence, lorsque Constantin, devenu chrétien, ceint le
diadème et prend la robe éclatante des souverains asiatiques. Le dé-
placement de l’Empire, la fondation de Byzance, portent à l’art le der-
nier coup en substituant l’élément asiatique, le luxe des décorations
brillantes propres à l’Orient, à l’élégance grecque et au grandiose ro-
main. Au Nord, l’élément celtique agissait de son côté contre l’influence
romaine. La lutte du christianisme devenu prépondérant contre le pa-
ganisme, la nécessité de bâtir des églises pour remplacer les temples,
l obligation de les élever sur les lieux consacrés par les anciens cultes,
afin de ne pas froisser les croyances et les affections des néophytes chez

qui la foi n’avait pas éteint les vieilles superstitions nationales, don-
nèrent plus de force à ces deux tendances; le sacerdoce les utilisant
au profit de la religion nouvelle, créa au Midi le style byzantin, au
Nord le romain, auxquels les aspirations si vives vers le ciel devaient
faire succéder ce style gothique ou ogival qui se constituait d’une
manière définitive lorsque lesCroisades y eurent apporté l’élément arabe.

(La suite prochainement.)

REVUE PHOTOGRAPHIQUE.

Préparation «1rs Glaces sèches en pleine lumière.

M. J. Nicol rappelle, dans the Photographie journal, une réaction
signalée par M. Rimes. Elle consiste en ce que l’iodure de potassium
annihile la sensibilité d’une glace nitratée, etqu’ensuite on peut rendre
à celte glace son activité première en la recouvrant d’une solution de
tannin. M. Nicol s’est souvenu de cette intéressante remarque dans
les circonstances suivantes. Il avait, dans une cuvette en verre placée
en pleine lumière, plusieurs glaces qu’il examinait dans le but de se
rendre compte de la formation de quelques taches qui, avec certaines
sortes de collodion, causent des accidents. Il les lava avec une eau
contenant du chlorure de sodium, puis, les ayant rentrées dans la
chambre obscure, il les recouvrit de tannin. Chacune de ces glaces
fournit une épreuve parfaitement nette, et sur laquelle on n’apercevait
ni taches ni voiles d’aucune sorte. Voici, d’après l’auteur, la méthode
qui ressort de cette observation. Du bain d’argent, la glace passe
dans l’eau distillée ; on l’y maintient jusqu'à ce que toute apparence
graisseuse ait disparu ; on la plonge ensuite pendant quelque temps
dans une solution d’iodure de potassium : on lave, et enfin on laisse
sécher la glace qui sera renfermée dans une boîte où elle se conser-
vera indéfiniment. S’agit-il de la sensibiliser ? On la mouillera à l’eau
distillée, puis on l’immergera dans une solution de tannin à 05r.070
pour 31 grammes d’eau, et l’on séchera à l’étuve.

Considérations sur le Itain «l'argent négatif.

Il s’agit de transformer en bain négatif une solution qui a servi préa-
lablement à sensibiliser des papiers albuminés ou salés positifs.

Voici comment opère M. de la Blanchère. Le bain d'argent est
amené au titre de 5 p. 100; on lui ajoute 0Bt.15 d’iodure alcalin pour
38'.50 d’eau. Cette addition a pour effet de diminuer le temps né-
cessaire à la complète réduction du composé de matière organique et
d’argent, en exposant une plus grande surface du liquide à l’action de
la lumière. Les bains ainsi traités sont, paraît-il, très-appréciés. Ils
sont tout aussi sensibles que ceux préparés nouvellement avec le plus
pur nitrate d’argent et par une raison qu’il est difficile d’expliquer, ils
possèdent l’avantage de donner une image négative plus vigoureuse et
plus brillante.

On peut admettre que cette addition d’iodure alcalin a pour effet de
précipiter l’excès des bases étrangères nuisibles, tout en redissolvant
l’oxyde d’argent déposé dans le bain par suite des réactions secondaires.
C’est du moins ce que nous pensons.

I.c Glycoi»rotos»«Ifatc «le fer.

M. Fowler appelle l’attention sur un corps qui doit, selon lui,
éclipser tous les agents de développement d’épreuves usités jusqu’ici
et qu’il nomme glycoprolosulfate de fer. Voici sa composition :

Acide sulfurique. ... 30 grammes.

Eau. titf —

Colle. t —

On attend que le mélange d’eau et d’acide soit refroidi; puis ou
ajoute la colle et on laisse le tout dans un endroit chaud jusqu’à ce
que la colle soit dissoute. C’est alors que Ton ajoute un excès de limaille
de fer; la solution finale obtenue est de couleur foncée; on la dilue
avec des quantités d’eau variables, selon les effets que Ton veut obtenir.
Ce bain révélateur exige un temps de pose plus considérable; mais,
d’après lui, il fournit des négatifs brillants et exempts de tout voile.

Ernest Saint-Edme.

Préparateur de Physique au Conservatoire
des Arts et Métiers.

G. A. OPPERMANN, Directeur, G. A. CASSAGNES, Ingénieur,
11, rue des Beaux-Arts, à Paris. Rédacteur en chef.

Paris.— Imprimé par E. THünot et C*, 26, rue Racine.
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