Oppermann, Charles A. [Hrsg.]
Album pratique de l'art industriel et des beaux-arts — 10.1866

Seite: 35-36
DOI Seite: 10.11588/diglit.26971#0026
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ALBUM PRATIQUE DE L’ART INDUSTRIEL. — 10' ANNÉE. - SEPTEMBRE-OCTOBRE 1866.

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ARCHITECTURE.

Nielles, Arabesques et Ornements peints

des Châteaux de Cheverny, d’Ecouen et d’Ancy-le-Franc.
Relevés par M. Roeyer, Architecte.

PL. 25.

Fig. 1, 2, 3, A, 5, 6. — Bordures du château de Cheverny.

Fig. 7, 8, 9, 10, 11. — Motifs de panneaux du même monument.
Fig. 12, 13, 14. — Ornements de plafonds du château d’Ancy le-

Fig. 1, 2, 3. — Nielles en or du château d’Écouen.

Fig. 4, 5, 6. — Arabesques du château d’Ancy-le-Franc.

Fig. 7, 8, 9, 10, 11, 12. — Nielles en or du château d’Écouen.

Ou Style dans la Oécoration intérieure des Habitations.

Encadrements, Glaces, Tentures, Consoles, etc.

Par MM. Loremy et Grisey.

(4” Article.)

§ II. — DE LA DÉCORATION INTÉRIEURE DES HARITATIONS. (Suite.)

La sculpture de la pierre disparaît alors de l’intérieur des demeures,
et est remplacée par une ornementation légère, modelée à part ou
estampée dans une composition molle qui s’appliquait après coup et
durcissait sur place. François Ier appela en France les artistes de ce
genre, nommés poupetiers, qui, sous la direction de Primatice, de
Brosse, de Philibert, de Larue, décorèrent avec ce procédé lesplafonds
les plus beaux de Fontainebleau. L’art n’avait rien à reprocher à un
procédé qui, avec des garanties de duree suffisantes, fournit une orne-
mentation facile, riche, abondante, qui tenait un milieu raisonnable
entre la sévérité de la sculpture monumentale de l’extérieur et la
légèreté de la sculpture du bois des meubles et des encadrements, et
qui, perfectionné par la suite, devait remplacer l’ornementation en
bois avec avantage ou s’allier avec elle de la manière la plus heureuse.
Le procédé des poupetiers entra donc d’une manière définitive dans
la décoration intérieure, et commença sous Louis XIV à prendre le
dessus sur les boiseries, auxquelles d’ailleurs il laissait une place suffi-
sante pour en tirer le meilleur et le plus riche parti.

On peut voir au Louvre deux admirables modèles de la sculpture
sur bois seule, puis unie aux moulures importées d’Italie par les pou-
petiers dans les appartements dits d’HENiu IV et dans la galerie d’A-
pollon, si magnifiquement restaurée de nos jours. Les admirables boi-
series de la Renaissance sculptées pour Henri II n’étaient pas faites
pour la place qu’elles occupent au Louvre, et perdent de s’y trouver.
Il n’en est pas ainsi du salon d’Apollon. Là, tout concourt à faire pro-
duire à la décoration tout son effet, à donner à chaque détail sa valeur
dans la riche harmonie de l’ensemble. Les impressions si différentes
produites par deux œuvres également remarquables, chacune dans son
genre, doivent faire mieux comprendre combien la convenance est
une condition essentielle dans tout ce qui tient au style et à l’orne-
mentation.

La facilité avec laquelle les moulures des poupetiers se prêtent à la
dorure fit donner à ce moyen si riche en effets agréables, si propres à
réchauffer l’aspect d’un appartement, une grande place dans la déco-
ration qui acquit à cette époque, avec des glaces, un des éléments qui
devaient conquérir chaque jour plus d’importance. Jusqu’alors, Venise
avait eu seule le privilège d’en fournir à l’Europe, et faisait payer cher
les miroirs souillés au murano et merveilleusement encadrés, du reste,
par ses artistes ou par les sculpteurs florentins. Colbert parvint à im-
porter en France cette fabrication dans laquelle Saint Gobain ne con-
naît plus de rivaux, et dont nous aurons à nous occuper d’une manière
toute spéciale.

Le tableau sur toile et sur panneau, peint à l’huile, le pastel, la
gravure même, représentaient depuis la Renaissance, avec la statuette
sculptée dans l’ivoire et le marbre, ou coulée en bronze, la décoration
purement artistique, et donnaient à l’encadrement le rôle qu’il n’a
plus quitté depuis, et qui valut à Louis XV plus de reliefs aux mou-
lures et un caractère spécial dont nous avons déjà dit quelques mots.

L’art de la décoration intérieure doit encore l’usage des bronzes
dorés et des porcelaines au dernier siècle.

La console délicatement sculptée fut placée sous la glace pour sup-
porter le vase de Sèvres, la jardinière de Saxe, ou ces mille objets
dont l’art fait des joyaux, et devient ainsi un des ornements les plus
élégants du Salon, celui qui caractérise le mieux le style et sert le plus

heureusement de lien entre l’encadrement décoratif et l’ameublement
proprement dit.

Les Gobelins fournissaient leurs tapisseries de haute lisse pour les
palais royaux; Aubusson en fabriquait pour les simples particuliers,
mais la fortune moyenne ne pouvait mettre le prix à ces riches ten-
tures. Les étoffes de soie qui conviennent aujourd'hui aux riches parti-
culiers étaient alors d’un prix presque inabordable ; les étoffes en laine
ou en laine et soie, les toiles peintes presque inconnues; les rideaux
drapant les fenêtres, un luxe fort rare que l’étroitesse et le petit
nombre de ces ouvertures dans les maisons ordinaires, l’usage fort
répandu des petits vitraux enchâssés dans le plomb ou des croisées à
étroits châssis, rendait d’ailleurs moins nécessaire. L’industrie du pa-
pier peint, qui nous vient de Chine, s’établit, sous Louis XVI, au fau-
bourg Saint-Antoine, et depuis la nombreuse population qu’elle y
occupe y enfante avec une rapidité merveilleuse, tous les jours, de
nouveaux modèles, et produit des œuvres qui semblent vouloir lutter
avec les tissus les plus riches en soie ou en laine, et peuvent servir à
orner avec magnificence de très-beaux appartements ou décorer avec
agrément, ou à très-peu de frais, les habitations les plus modestes.

La facilité de traduire tous les styles dans les papiers peints ; la
richesse et l’harmonie des couleurs qui composent la palette; la per-
fection du procédé si facile qui reproduit son dessin modèle, donnent
à l’artiste les hardiesses souvent les plus heureuses, surtout lorsqu’un
encadrement élégant et approprié avec goût vient compléter l’effet et
relever l’éclat des papiers satinés et veloutés qui égale alors celui des
plus riches tentures

L’art dispose donc de nos jours’, pour décorer avec goût les inté-
rieurs les plus modestes, comme les plus riches, des éléments les
mieux appropriés et les plus variés, et du meilleur goût. Les décora-
tions des habitations élégantes se composent le plus souvent de mou-
lures rappelant celles de l’architecture des boiseries plus ou moins
sculptées encadrant les tableaux, bordant les glaces qui répandent
tant d’éclat et de lumière dans les appartements, et des panneaux
sobrement encadrés; le tout peint par des couleurs unies, rehaussées
par des filets d’or. Les étoffes drapées plus ou moins riches fournissent
les décorations les plus en rapport avec le confortable et le papier
peint, les tentures économiques et élégantes qui conviennent le mieux
au plus grand nombre d’habitations.

Nous ne pouvons entrer ici dans l’étude même résumée de toutes
les industries qui fournissent à la décoration intérieure ses diffé-
rents éléments; nous nous bornerons à donner quelques détails som-
maires, sur celle de l’encadrement, pour faire mieux comprendre
comment, par une fabrication manufacturière sur une grande échelle,
aidée des procédés mécaniques, le bon marché du produit peut être
atteint sans lui sacrifier aucune des conditions essentielles, et en lui
donnant, au point de vue de l’art, toutes les qualités que le goût peut
exiger.

§ 3. — L’ENCADREMENT AU POINT DE VUE DE L’ART ET DE L’INDUSTRIE.

Les conditions essentielles d’arriver au bon marché du produit,
sans sacrifier aucune de ses qualités, c’est de répartir ses frais géné-
raux sur la plus grande masse de produits possible, de concentrer
tout ce qui concerne la fabrication dans une seule usine, où une intel-
ligente division du travail établisse des spécialités qui assurent la per-
fection de chaque détail, et de savoir utiliser pour son œuvre toutes
les ressources qu’offre l’outillage mécanique porté aujourd’hui à un si
haut point de perfection. Cette concentration de la fabrication entière
sous une unique et ferme direction, a en outre cet avantage, que l’ar-
tiste qui a créé le modèle peut en surveiller constamment l’exécution,
et faire mieux comprendre à l’ouvrier, au praticien qui le secondent,
l’idée et le sentiment qui l’ont inspiré. Ces grands établissements per-
mettent d’ailleurs seuls de disposer d’une assez grande variété de mo-
dèles pour répondre à tous les goûts, à tous les besoins, d’un assez
grand nombre d’éléments d’ornementation pour pouvoir exécuter toutes
les décorations que peut créer l’imagination.

C’est ainsi que les constructions qui servirent à la célèbre manufac-
ture fondée par Richard Lenoir, ont été appropriées à l’industrie de
l’encadrement. Des ateliers séparés, disposés pour l’œuvre qui doit s’y
accomplir, et pourvus de l’outillage le plus perfectionné, sont affectés
à chaque opération spéciale. Une puissante machine à vapeur, distri-
buant la force et la chaleur suivant les besoins, donne le mouvement
à l'usine entière. Le bois y arrive en bille et attend dans les séchoirs le
moment propice pour son emploi. Les scies mécaniques à rubans, sans
fin ou circulaires, le débitent alors et le découpent suivant la destina-
tion qu’il doit avoir. Puis les rabots, les mortaises, les tours circulaires
ovales ou à excentrique, le travaillent, le décorent. Tout ce qui est filet,
dessin continu ou contourné, est ainsi obtenu à la machine avec une
précision que ne saurait atteindre, en travail courant, l’ouvrier le plus
habile.
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