Oppermann, Charles A. [Hrsg.]
Album pratique de l'art industriel et des beaux-arts — 10.1866

Seite: 45-46
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ALBUM PRATIQUE DE L’ART INDUSTRIEL. — 10* ANNÉE.

NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1866.

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produit et décrit dans l’ouvrage si remarquable de Wilkinson sur les
antiquités égyptiennes.

Des colonies égyptiennes apportèrent la civilisation en Grèce, mais
elle se transforma sur cette terre sacrée de la poésie antique. Les
Grecs s’inspirèrent surtout de l’étude de la nature; ils eurent un senti-
ment profond de la beauté du corps humain et en ont reproduit par
la sculpture d’inimitables modèles. Une entente admirable des propor-
tions les plus heureuses des divers éléments qui doivent former une
harmonie, un ensemble, pureté de lignes, élégance d’éléments de di-
mension assez restreinte, décorations formées presque toujours par des
sujets de sculpture et de bas-reliefs d’un goût et d’une exécution ravis-
sante : tels sont les principaux caractères de leurs œuvres.

La colonne grecque et les trois ordres qui caractérisent leur archi-
tecture se retrouvaient dans les intérieurs avec les frises, les métopes
et la plupart des décorations sculptées des façades. Les colonnes étaient
alors en marbre et porphyre rouge ; on en citait en verre. Des couleurs
vives en teintes plates s’appliquaient sur les fonds ornés de moulures
saillantes; ils donnaient des cheveux d’or et des chairs de cinabre à
leurs statues; les couleurs rouges, jaunes, bleues ou vertes indiquaient
les chairs et les draperies. La reproduction en bronze des statues, des
plaques décoratives fut extrêmement multipliée.

Les ornements que préfère l’art grec et qui le caractérisent sont sur-
tout les oves, les palmes, les feuilles d’acanthe qui jouent un si grand
rôle dans la colonne corinthienne; parfois la palme se rapproche de
l’arabesque, la volute, les trygliphes, les métopes, les astragales, les
frises, les frontons, la plupart des éléments de l’architecture décora-
tive leur appartiennent. Leurs poteries, ornées de palmettes, de méan-
dres, de feuilles d’olivier et de lierre, offrent une source féconde pour
les artistes décorateurs.

Sous la Révolution, on cherchait à s’entourer de tout ce qui pouvait
rappeler les antiques républiques. Il fallut des ameublements de l’an-
tique Asie et de la Grèce pour des maisons construites sous les derniers
règnes. On essaya donc d’imiter les formes d’Herculanum et de Pom-
péi, pour exécuter ce qu’indiquait l’enseigne naïve d’un ébéniste de
Paris : « Ici l’on fait des meubles antiques dans le moderne. » — De
nos jours, cette tentative a été reprise avec plus de savoir et d’une ma-
nière plus heureuse au point de vue artistique, mais qui ne pourra avoir
grand succès. A l’art grec, il faut emprunter ses ornements et savoir
les employer avec goût et sans les mêler d’éléments hétérogènes; mais
c’est une erreur de vouloir recopier ses intérieurs et reproduire un
ameublement qui n’existait pour ainsi dire pas. La vie et les habitudes
des anciens étaient complètement différentes des nôtres; ils ne con-
naissaient qu'un petit nombre de meubles. Les Grecs avaient reçu
quelques traditions de l’Asie qu’ils transmirent aux Romains après leur
avoir transmis ce cachet d’élégance qui appartenait à toutes leurs pro-
ductions.

C’est ce sentiment d’appropriation, d’élégance, d’harmonie, qui doit
animer l’artiste qui les prend pour modèle.

Les colonies étrusques qui fournirent à Rome ses premiers architectes
et ses artistes apportèrent dans la décoration de ses intérieurs et dans
l’ameublement la tradition grecque qui alla s’épurant lorsque la ville
conquérante appela pour l’embellir les artistes d’Athènes et de Co-
rinthe; à l’élégance grecque se joignit le sentiment du grandiose qu’on
retrouve dans la moindre décoration. Les artistes décorateurs employè-
rent avec profusion les méandres, les enroulements, des palmes, des
feuilles, des trophées d’armes, des guirlandes de fleurs et de fruits, des
génies. La figure humaine placée en cariatide, en mascarons, obtenait
une richesse d’ornementation que leurs ressources bornées empêchaient
les Grecs d’atteindre.

La Renaissance, le siècle de Louis XIV se sont inspirés du style ro-
main, et plus près de nous, Fontaine et Perrier essayèrent, sous l’Em-
pire, d’appliquer les règles de l’art gréco-romain à la décoration de
nos intérieurs et à leur ameublement. Jacob fut l’habile metteur en
œuvre de leurs idées. En dépit de leur talent, de leurs vastes connais-
sances, ils n’obtinrent en quelque sorte les décorations et les meubles,
qu’eussent voulu construire les Grecs vivant de notre vie, que des for-
mes roides, des espèces de petits monuments ornés de petites colonnes
à chapiteaux dorés, tout à fait en désaccord avec nos mœurs et qui
n’ont pas laissé de trace sérieuse.

Telle est cependant l’influence mystérieuse exercée sur le goût par
le beau et l’harmonie enchanteresse des formes qu’on se sent entraîné
sans cesse vers ce type grec qui se présente à l'imagination de l’artiste
comme la plus admirable réalisation de l’idéal!

STYLE BYZANTIN. — STYLE ROMAIN. — STYLE GOTHIQUE.

L’art religieux doit seul aller chercher des souvenirs et puiser des
inspirations dans les époques qui séparent le style romain de la Re-
naissance. Nous avons dit comment, sous l’influence asiatique en

I Orient, et l’influence franque en Occident, naquirent de l’orthodoxie
chrétienne le style byzantin et le style roman, qui ne sont, à propre-
ment parler, que deux variations du même type. Soumis aux tradi-
tions et aux autorités de l’Église, les artistes ne purent donner aucun
essor à leur génie; leurs œuvres furent d’une grande solidité et d’une
exécution remarquable pour l’époque, mais l’art ne fit aucun progrès,
il n’eut presque, comme l’art égyptien, ni période de tâtonnements
ni décadence.

La Sainte-Sophie de Constantinople et les monuments qui donnent
à Venise un cachet si extraordinaire se rattachent au style byzantin.
L’arc en plein cintre, reposant sur des colonnes très-légères, le dôme
placé au centre des édifices avec la profusion de la dorure, de la mo-
saïque, des peintures sur fond d’or, sont ses signes distinctifs. Le vide,
l’enflé, suivant l’expression de Quintilien, parlant de l’art asiatique,
le manque de goût et de mesure, le caractérisent.

A l’Occident, le style roman naquit des tendances celtiques qui
cherchaient toujours à suivre leurs aspirations vers l’idéal qui leur
était propre, tout en se courbant devant l’autorité de l’Église. Il y a
déjà dans les œuvres qu’ils construisent quelque chose d’élancé qui
annonce l’ogive. Les colonnes reçoivent des ornements variés, en zig-
zag, en forme de câbles, de torsades, de pointes de diamants, sont
recouvertes d’étoiles et prennent un caractère spécial, par la répéti-
tion multiple des petits ornements. Des animaux, des feuillages, figu-
rent parfois dans les chapiteaux. La légende des saints se déroule en
fresques sur les murs, la peinture symbolique s’introduit de toutes
parts dans la décoration et y occupe une place considérable sur fond
bleu et or. Cette décoration prend le plus vif éclat lorsque ses élé-
ments multiples reçoivent la lumière tamisée par les vitraux émaillés.
Plus rarement l’ornementation affecte de représenter des feuillages ;
mais dans ce cas le dessin acquiert une grande richesse.

La sculpture ne prend plus la beauté de l’homme pour type. La re-
ligion condamne le corps pour sauver l’âme. L’artiste byzantin donne
à ses figures des traits hâves, allongés par la souffrance et la privation,
et les couvre de draperies tombant en longs plis parallèles minces et
froids comme ceux d’un suaire. L’artiste roman ne voit sur le corps
que la cagoule du moine, en fait quelque chose de fort et de trapu
écrasé par le plein-cintre qui surplombe. L’art byzantin est surtout
remarquable dans la construction des châsses, des tabernacles, des
reliquaires, dans tout ce qui a rapport à l’orfèvrerie religieuse, qui
ne se sépare pas à cette époque de la bijouterie. L’approche de l’an
mil fait affluer dans les églises les métaux précieux et les pierreries.
La peur inspire des œuvres merveilleuses et l’on s’étonne que la der-
nière année du siècle s’écoule laissant les couvents gorgés de richesses
et le populaire pressuré par le seigneur, continuer la lutte de la vie
contre la misère. Il ne faut alors chercher nul luxe dans l’intérieur
des habitations. Quelques meubles dans le goût lourd et surchargé de
l’époque s’y trouvent à peine.

Après les terreurs du ixe siècle, la foi religieuse fut pleine d’aspira-
tions et d’espérances. C’est la grande époque de la chevalerie. On
sacrifie tout au désir d’acquérir vaillante renommée, de produire de
l’étonnement. La foi militante se précipite aux croisades ou elle élève
des cathédrales, la nation a trouvé son style, l’ogive est adopté comme
élément essentiel. Les flèches des clochers s’élancent vers le ciel, se
perdent dans la nue. On veut faire contraster leur élévation avec la
légèreté des découpures qui les décorent. L’église est bâtie par la na-
tion entière, le laïque se substitue au moine ; son œuvre n’est plus com-
plètement assujettie aux canons de l’Église, il prend autour de lui les
ornements propres à symboliser l’exaltation religieuse, la théocratie
du moyen âge et les varie à l’infini, mêlant la raillerie gauloise à la foi
qui l’anime, se servant du diable pour châtier ceux qui l’oppriment,
et affublant volontiers tous les vices du capuchon d’un moine.

La sculpture prend dans la décoration la plus grande importance,
elle couvre de statues ces admirables cathédrales, l’œuvre de l’imagier
s’individualise davantage. L’artiste étudie de nouveau la nature, son
initiative devient plus grande, les figures qu’il produit sont d’une exé-
cution large, fort voisine des proportions humaines, et le sentiment
rayonne sur leur visage, la seule partie du corps humain qu’il lui soit
encore donné d’étudier sur le nu.

L’ogive et la flèche, aspirations vers l’infini, la rose, les feuilles de
la vigne vierge, du lierre, la pomme de pin, la croix, l’auréole, le
chardon, le serpent, le trèfle représentant la trinité, le trèfle à quatre
feuilles représentant les quatre évangélistes, la vigne, enfin, qui rap-
pelle le vin de l’Eucharistie, se rencontrent dans la sculpture décorative
et se mêlent aux découpures semblables à de la dentelle, qui se ré-
pètent dans les moindres produits comme dans les grandes construc-
tions de ce style.

L’orfèvrerie sort alors du couvent; elle travaille encore pour l’É-
glise, et les œuvres en style maçon rappellent toujours la cathédrale,
avec une légèreté et une richesse d’ornementation aussi merveilleuse;
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