Oppermann, Charles A. [Hrsg.]
Album pratique de l'art industriel et des beaux-arts — 10.1866

Seite: 47-48
DOI Seite: 10.11588/diglit.26971#0032
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ALBUM PRATIQUE DE L’ART INDUSTRIEL. - 10e ANNÉE. — NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1866.

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mais au fur et à mesure que le xve siècle s’avance elle fournit plus
d’aiguières, de coupes aux châteaux que d’ostensoirs et de burettes à
l’église, l’élément laïque reprend le dessus, la diffusion de l’art com-
mence.

La sculpture sur bois marchait d’un pas égal à la sculpture sur
pierre et à l’orfèvrerie. C’est toujours le style maçon. La hucherie était
fort en honneur, meublant le château, le couvent et la maison du bour-
geois, mais se bornant dans ses décorations à des reproductions de
l’architecture; le siège seigneurial était surmonté de clochetons, l’o-
give, la rosace, la colonnette, le trèfle décoraient les ais du bahut.

Le gothique, avons-nous dit, fut, il y a trente ans, fort à la mode;
on en fait encore aujourd’hui des imitations remarquables et impor-
tantes, surtout pour les églises. L’encadrement des chemins de croix,
les moulures pour autels, châsses, sont une branche importante de
notre industrie. On fait moins de mobilier pour les particuliers; le go-
thique en maison bourgeoise a fait son temps. On a compris que s’il
convenait au manoir, dont on restaure avec soin l’antique architec-
ture, où tout est souvenir historique et doit respirer la vérité locale,
il était bizarre et ridicule de vouloir installer un ameublement taillé
par le hichoir entre quatre murs tendus en papier peints sous un pla-
fond en plâtre.

STYLE RENAISSANCE.—STYLE LOUIS XIII.

La Renaissance ne rompit pas brusquement avec le passé : elle fut
la glorification de l’art païen, au sein du christianisme, mais cette glo-
rification eut lieu sous deux influences inconnues à l’antiquité : la pa-
pauté et la femme. Le sentiment qui l’inspira fut une admiration pro-
fonde pour l’art antique, à laquelle se mêlent les tendances méditatives
propres à la civilisation chétienne, et très-souvent la satisfaction d’idées
sensuelles, qui furent le fond des mœurs de l’époque. La religion et la
galanterie avaient trouvé leur expression dans le gothique fleuri; la
Renaissance en associa les éléments à ceux de l’art romain et corrigea
la gravité de l’antiquité par la souplesse et la grâce chevaleresque; elle
fnt volontiers efféminée dans les détails, pourvu que l’ensemble con-
servât une noble et imposante physionomie. Ses images ont une âme;
la beauté, qui, pour la Grèce, fut un culte, prend chez elle l’apparence
de la volupté.

L’art cesse alors avec l’architecture d’être exclusivement religieux;
il s’épanouit dans toutes les directions, bâtit Saint-Pierre et orne le Va-
tican à Rome, décore Fontainebleau, construit Gaillon, Anet et le Lou-
vre, fond le bronze, cisèle l’or, pétrit la terre et meuble les palais.

La division entre les beaux-arts et les arts industriels n’existe pas
plus pour l’artiste de la Renaissance que pour l’artiste grec. Il est le
fils de ces républiques d’Italie, de ces communes démocratiques qui
avaient fait du travail la base de l’organisation sociale, où l’homme
n’avait de valeur personnelle que par son œuvre, où il fallait, pour
jouir des droits de citoyen, appartenir à un coips de métier, où l’an-
cien noble et le grand propriétaire n’avaient de rang dans l’État et de
titre à la faveur publique qu’à partir du moment que leur nom était
inscrit sur la liste des artisans. Michel-Ange, Ghiberti, Benvenuto,
Raphaël, tous ces grands génies de la Renaissance, ont fait leur ap-
prentissage à l’atelier de l’industriel et sortaient de la boutique pour
se faire, par leurs œuvres, les égaux des princes, comme les Médicis,
par leur négoce, s’étaient faits les égaux des rois. Aussi, pour eux, ce
n’est pas déchoir de s’occuper d’œuvres industrielles; ils taillent le
bois avec autant d’amour que le marbre, et peignent le panneau dé-
coratif avec le même soin que la grande toile historique. Us donnent
ainsi une valeur véritablement artistique à des œuvres qui ne seraient
plus pour nous que des produits industriels.

Respirant pour ainsi dire la tradition de l’art romain au milieu des
monuments dont les restes couvrent le sol de la patrie, ils en prennent
tous les éléments; mais ils les emploient avec l’élégance et le goût des
artistes grecs de la meilleure époque, en y joignant toute la délica-
tesse du tailleur de pierres du moyen âge. Le sentiment de la pureté
des lignes, des proportions, fait reparaître les lignes horizontales; les
arcs surbaissés, presque rectilignes, remplacent les voûtes ogivales de
forme presque aiguë, des colonnes de peu de hauteur se trouvent tou-
jours de dimension convenable pour l’encadrement des portes, des fe-
nêtres et des niches peuplées d un monde de statues et ne paraissent
jamais un hors-d œuvre.

La profusion de décorations sculptées dont elle orne les édifices dé-
passe en richesse tout ce que l’art romain a produit de plus remar-
quable. Elle sait mélanger au bas-relief sculpté avec toute la pureté de
la tradition classique les aigrettes et les dentelles de pierre; reproduit
à l’infini, non-seulement les feuillages, mais encore les formes du corps
humain, les enroulements de création fantastique, des sirènes, des
nymphes, des naïades, des tritons, des satyres, et cela avec une fécon-
dité d imagination, une facilité de composition, une habileté d'exécu-
tion incomparables, merveilleuses.

Raphaël s’inspira de sujets tirés des mosaïques et des fresques
antiques pour réaliser tout un système de combinaisons les plus auda-
cieuses et les plus heureuses dans la décoration du Vatican. Il faudrait
des volumes pour décrire ces arabesques, dévergondage raisonné de
l’imagination dont l’œil ne peut jamais se lasser d’étudier les harmo-
nieux enchaînements, les effets cadencés. Les sculptures sur les bois et
les moulures dues aux poupetiers, formant aux panneaux des encadre-
ments de la plus grande richesse, caractérisent la décoration intérieure
de cette époque.

L’ébène et le chêne dont les fibres unies, les nœuds ne forment pas de
dessins qui distraient du sentiment des lignes, étaient les bois préférés.
On taillait ainsi, excepté à Venise, les décorations dans l’élément même
du meuble. Les éléments de l’architecture de l’époque, mais variés à
l’infini, avec un sentiment parfait d’appropriation, caractérisent la
construction et la décoration des meubles. On les retrouve dans les
colonnes torses, cannelées, sculptées ou plutôt gravées; dans les lignes
générales souvent chargées de parties tourmentées qui n’en détruisent
pas l’harmonie; dans les frontons arrondis et coupés qui les surmon-
tent, dans la profusion des ornements sculptés, statuettes, bas-reliefs
et enroulements.

Tous les produits de cette époque exercent sur l’œil une séduction
irrésistible, et Ton s'explique très-bien ce mouvement si vif qui a en-
traîné l’art industriel à lui faire de si grands emprunts. Mais le goût, le
raisonnement arrêtent bientôt dans cette voie d’imitation. On sent qu’il
y a dans ce style si élégant quelque chose de faux, d’hybride, de mal-
sain qui ne va plus avec les idées de notre époque. La critique est née
depuis, et si elle n’a pas formé encore complètement le goût public, elle
Ta éclairé en partie et fait comprendre que cette alliance bâtarde de
la majesté de l’art antique et de la délicatesse du moyen âge voilait
mal, par son éclat, une décadence de deux styles plus grands dans leur
expression séparée, plus élevés dans leur sentiment, et que, sans la
condamner au nom de l’art comme certains, de la maudire au nom de
la religion comme d'autres, il fallait pour répondre aux tendances mo-
dernes suivre une voie plus pure et différente.

L’ameublement surtout, qui semblait à un certain moment avoir
définitivement repris la tradition du xvTsiècle, a compris que ces meu-
bles aux proportions architectoniques et hérissés de sculptures taillées
en plein bois, s’harmonisaient mal avec nos appartements et nos habi-
tudes, et que l’art industriel avait tout à perdre en sacrifiant à la sculp-
ture toutes les ressources dont dispose aujourd’hui l’ébéuisterie; elle a
restreint ses imitations et préfère chercher ses inspirations dans l’époque
intermédiaire qui sépare la Renaissance du grand siècle de Louis XIV.

Du style si fleuri, si élégant, si coquet du château d’Anet à celui de
la place Royale, la distance est grande. Les guerres de religion avaient
ruiné la noblesse, et sans avoir pénétré au cœur de la nation, la ré-
forme y avait cependant laissé de profondes traces. Tout ce beau luxe
de sculptures qui donnaient tant de prix aux constructions de la Re-
naissance fut abandonné; le style fut plus sobre, plus froid peut-être,
mais aussi fier et élégant et bien approprié. Le vermicellage prit une
grande place dans l’ornementation extérieure. La rocaille parut : le
temps, les fleuves, le sablier, les fléaux, furent des emblèmes adoptés
par l’art décoratif, les meubles furent moins chargés d’ornementations
et plus souvent décorés d’appliques, de marqueteries et de mosaïques.

(La suite au prochain Numéro.)

ZINCS ESTAMPÉS

raitagcs et tJaelic-Stopcs en /-inc.

Par M. Michelf.t, Constructeur à Paris.

Pl. 50.

Nous avons groupé, PI. 30, quelques-uns des plus jolis modèles em-
ployés par M. Michelet pour faîtages et cache-stores ornés.

Les quatre premières figures représentent des motifs de faîtages
dont les prix sont :

Fig. 1, 40 fr. le mètre double. — Fig. 2, 32'.50 le mètre double. —
Fig. 3, 38 fr. le mètre double.— Fig. 4, 30 fr. le mètre courant double.

Le motif de la Fig. 4 a été exécuté en cuivre rouge de 1 millimètre
d’épaisseur pour l’église Saint-Maur, à Lunéville. Il coûte alors 90 fr.
le mètre double.

Quant aux prix des cache-stores indiqués par les autres figures, ils
sont les suivants :

Fig. 5, 9 fr. — Fig. 6, 7 fr. — Fig. 7, 5 fr. — Fig. 8, 5 fr. — Fig. 9,
5'.50. — Fig. 10, 5'.50.
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