Alembert, Jean Le Rond  ; Keith, George  
Eloge De Milord Marechal — Berlin, 1779 [VD18 90543998]

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exa&ement ce que sa situation lui permettoît ds
consiicrer aux befoins de l’incligence, îl donnoit
avecbien plus deplaisir qu’il ne prètoit; car sou-
vent l’expériencelui avoitfait connoitre qu’il don-
noitce qu’il croyoit prèter, & qu’il s’en falloitbien
qu’en trompant ainsi sabienfaisance par une ex-
tension forcée, on lui en eût plus d’obligation.
Si laÿréfence d'un bienfaiteur , disoit-il, ejl quel-
qitesois irnportune , je vois qtie celle d'un créancier
Pejt encore davantage ; & sans exiger ni mèmees.
pérer la reconuoiisance, ilvouloit au moins que
ceux qu’il obligeoit avec tant de plaisir, lui par-
donnaisent ce qu’ilfaisoitpour eux.

En prodiguant ses secours à ceux qui en étoient
vraiment digpes, il y joignoit le discernesnent
alsezrare quiéviteavec l’attention la plus scrupu-
leuse denourrir & de favoriser par une pitiéaveu-
gle le vice ou la fainéantise. II craignoit, disoit-il ,
de reisemblerà un philosophe de ses amis, dont
la bonté facile se plaignoit d’avoir presque tou-
jours été trompée , avec les intentions les plus
pures. Ce philosophe, rnécontent de l’espece hu-
maine, avoitavoué plusd’une fois au sage Mi-
lord, qu’il regardoit comme un des phis grands
maiheursde la vieilleise le refroidissèment qu’eüe
peut apporter à la bienfaisance , en nous appre-
nant combien d’hommes en sont indignes ; il gé-
miisoit d’avoir si mal placé sa compallion & ses
secours, & se propofoit, disoit-il, d'employerses
derniers momens à demanderpardon à Dieu du bien
qu'il avoit crufaire pendantfa vie.

Plus Milord Maréchal étoit attentif & juste dans
la distribution de ses aumônes,p!us il mettoitde
soin & preique de tendreise dans celles qu’il sa-
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