Amélineau, Emile  
Monuments pour servir à l'histoire de l'Egypte chrétienne aux IVe et Ve siècles: textes et traduction (Band 1): Monuments pour servir à l'histoire de l'Egypte chrétienne aux IVe et Ve siècles: textes et traduction — Paris, 1888

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naissance de cause. Je dois même avouer que si je n'avais eu l'avantage, avantage
peu désirable à bien des points de vue, mais inappréciable pour la connaissance
des mœurs et des lieux, de vivre pendant quelques semaines avec les successeurs
actuels de ces antiques et célèbres moines, je n'aurais pas compris nombre de faits
et j'aurais en vain cherché le sens de certaines expressions qui m'apparaissaient
pour la première fois. J'ai donc employé tous les moyens pour parvenir à faire de
cet ouvrage un utile instrument pour ceux qu'attirera l'histoire de cette période du
Christianisme en Egypte.

Le séjour que j'ai fait à plusieurs reprises chez les moines coptes m'a permis,
par une sorte de marche en arrière d'arriver, en contemplant le présent, à voir ce
que fut le passé. D'ailleurs il y a dans la vie monacale actuelle en Egypte peu de
différence avec la vie des premiers ascètes. C'est envoyant les moines d'aujourd'hui
lire les œuvres du temps passé, c'est en les entendant me raconter les vies extra-
ordinaires de leurs grands hommes, que j'ai compris ces hommes et leurs actions.
Je n'ignorais cependant auparavant ni les uns ni les autres; dès mon enfance mon
oreille avait été bercée de ces légendes; mais le souffle n'était pas passé qui devait
donner la vie à tous ces ossements épars. Je n'ai donc pas cru faire une œuvre
antiscientifique en me servant de ce que j'ai vu, entendu, pour arriver à déterminer
la valeur des monuments qui composent ce volume. J'ai d'abord dans la première
partie de cette introduction essayé de déterminer intrinsèquement, d'après la mé-
thode habituelle de comparaison, la valeur des divers documents pris chacun en
particulier; puis dans la seconde j'ai voulu élargir le débat et j'ai dit ce que je pen-
sais de la manière de composer des auteurs coptes. Cette manière est si différente
de la nôtre que personne ne sera surpris que les résultats soient si éloignés de ceux
que nous recherchons habituellement; mais je serais fâché qu'on en fît un crime
à ces braves gens qui ont pensé tout d'abord à eux avant de penser à nous. Cer-
tainement si je n'avais recherché que la satisfaction de mes goûts personnels, je
ne devrais pas une bien grande reconnaissance à de pareils auteurs; mais je dois
les juger d'après ce qu'ils sont et non d'après ce que j'aurais désiré qu'ils fussent.
Etaient-ils tenus de contenter mes goûts avant les leurs? Évidemment non. Donc
au lieu de récriminer contre eux, j'avais mieux à faire : j'avais à les comprendre,
puis à les expliquer. Après les avoir compris et expliqués, je pouvais les juger et
montrer combien leur méthode me semblait inférieure à celle de la race hindo-
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