Amélineau, Emile  
Monuments pour servir à l'histoire de l'Egypte chrétienne aux IVe et Ve siècles: textes et traduction (Band 1): Monuments pour servir à l'histoire de l'Egypte chrétienne aux IVe et Ve siècles: textes et traduction — Paris, 1888

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E. AMÉLINEAU.

et qui fut archevêque schismatique d'Alexandrie. Rien dans le texte de l'œuvre
copte ne donne à le penser. Dans les chroniqueurs grecs que j'ai sous la main (mal-
heureusement je ne les ai pas tous), je n'ai pas trouvé un seul passage qui puisse
justifier cette identification, et je crois que le nom seul de Pierre, très porté à cette
époque comme à la nôtre, n'est pas une raison suffisante pour admettre l'identité
des deux personnages. D'ailleurs le diacre Pierre nommé dans le titre de notre
document fût-il le même que Pierre Monge, que je ne le croirais pas l'auteur de
l'Eloge. Ma principale raison pour le priver de cette paternité est que, cette iden-
tité une fois admise, les mêmes invraisemblances se retrouvent que lorsqu'il s'agit
de Dioscore. En effet, si le diacre Pierre qui fut le compagnon d'exil de Dioscore
a écrit lui-même cet éloge de Macaire et cette glorification du patriarche déchu,
comment se fait-il qu'il n'ait pas décrit autrement les malheurs et les souffrances
de son maître? comment n'a-t-il pas mieux connu les événements? comment
n"a-t-il pas su les noms des principaux acteurs du concile de Chalcédoine et les
a-t-il confondus les uns avec les autres? Toutes ces questions restent sans réponse
dans l'hypothèse que Pierre Monge est l'auteur ou plutôt le rédacteur du discours
attribué à Dioscore. Pour moi, l'auteur de ce morceau littéraire est sans doute
un moine pieux qui, dans sa cellule, loin des hommes et des événements, ayant
appris de ci de là quelques particularités sur le concile de Chalcédoine, ses prélimi-
naires et ses conséquences, a charmé ses loisirs en écrivant ces pages dans lesquelles
il vengeait bien, pensait-il, la déposition de Dioscore en le montrant intimement
lié avec un saint comme Macaire de Tkôou. Que Dioscore ait prononcé à Gangres
un panégyrique de Macaire, c'est possible et même probable; mais je ne peux
croire que c'est le morceau qu'on lira plus loin. Comme je l'ai dit ailleurs, les écri-
vains coptes ont toujours présenté leurs ouvrages comme l'œuvre de témoins ocu-
laires ou auriculaires, afin de s'attirer la croyance des lecteurs,1 mais ce n'est pas
une raison pour croire que nous avons là une preuve d'authenticité et autre chose
qu'un artifice purement littéraire, à moins que des témoignages étrangers ou des
raisons intrinsèques ne nous le démontrent, comme c'est le cas pour l'œuvre de

i. Cf. Voyage d'un moine égyptien dans le désert dans le Recueil de trav. relat. à laph. etc., VIe année,
p. 27 et 28 du tirage à part. Les idées que j'ai simplement indiquées alors seront développées plus
loin. Les travaux que j'ai faits depuis que j'ai publié ce Voyage ont fait entrer plus avant encore ces
idées dans mon esprit et je ne crois pas me tromper.
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