Amélineau, Emile  
Monuments pour servir à l'histoire de l'Egypte chrétienne aux IVe et Ve siècles: textes et traduction (Band 1): Monuments pour servir à l'histoire de l'Egypte chrétienne aux IVe et Ve siècles: textes et traduction — Paris, 1888

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MONUMENTS, ETC. XLV

être avait-elle été conservée dans les archives du patriarchat d'Alexandrie. En tout
cas on en connaissait l'existence, au témoignage de Sévère d'Aschmouneïn comme
à celui de l'auteur du cynaxare qui me paraît beaucoup plus solide. Ce fait joint à
deux autres, la promulgation] de l'Hénotique et la date du rétablissement de Pierre
Monge sur le siège patriarcal, a servi de fondement à un moine quelconque pour
bâtir son œuvre apocryphe. On peut même croire avec vraisemblance que le moine
connut les pièces originales de cette correspondance, car on trouve dans la lettre
où Pierre Monge annonce qu'il a souscrit YHénotique de Zénon un passage qui
est à peu de chose près identique à l'une des premières phrases de la lettre con-
servée par Evagrius.1 Si le faussaire a eu cette correspondance entre mains, il faut
avouer qu'il en a pris à son aise. D'ailleurs il a agi de même à l'égard de Y Héno-
tique : ce décret tel qu'on le trouve dans Evagrius est plus étendu que le texte
conservé dans la traduction copte. Plusieurs phrases, peu importantes d'ailleurs,
ont été omises par le traducteur égyptien et il en a ajouté une par laquelle, de sa
propre initiative, il attribue à Nestorius l'hérésie des deux natures.2 Je suis persuadé
que le texte que notre moine avait sous les yeux était identiquement le même que
celui que nous possédons encore; car, dans la version copte, aux endroits précis où
des phrases du texte grec ont été omises, on sent qu'il y a dans les idées une solu-
tion qui ne devait pas exister dans le texte authentique, et la comparaison le prouve
en effet. C'est une nouvelle preuve qu'un auteur copte n'a jamais pu suivre un texte
quand il le traduisait, et qu'il y a toujours mis du sien, heureux d'avoir ajouté de
nouveaux ornements et d'avoir paré au goût égypto-chrétien ce qui lui semblait
un peu nu. Quant aux mentions de faits et de personnages historiques, il n'y a rien
qui doive nous faire conclure à l'authenticité des lettres. En effet, un faussaire est
toujours dans l'obligation de faire un fond de tableau qui réponde à la réalité, afin
de ne pas trop choquer la vraisemblance et de ne pas s'attirer la défiance de ses

1. Ce passage est le suivant : «J'ai trouvé qu'il (le décret de Zénon) était aussi conforme à la
foi orthodoxe de trois cent dix huit pères qui se sont réunis dans la ville de Nicée et des cent cinquante
pères qui se sont assemblés à Constantinople ainsi qu'à celle du concile d'Ephèse et de S1 Cvrille.» —
Il faut remarquer cependant que l'Hénotique renferme à peu près la même phrase qu'a pu emprunter
le faussaire copte.

2. Je dois faire observer qu'il y aune grande différence entre la manière dont Nestorius parlait des
deux natures et celle dont en parlait le pape S1 Léon. Comme je le dirai plus loin, toute cette mal-
heureuse controverse repose sur une confusion dont ni les Latins ni les Grecs ne se sont rendu compte.
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