Amélineau, Emile  
Monuments pour servir à l'histoire de l'Egypte chrétienne aux IVe et Ve siècles: textes et traduction (Band 1): Monuments pour servir à l'histoire de l'Egypte chrétienne aux IVe et Ve siècles: textes et traduction — Paris, 1888

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XLVI

E. AM PI LIN EAU.

lecteurs. Les auteurs coptes, pour avoir eu l'imagination un peu trop facile et
n'avoir pas considéré une œuvre littéraire du même œil que nous qui sommes
les héritiers des Grecs et des Romains, n'étaient pas dénués de tout jugement et
savaient fort bien que l'apocryphe ne leur était loisible que dans certaines limites :
c'est pourquoi leurs œuvres les plus fantastiques sont toujours attribuées à un
témoin oculaire ou auriculaire, comme je l'ai déjà dit, et moyennant cette précau-
tion peu coûteuse, leurs œuvres passaient facilement et étaient adoptées par tous
ceux qui ne demandaient qu'à se laisser tromper. Notre auteur, pour le cas présent,
a mis son œuvre sous le patronage de Pierre Monge et d'Acace, il a dû se réjouir
et être fier d'avoir montré combien l'archevêque d'Alexandrie avait été supérieur
à celui de Constantinople. Ses petites inventions lui ont été très agréables, et nul
doute que ses frères ne l'aient regardé comme un grand et saint personnage pour
avoir si bien humilié Acace et exalté Pierre Monge. Je ne peux dire à quelle époque
se fit cette pieuse supercherie; mais il me semble assez probable qu'elle ne dût pas
être de beaucoup postérieure à la correspondance même des deux archevêques et
à l'Hénotique de Zénon, lequel fut promulgué en 482. En effet, pour que l'œuvre
présentât quelque sel aux lecteurs et obtînt le but cherché, il ne faillait pas que l'on
fût très éloigné de l'époque où les faits s'étaient passés; il fallait au contraire que
le souvenir de ces faits fût assez récent pour que les allusions du faussaire fussent
comprises de tous. C'est pourquoi je ne m'écarterai pas beaucoup de la vérité, en
plaçant vers 490, année dans laquelle mourut Pierre Monge, et plutôt avant qu'après,
la rédaction de nos prétendues lettres d'Acace et de Pierre Monge.

Je terminerai cet examen par une remarque semblable à celle que j'ai déjà faite
à propos de Y Éloge de Macaire de Tkôou attribué à Dioscore. Dans le style des
Lettres, rien ne trahit la traduction, ce qui devrait avoir lieu si elles étaient authen-
tiques, car la véritable correspondance a été écrite en grec. Tout y est du copte
le plus indéniable. Au contraire, le décret de Zénon trahit de suite la traduction :
le traducteur, qui n'a pu joindre ensemble les différentes propositions d'une phrase
ou d'une période, a dû les couper et cette opération n'a rendu le texte ni plus beau,
ni plus clair. Pour toutes ces raisons donc les Lettres d'Acace et de Pierre Monge
conservées dans le volume 62 des manuscrits coptes de la bibliothèque vaticane
sont apocryphes au premier chef, et ce n'est certes pas dans ces lettres qu'on peut
aller chercher la justification de la conduite de la cour de Rome à l'égard d'Acace.
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