Amélineau, Emile  
Monuments pour servir à l'histoire de l'Egypte chrétienne aux IVe et Ve siècles: textes et traduction (Band 1): Monuments pour servir à l'histoire de l'Egypte chrétienne aux IVe et Ve siècles: textes et traduction — Paris, 1888

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E. AMÉLINEAU.

Maintenant que j'ai établi comment a été composé notre panégyrique, il sera
bon de dire quel a été le but poursuivi par l'auteur et par ses continuateurs ano-
nymes. Ce but, je bai déjà indiqué dans les premières pages de cette introduction,
c'est l'édification spirituelle. Le véritable but des auteurs coptes dans ces vies des
Pères du désert, pour employer l'expression courante, c'est de faire dire aux lecteurs :
Allah, Allah, c'est-à-dire : Que Dieu est grand, puissant et que son serviteur An-
toine, Macaire, Pachôme, Schnoudi ou d'autres, faisait de grandes choses. De là
vient qu'on trouve à satiété à la fin de chaque miracle cette phrase : Et ils glori-
fièrent Dieu et le prophète saint apa Schnoudi. On peut prendre n'importe quel
récit de la vie de Schnoudi, de l'éloge de Macaire, du sermon attribué à S1 Cyrille,
et on verra en chacun que l'auteur procède toujours de la même manière : il donne
les circonstances qui doivent faire comprendre son récit : ces circonstances de
temps ou de lieu, de personnes ou de choses, ne sont rien pour lui, elles servent
à faire comprendre pourquoi et comment le miracle eut lieu, pourquoi et comment
telle apparition se fit, telle parole fut prononcée, et c'est tout; aussi dès que le
miracle a eu lieu, dès que la vision a disparu, que la parole a été prononcée, le
récit est achevé par la formule ordinaire et ils glorifièrent Dieu et le saint apa
Schnoudi, et souvent nous ne savons pas comment se termina l'événement auquel
nous nous étions intéressés en commençant. Cette manière de procéder, il faut
l'avouer, n'est guère en rapport avec nos habitudes et nos exigences littéraires,
mais elle est merveilleusement adaptée au but d'édification poursuivi par l'auteur.
Je l'ai dit plus haut, de nos jours encore le Copte se délecte en de pareils récits,
il méprise profondément les Musulmans qui n'ont rien de semblable à montrer
dans leurs livres; dans le Coran ou les traditions sur le prophète, on ne rencontre
que de grossières inventions qui n'ont, en effet, aucun rapport avec les merveilles
qui peuplent la littérature copte. Quant à nous autres, Européens, qui n'avons que
peu ou point de religion à leurs yeux et qui, en tout cas, sommes les adhérents
de ce pape de Rome qu'ils regardent comme le père des tyrans, toutes les légendes
de nos saints ne peuvent égaler une seule des leurs. Mon Dieu, je crois qu'ils ont
raison; l'Orient est la patrie des merveilles. En Orient quand on fait si bien que
d'ajouter foi aux récits merveilleux, ce qui ne manque jamais d'arriver, on le fait
sans aucune restriction; la raison disparaît complètement; en Occident au con-
traire, même dans les récits les plus extraordinaires, la raison n'abdique pas son
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