Amélineau, Emile  
Monuments pour servir à l'histoire de l'Egypte chrétienne aux IVe et Ve siècles: textes et traduction (Band 1): Monuments pour servir à l'histoire de l'Egypte chrétienne aux IVe et Ve siècles: textes et traduction — Paris, 1888

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MONUMENTS, ETC.

LX1II

de nuit à l'empereur Théodose qu'il réveille en sursaut dans son palais de Cons-
tantinople, la troisième pour parler en l'air à un préfet mal appris qui n'approu-
vait pas la conduite du prophète archimandrite, la quatrième pour échapper à une
sentence de mort rendue contre lui, la cinquième pour parler au peuple d'Akhmim
assemblé dans le marché devant une statue que Schnoudi veut détruire. Je trouve-
que ce moyen de locomotion avec lequel Schnoudi se rendait de son monastère
à Constantinople en trois heures est un peu trop fréquemment employé. Il ne faut
pas abuser même des meilleures choses.

Il est évident que c'est mettre là trop facilement la puissance divine à contribu-
tion, et pour des motifs plus que puérils. En Occident l'école catholique demande
non-seulement des preuves pour croire à un miracle, mais encore elle détermine
certaines conditions sans lesquelles le miracle ne peut pas avoir lieu : l'une de ces
conditions c'est que le but atteint et le motif pour lequel les lois de la nature sont
suspendues ou violées, soient dignes tous les deux de la majesté divine; on admet
même qu'il est convenable à cette majesté de Dieu que l'instrument dont elle se
sert pour opérer ses prodiges soit digne de la haute fonction qui lui est conférée :
cependant ce dernier point n'est pas essentiel. En Orient, au contraire, on n'est pas
si philosophique, mais on est plus naïvement logique : ce que Dieu peut faire en
grand, il le peut en petit. Il n'est pas besoin qu'on lui mette ce qui nous semble
des conditions, il agit comme bon lui semble, il est tout-puissant et fait ce qu'il
veut. Cette manière diverse d'agir avec la divinité vient de l'idée qu'on s'en fait
dans les deux hémisphères. Chez nous, nous nous sommes habitués à regarder
Dieu comme un être terrible dans sa bonté même : sa justice est aussi infinie que
sa miséricorde, et cette pensée fait que, malgré toute la naïve tendresse de l'âme,
ce n'est pas à Dieu le Père que nous nous adressons pour raconter nos misères et
nos douleurs : Dieu le Père est toujours resté à nos yeux quelque peu entouré des
foudres et des éclairs du Sinaï. Le chrétien est plus porté à se jeter entre les bras
de Jésus-Christ, le Dieu fait homme, l'homme de douleurs qui sait compatir à nos
peines parce qu'il les a endurées lui-même, et si le fidèle tremble encore devant la
divinité voilée sous l'humanité, il a des intermédiaires auxquels il peut s'adresser
sans crainte, la Vierge Marie, mère de toute la chrétienté et les phalanges innom-
brables des saints qui ont été soumis, comme lui, à toutes les épreuves de la vie hu-
maine. En Orient, c'est maintenant tout le contraire, et l'idée que l'on se fait de Dieu
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