Amélineau, Emile  
Monuments pour servir à l'histoire de l'Egypte chrétienne aux IVe et Ve siècles: textes et traduction (Band 1): Monuments pour servir à l'histoire de l'Egypte chrétienne aux IVe et Ve siècles: textes et traduction — Paris, 1888

Seite: LXVI
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LXVI E. AMÉLINEAU.

«O mon père, je n'ai pas laissé de haine en mon cœur.» Alors le prêtre se présenta
aussi à mon père qui lui fit des reproches et lui donna quelques avis en disant :
«Évite de remplir tes fonctions de prêtre jusqu'à ce que tu sois pur, sans cela Dieu
ne t'accordera pas de délai.» Mais ce prêtre continua de demeurer dans le péché
avec cette femme pendant une année, et ainsi le péché s'accumula sur eux. Et ils
vinrent à mon père pour qu'il acceptât leur pénitence, et mon père fit la leçon au
prêtre en disant : «Évite d'exercer tes fonctions, si tu ne veux pas être brûlé.» Alors
voici qu'il jugea avec justice sur ce qui lui était arrivé; et le prêtre continua de
nous visiter, et toutes les fois qu'il venait chez nous, il commettait l'adultère avec
elle. Un jour qu'une grande foule se réunit près de mon père, le prêtre et la femme
vinrent aussi, et l'odeur infecte de leur péché se répandait partout. Et le véridique1
sortit avec la femme : nous le suivions, et mon père lui dit : «Combien t'a-t-il
pavée aujourd'hui avant de te conduire ici?» Elle nia, et le prêtre dit aussi : «Moi!
je n'ai avec elle que les rapports d'une sainte amitié.» Et mon père se rappela les
jugements que le Seigneur avait ordonnés à Moïse sur le mont Sina'ï : de son bâton
il frappa la terre qui s'entr'ouvrit et les engloutit vivants tous deux. Tous les assis-
tants eurent peur, ils quittèrent le désert et mon père dit : «L'ange du Seigneur
les a frappés du bâton que je tenais à la main et ils sont descendus dans l'enfer
éternel, car ils ne m'avaient pas écouté.» Et ce bâton avec lequel il a fait plusieurs
prodiges, comme autrefois celui de Moïse, existe encore aujourd'hui. Et voici que
les évêques, les prêtres et les moines hérétiques allèrent trouver le gouverneur
d'Ansna,2 parce que mon père les réprimandait afin de les faire se convertir, car
il aimait toutes les créatures de Dieu, et ils dirent : «Voici que Schnoudi vient de
tuer en un seul jour un homme et une femme.» Quant à mon père, il n'y fit aucune
attention, car il aimait ardemment le martyre. Et voici que mon père, avec la vo-
lonté de Dieu, alla trouver le gouverneur; et plusieurs grands personnages d'Akh-
mim et du royaume3 accompagnèrent respectueusement le véridique pour parler
en sa faveur. Et le gouverneur était un homme violent, sévère, ne voulant pas se
laisser corrompre pour l'élargir; mais les grands et les riches personnages trouvèrent
un prétexte en sa faveur et ils témoignèrent en disant pour lui : «Cet homme n'a

1. C'est-à-dire Schnoudi.

2. C'est-à-dire Antinoë.

3. C'est-à-dire de la province ou du pays environnant.
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