Amélineau, Emile  
Monuments pour servir à l'histoire de l'Egypte chrétienne aux IVe et Ve siècles: textes et traduction (Band 1): Monuments pour servir à l'histoire de l'Egypte chrétienne aux IVe et Ve siècles: textes et traduction — Paris, 1888

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LXVI1I

E. AMÉLINEAU.

de tous les écrivains coptes; et ici la question prend une largeur et une importance
considérables. En effet, si la manière de composer, le but poursuivi et les moyens
employés pour atteindre ce but sont les mômes, je crois qu'on ne doit pas distin-
guer entre ouvrage et ouvrage, entre tel solitaire et tel autre. Qu'importe, en effet,
que l'ouvrage se nomme vie, éloge, histoire lansiaque, Apophthcgmes, Pratum spi-
rituelle, ou autrement? Qu'importe qu'en tete de tels ouvrages on trouve les noms
d'Antoine, de Paul, de Macaire, de Pachôme ou de Schnoudi? 11 me semble qu'on
ne doit faire aucune différence entre ces divers ouvrages, qu'ils aient été, ou non,
connus et traduits par les Grecs ou les Latins. Le véritable historien ne peut pas
prendre au sérieux ce clinquant dont on a recouvert un cadavre desséché : son
devoir est de rechercher sous ces ornements d'apparat quel est le fonds réel des
événements accomplis, des actions faites et des pensées ordinaires à ces hommes
saints qui ont sans doute mérité la vénération dont on les entoure, mais non pas
par les causes sur lesquelles insistent le plus les ouvrages composés en leur honneur.
Je ne peux pas prouver ici que tous les ouvrages auxquels je fais allusion doivent
être mis sur le même pied : cette démonstration exigerait presque un volume, car
on ne peut faire un pas dans les œuvres de cette sorte sans soulever une nuée de
problèmes dont la solution n'est pas toujours facile. Cette démonstration, je la ferai.
Dieu aidant, à mesure que je pourrai publier quelques autres œuvres semblables
à celle-ci. Pour le moment, il me suffît d'avoir fait cette démonstration pour la vie
de Schnoudi; mais avant de chercher à déterminer la valeur historique des deux
documents que je publie sur la vie de Schnoudi, je dois répondre à une objection
qui se sera certainement fait jour dans l'esprit de quelques-uns de mes lecteurs.

Cette objection est celle-ci : Comment se fait-il que toute la littérature copte soit
ainsi composée de prodiges inadmissibles, de merveilles quelquefois ridicules?
Comment les Grecs et les Latins ont-ils pu se laisser prendre à ces fables, les ont-
ils crues, et comment ces mensonges littéraires, qu'on me passe l'expression, ont-
ils pu si bien se faire adopter qu'aujourd'hui encore il ne se fait pas un livre d'ascé-
tisme qui ne fonde ses préceptes sur les exemples tirés de la vie des Pères du désert?
Cette objection est grave, je l'avoue; mais à mon sens, elle ne prouve que la trop
grande facilité des Occidentaux à croire les Orientaux, à prendre au sérieux ce qui
chez ces derniers n'est qu'affaire de passe-temps, de récréation ou de ruse. La
cause de cette trop grande facilité de croyance chez les Occidentaux doit être tout
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