Amélineau, Emile  
Monuments pour servir à l'histoire de l'Egypte chrétienne aux IVe et Ve siècles: textes et traduction (Band 1): Monuments pour servir à l'histoire de l'Egypte chrétienne aux IVe et Ve siècles: textes et traduction — Paris, 1888

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E. AMÉLINEAU.

mal employer leur temps à relire les œuvres du passé, quelque licencieuses qu'elles
nous paraissent avoir été.

Ces quelques réflexions montrent bien, ce me semble, que la littérature la plus
goûtée par le peuple égyptien, celle qui faisait ses délices et qui les fait encore, c'était
la littérature populaire avec tout le déploiement du merveilleux le plus exagéré. Ces
moines qui lisaient les romans et les contes de l'ancienne Egypte étaient des fellahs
comme Schnoudi, comme Visa, comme Pachôme, Macaire et les autres, c'est-à-
dire de petits propriétaires dont les parents les avaient fait instruire, sans être trop
gros messieurs. Lors donc qu'ils se mirent à composer à leur tour, ils durent néces-
sairement par le seul fait des lois de l'esprit humain, être amenés à l'imitation,
éloignée sans doute, mais réelle, des récits dont ils avaient été nourris. Cela est si
vrai que l'on trouve des phrases identiques dans les œuvres hiératiques et dans les
œuvres coptes, qu'on peut transcrire facilement certains tours de ces dernières en
hiéroglyphes sans la moindre erreur, et que pour la vie de Schnoudi en particulier
il est facile de voir que Visa connaissait le Roman des deux frères et qu'il l'a imité
au moins en deux passages. Sans doute il n'a pas copié mot à mot, le merveilleux
antique s'est paré à la mode chrétienne et pour des besoins chrétiens; mais je ne
crois pas qu'on puisse nier l'imitation. Dans le premier de ces passages, Visa parlant
des mortifications que Schnoudi faisait secrètement dans sa caverne du désert, de
ses veilles, de ses prières et de ses jeûnes ajoute : «Et quelquefois il enchanta cette
vallée' si bien que personne ne le voyait, et il allait à sa caverne en paix, réussis-
sant dans toutes ses actions.» De même lorsque Bataou a plaidé par-devant Phra-
Harmachis pour se justifier aux yeux de son frère Anepou, il lui apprend qu'il en-
chantera son cœur et le placera sur le sommet de la place de l'Acacia. Il semble
que ce passage plaisait fort à Visa, car c'est là même qu'on trouve la seconde imi-
tation dont je parle. Pour le mieux montrer, je dois citer tout le discours du petit
frère Bataou à son grand frère Anepou : «Ainsi, lui dit-il, tu t'es figuré une mauvaise
action! ainsi tu ne t'es pas rappelé une seule bonne action ou une seule des choses
que j'ai faites pour toi! Ah! va-t'en à ta maison, soigne toi-même tes bestiaux, car
je ne demeurerai plus à l'endroit où tu seras, j'irai au Val de l'Acacia. Or, voici
ce que tu feras pour moi : tu viendras prendre soin de moi si tu apprends qu'il

i. La vallée par laquelle il se rendait à sa caverne : c'est cette même bande sablonneuse dont j'ai
parlé plus haut.
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