Amélineau, Emile  
Monuments pour servir à l'histoire de l'Egypte chrétienne aux IVe et Ve siècles: textes et traduction (Band 1): Monuments pour servir à l'histoire de l'Egypte chrétienne aux IVe et Ve siècles: textes et traduction — Paris, 1888

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MONUMENTS, ETC.

LXXIX

pour mes oreilles d'infidèle. Mais je compris parfaitement ses gestes et ses actions.
Il s'agenouillait d'un pied, élevait en l'air le bâton qu'il tenait à la main, poussait
un cri guttural, puis se relevait et se mettait à sauter et à faire tous les contorsions
pieuses qu'on fait d'ordinaire dans les ~ikresl musulmans. Tout à coup il saisit les
mains des nombreux enfants qui nous entouraient, de force ou de gré il les fit
ranger en cercle, se mit au milieu, et un véritable \ikre commença. Jamais, même
à la féte du moueled el nabi, c'est-à-dire de la naissance du prophète, je n'ai vu
de tels soubresauts, ni entendu des exclamations aussi profondes sortir d'une poi-
trine humaine. Peu à peu, à mesure que le mouvement s'accélérait, l'écume lui
sortait de la bouche et blanchissait ses lèvres. Il me semblait prêt à succomber de
fatigue et me donnait le vertige. Brusquement il s'arrêta, sortit du cercle enfantin
où quelques hommes étaient allés se ranger comme par une sorte d'attraction ver-
tigineuse, et il s'en alla comme il était venu. J'avoue que je ne fus pas convaincu
de sa sainteté; j'étais même plus près de croire à une sorte de folie qui pouvait
devenir furieuse; mais je me gardai bien de le dire, car, les yeux étincelants, la
bouche entr'ouverte d'émotion, dans un religieux silence des fellahs m'entouraient
et je voyais bien que ces simples gens n'étaient point incrédules. Il m'avait été
donné de voir comment se forment les légendes.

Ces faits suffiront, je crois, pour montrer que l'amour du merveilleux et du sur-
naturel n'est point éteint en Egypte, et que la vallée du Nil est demeurée la terre
classique du genre. Ce n'est pas que de pareils faits ne soulèvent des contradictions
encore assez nombreuses; mais elles sont bientôt noyées dans le flot de la croyance
populaire. Schnoudi lui aussi eut ses contradicteurs, on l'accusa même devant les
gouverneurs grecs et je ne peux nier qu'il ait été condamné à mort. La similitude
me semble donc parfaite. S'il est facile d'expliquer les prodiges musulmans que
j'ai cités, il n'est pas plus difficile de trouver une explication pour ceux de Schnoudi.
Entre les uns et les autres la chaîne ne s'est pas rompue : je retrouve les mêmes
prodiges et la même manière de composer dans les deux dernières œuvres que
nous sachions sorties du calame d'un auteur copte, la vie du bienheureux Isaac,
patriarche d'Alexandrie sous les khalifes Ommyades, et le martyre de Jean de

i. On appelle ainsi des réunions religieuses où les participants répètent à chaque instant le nom
d'Allah en se livrant aux mouvements les plus extraordinaires.
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