Amélineau, Emile  
Monuments pour servir à l'histoire de l'Egypte chrétienne aux IVe et Ve siècles: textes et traduction (Band 2): Aux IVe, Ve, VIe et VIIe siècles: textes et traduction — Paris, 1895

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E. AMÉLINEAU

VIII. — VIE DE JEAN DE LYCOPOLIS

La Vie de Jean de Lycopolis a toujours eu une grande réputation en
Occident, comme celle d'un homme qui a porte la folie de la mortification
jusqu'à ses plus extrêmes limites ; les voyageurs grecs ou latins du IVe siècle
se sont étonnés et ont admiré qu'un homme se soit enfermé vivant dans une
prison volontaire et que pendant près de cinquante-cinq ans il n'ait parlé aux
hommes qui venaient le voir que par une fenêtre. Le fait est par lui-même
assez rare, mais il n'était pas étonnant en Egypte, et c'était même l'un des
moins surprenants auxquels il nous soit donné d'assister par les récits des
Coptes. Par exemple, je trouve pour ma part ce fait beaucoup moins sur-
prenant que ceux de la Vie de Paul d'Antinoé que nous rencontrerons plus
loin, lequel se suicida sept fois, fut ressuscité les six premières et ne mourut
définitivement que la septième fois. Les historiens chrétiens de l'Occident,
Rufin1, Palladius2, Sulpice-Sévère3, connaissaient parfaitement Jean de
Lycopolis, ils ont écrit à ce sujet, et ils ont même copié un ouvrage qui existait
avant le leur, pour ce qui est de Rufin et de Palladius. Sulpice-Sévère devait
ses renseignements au voyageur Postumien. Après eux, Cassien le cite
comme modèle dans ses Collations4 et ses Institutions5. Tous s'accordent à
reconnaître dans cet anachorète l'un des plus grands modèles de sainteté que
le Christianisme ait produits au IVe siècle. Ils ne doutent pas un seul instant
de la réalité des prodiges qu'ils rapportent. Après eux, Jean de Lycopolis
était devenu une sorte de lieu commun pour tous les auteurs qui s'occupaient
d'ascétisme. Quand parurent les Bollandistes, ils consacrèrent au célèbre
anachorète une notice, dans le mois de mars6 (le 27), et crurent, il va sans
dire, à la réalité de ce qu'avait raconté Palladius. Au XVIIe siècle, Le Nain de
Tillemont, dans ses Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique"admire
l'anachorète égyptien et dit « qu'il n'y en a aucun, après saint Antoine,

1. Historia Monachorum, lib. I, cap. i. — Patrologia lalina, vol. XXI, col. 391-405.

2. Historia lausiaca, cap. xliii-xliv.— Patrol. grœca, vol. XXXIV, col. 1107-1133.

3. Sulpitii Severi Dialogus I, 22. —Patrol. lat.,vo\. XX, col. 197.

4. Cassiani Collationes, 24, cap. xxvi. — Patrol. lat., vol. XLIX, col. 1328.

5. Cassiani Institutiones, lib. IV, cap. xxiv. — Patrol. lat., vol. XLIX, col. 183-186.

6. Acla Sajictorum, t. III, martis die 27.

7. Le Nain de Tillemont, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique, t. X, p. 9-29.
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