Amélineau, Emile  
Monuments pour servir à l'histoire de l'Egypte chrétienne aux IVe et Ve siècles: textes et traduction (Band 2): Aux IVe, Ve, VIe et VIIe siècles: textes et traduction — Paris, 1895

Seite: 501
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INTRODUCTION

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grande armée, et lui commanda d'aller vers la ville d'Asiout, de la dévaster,
de la brûler avec le feu, ainsi que tous ses habitants. La nouvelle parvint aux
gens de la ville et ils s'attristèrent d'une grande tristesse, ils montèrent vers
le saint et lui apprirent tout ce qu'ils avaient appris au sujet de la nouvelle
pénible et embarrassante. Il les consola et leur dit : « Ne sera pas perdu
un seul cheveu de la tête d'un seul parmi vous ; mais soyez prêts, quand
l'émir arrivera, à sortir vers lui, à le recevoir avec des évangiles, des croix,
des encensoirs, des feuilles de palmier et des rameaux d'olivier ; lisez devant
lui jusqu'à ce que vous le fassiez arriver dans les environs de la ville et dites-
lui qu'il monte vers moi, qu'il se réunisse à moi avant d'entrer dans la ville. »
Et ils firent comme il leur avait ordonné. Et quant à cet émir, lorsqu'il
arriva à Antinoé, il prit en sa compagnie le vali d'Antinoô et ils rassem-
blèrent des soldats nombreux afin de détruire la ville. Lorsqu'il arriva et
qu'on l'eut reçu avec joie, lectures et glorifications, on lui apprit de notre
saint père Jean « qu'il désire se réunir à toi1 avant que tu n'entres dans la
ville ». Lorsqu'il entendit le nom du saint, il se réjouit d'une grande joie et
cette nouvelle le contenta, parce qu'il était fort dans l'orthodoxie, craignant
Dieu au long de ses jours, et qu'il avait un fils unique possédé d'un satan
qui luttait contre lui et le jetait à terre jusqu'à ce que l'enfant frappât tous
ceux qu'il rencontrait et cassât tous les ustensiles qui se trouvaient en sa
présence. Il était enchaîné tout le long des jours avec du fer. Et lorsque l'émir
apprit que le roi voulait l'envoyer vers le pays d'Egypte, il se réjouit d'une
grande joie et prit son enfant avec lui, enchaîné de chaînes de fer ; et, lorsqu'il
arriva à la montagne où se trouvait le saint père Jean, qu'on lui eut ouvert
la hutte et qu'il fut entré par la porte de la prison, le saint lui parla par
l'ouverture par laquelle il parlait aux hommes, le salua, le bénit et lui dit :
« Que le Seigneur Dieu donne guérison à ton fils et change ta tristesse en joie.»
Et l'émir s'étonna beaucoup de cela; puis, aussitôt, il ordonna d'amener son
fils; et on l'amena tout enchaîné de fers, et le saint prit un peu d'eau dans
un vase, y mit un peu d'huile du saint autel et en oignit le garçon, l'arrosa
de cette eau, et en suite de cela, Satan s'écria disant : « Tu m'as brûlé, ô père
Jean ! je t'en conjure par le Dieu grand, ne m'envoie pas dans la géhenne. »
Et il sortit de l'enfant comme une fumée, son cœur retourna à l'enfant

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