Amélineau, Emile  
Les nouvelles fouilles d'Abydos: [lu devant l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres, dans sa séance du 29 mai 1896] — Angers, 1896

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semblé plus plausible de placer hors cadres les seize rois qui
viennent d'apparaître, et c'est pourquoi je les place avant la
première dynastie et ce n'est pas sans motif. En effet, Tune des
traditions qu'avait recueilliesManélhon et qui de son œuvre est
passée dans les auteurs classiques veuL qu'après les dynasties
divines il y ait eu une suite de rois dont il n'est pas tenu compte
dans le canon du prêtre de Sebennytos. « Quand il ne resta
plus rien à établir qui exigeât une force ou une intelligence
surnaturelles, les dieux remontèrent au ciel et de simples
mortels leur succédèrent sur le troue. Une tradition n'hésitait
pas et plaçait le premier roi humain dont elle eût g-ardé la
mémoire immédiatement après le dernier des dieux : celui-ci,
en sortant du palais, avait remis la couronne à l'homme, son
héritier, et le changement de nature n'avait amené aucune
interruption dans la série des souverains. Une autre tradition
ne voulait pas admettre que le contact eût été aussi intime.
Elle intercalait une ou plusieurs lignées de Thébains ou de
Thinites entre l'Ennéade et Ménès, mais si pâles, si fluides,
d'un contour si indécis, qu'elle les appelait des mânes et leur
reconnaissait au plus une existence passive, comme des gens
qui se seraient toujours trouvés morts sans avoir eu la peine
de traverser la vie. Ménès avait été le premier en date des
vivants véritables1. » Ainsi toute une tradition plaçait une ou
plusieurs lignées de rois entre les dynasties divines et les dy-
nasties humaines, au témoignage même de l'éminent acadé-
micien; ces rois étaient thébains ou thinites : mes fouilles, si
l'on accepte les résultats que je propose, montreraient qu'il y
en aurait eu parmi eux des Thinites, sans qu'on puisse exclure
péremptoirement les Thébains. Il n'y a donc aucune impossi-
bilité matérielle à admettre que les rois dont j'ai rencontré les
noms aient pu précéder la première dynastie : tout au con-
traire, cela concorde parfaitement avec les traditions accep-
tées en Egypte et à nous transmises par Manéthon et ses
abréviateurs. Ces rois ne sont plus des ombres pâles, fluides

1. Maspero, Histoire des peuples de l'Orient classique, I, p. 225.
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