Amélineau, Emile  
Les nouvelles fouilles d'Abydos - Mission Amélineau: compte rendu in extenso des fouilles, description des monuments et objets découverts (Band 1): 1895 - 1896 — Paris, 1899

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NOUVELLES FOUILLES D'ABYDOS

XIII

longue histoire et dans toutes les villes qui, à travers les périodes his-
toriques, avaient grandi, décliné et quelquefois disparu, pour eux, dis-
je, l'Egypte ne formait qu'un seul bloc et ils ne concevaient pas que
des villes différentes pussent avoir des mœurs différentes, des tradi-
tions et des industries artistiques différentes, des coutumes locales
soigneusement conservées. Cette persuasion, aussi antiphilosophique
qu'on peut le souhaiter, a eu cours assez longtemps, même parmi les
esprits éclairés ou cpii se croyaient tels; on a employé des mots qui
ont paru suffisants pour exprimer ce qu'on ne prenait pas la peine de
penser, comme le mot hiératique, par exemple, que l'on a employé dans
presque tous les sens possibles, excepté clans le sens qu'il a vraiment,
et l'on a cru être réellement profond parce qu'on exprimait des pensées
fausses avec des mots impropres. N'est-il plus personne qui parle de
l'immobilité presque rigide de l'Egypte dans les arts et tout le côté ma-
tériel de sa civilisation ? Si l'on ne rencontre presque plus d'hommes
vraiment éclairés qui se contentent encore de cette expression surannée,
cela n'empêche point que ce ne soit le seul jugement que l'on enseigne
aux enfants. Et cependant un pareil jugement est l'expression de ce
qu'il peut y avoir de plus contraire à la vérité : l'Egypte n'a pas pu être
immobile, être opposée à tous progrès, parce que le progrès était la
condition première de sa subsistance et qu'il en existe une bonne
preuve, c'est qu'elle a duré plus de six mille ans, âge qu'aucun autre
État, du moins en Europe, ne peut revendiquer; de même elle n'a pas
pu avoir un seul mode, une seule école d'art, parce qu'elle est habitée
par des hommes et qu'il n'y a rien de plus dissemblable à un homme
qu'un autre homme, bien qu'on l'appelle son semblable. De là l'impor-
tance absolue de savoir l'origine des objets, c'est-à-dire la localité où
ils ont été trouvés, en attendant que les critiques d'art soient assez
avancés pour connaître avec une certitude approximative celles où ils
ont été fabriqués. Donc, en ce point, il n'y a pas de méprise possible :
tous les objets qui ont été trouvés dans les fouilles nouvelles d'Abydos,
tant ceux que j'ai laissés au musée de Gizeh que ceux que j'ai été assez
heureux pour rapporter avec moi, sont bien d'Abydos, puisque trouvés
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