Amélineau, Emile  
Les nouvelles fouilles d'Abydos - Mission Amélineau: compte rendu in extenso des fouilles, description des monuments et objets découverts (Band 1): 1895 - 1896 — Paris, 1899

Seite: 74
Zitierlink: i
http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/amelineau1899bd1/0113
Lizenz: Creative Commons - Namensnennung - Weitergabe unter gleichen Bedingungen
facsimile
74 NOUVELLES FOUILLES D'ABYDOS

taux fermée par les deux verroux. C'est tout ce que renfermait en son
sein cette première butte, soit à fleur de terre, soit sous une couche
de sable et de pots épaisse d'un mètre et plus. De tombeau, je n'en trou-
vai aucun et pas un seulossement humain, ce qui me sembla très éton-
nant de prime abord, car ce n'est guère l'usage que dans une nécropole
on trouve des mobiliers funéraires et aucun cadavre, aucun tombeau.
A quoi pouvait donc servir cette première butte ?

J'y ai beaucoup réfléchi et je pense, sans vouloir l'affirmer, que cette
première butte était un lieu de pèlerinage où les habitants d'Abydos
allaient déposer les témoignages de leur piété filiale envers leurs ancê-
tres entrés pour jamais dans l'indigence et la solitude de la tombe. Le
culte des ancêtres, culte qui n'a pas encore été étudié d'aussi près qu'il le
mériterait, a eu la plus grande importance dans la vie des habitants de
l'Egypte, une importance aussi grande qu'actuellement en Chine. La
taille des petits objets indique assez que nous nous trouvons en présence
d'objets votifs ; la fréquence de ces mêmes objets vient à l'appui de cette
assertion, car pourquoi faire déposer dans la terre ou dans de miséra-
bles poteries trois cents petits vases ne pouvant rien contenir, à peine
creusés pour la plupart, de forme tout à fait rudimentaire, ne pouvant
servir à quoi que ce soit des usages de la vie ordinaire, si ce n'est pour
donner aux morts le témoignage de la piétié (iliale conservée au sein des
familles pauvres, — sinon envers des morts misérables, du moins envers
les vivants, — qu'on n'oubliait pas sur terre le bien-être de ceux qui
avaient achevé leur vie et que l'on croyait vivre à nouveau dans un monde
en tout semblable à la terre et dans lequel le défunt devait avoir un
mobilier pour pouvoir le faire servir à ses usages? Remarquez en plus
que les objets énumérés ci-dessus ont leur destination tout indiquée,
les vases, les miroirs, les couteaux; la briche elle-même répondait aux
actions énumérées dans vie chapitre du Livre des Morts. En outre, les
gros monuments confirment encore cette manière de voir : les stèles et
les tables d'offrandes en sont même une preuve directe. Pourquoi le
roi Ousortesen Ier offre-t-il la table en granit rose en cet endroit à son
ancêtre Rasùnekhka Mentouhôtep VI, sinon pour faire preuve de sa
loading ...