Amélineau, Emile  
Les nouvelles fouilles d'Abydos - Mission Amélineau: compte rendu in extenso des fouilles, description des monuments et objets découverts (Band 1): 1895 - 1896 — Paris, 1899

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NOUVELLES FOUILLES D'ABYDOS 179

que je leur attribue une très haute antiquité? Ce serait méconnaître
complètement les œuvres de l'Égvpte et le caractère des Egyptiens de
vouloir prétendre que, parce qu'une forme de vase est ancienne, néces-
sairement tout ce qui a la même forme doit avoir le même Age. De même
que les idées une fois entrées dans la vallée du Nil n'en sortent plus,
ainsi que je l'ai fait remarquer dans mon Essai sur les idées morales
dans VÉgypte ancienne', de même on a grande chance de retrouver à
des époques inférieures un type de vase reçu et adopté jadis en Egypte.
Comme j'ai trouvé ces vases par millions et comme je les retrouverai en-
core, si je continue les fouilles, il faudrait admettre que chaque mort en
avait plusieurs dizaines de milliers dans son tombeau, ce qui ne me paraît
ni probable, ni possible. Je croirais bien plus volontiers que les habitants
d'Abydos ont amoncelé ces millions de vases à travers tous les Ages
pour prouver que la piété des survivants était toujours la môme pour
leurs ancêtres, à toutes les époques de leur histoire. 11 reste encore
plusieurs collines faites uniquement de ces poteries rouges et gros-
sières. Pour moi, je regarde bien plutôt la nécropole d'Om el-Ga'ab
comme le rendez-vous séculaire des habitants d'Abydos en vue de mon-
trer qu'ils étaient fidèles au culte des ancêtres. Tous les vases déposés
contenaient sans le moindre doute des provisions : ceux que j'ai trouvés
pleins étaient remplis de feuilles d'arbres ou d'arbrisseaux qu'on pré-
sentait aux morts, ce qui, soit dit en passant, dénote un état assez rudi-
mentaire de civilisation. Ainsi que je l'ai déjà dit, les habitants d'Aby-
dosavaientet ont encore l'habitude d'aller ramasser ces vases le vendredi
saint pour les donner à leurs enfants comme jouets. Le christianisme
a changé la coutume sans pouvoir la déraciner complètement. Ce fait
nous montre avec une autorité péremptoire que bien des vases avaient
été ainsi recueillis sur ces buttes d'Om el-Ga'ab, que par conséquent ils
étaient encore plus nombreux autrefois que je ne les ai trouvés l'hiver
dernier. Qui sait d'ailleurs quand a eu lieu ce changement et qui pourrait
calculer le nombre des vases disparus? C'est pourquoi il me semble

(1) E. Amélineau, Essai sur le développement historique et philosophique des idées
murales dans l'ancienne Egypte, préface.
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