Amélineau, Emile  
Les nouvelles fouilles d'Abydos - Mission Amélineau: compte rendu in extenso des fouilles, description des monuments et objets découverts (Band 2) — Paris, 1902

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LES NOUVELLES FOUILLES D'ABYDOS

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tous brisés et l'on avait soulevé jusqu'aux immenses et lourdes pierres
du pavé qui étaient de syénite. De plus l'incendie avait été si violent
que les murs énormes de ce tombeau avaient été littéralement cuits1.
Or, on avouera que les indigènes d'Abydos auraient été bien simples
d'esprit d'aller piller un tombeau qui eût été incendié dès le jour de
l'enterrement du prince dont le cadavre y avait été déposé, où tous les
objets auraient été la proie des flammes, aussi bien objets précieux que
vases de pierre dure, où par conséquent les spoliateurs n'auraient abso-
lument rien trouvé pour assouvir leur soif de l'or, s'ils avaient été
poussés par l'envie d'amasser les métaux précieux, et où ils n'avaient
aucune raison de piller et de polluer une sépulture qui n'avait rien pour
attirer le culte du vulgaire ou celui des grands seigneurs et des rois.
Et de plus une telle conduite de la part des contemporains de Den
serait en contradiction avec ce culte des ancêtres dont la nécropole
d'Om el-Ga'ab était le rempart. De plus, ce tombeau n'avait qu'une
chambre, et l'incendie qu'on y a allumé, assez fort pour cuire des murs
en briques primitivement crues jusqu'à une profondeur de plus de
4 mètres, aurait dû dévorer tous les objets que renfermait le tombeau,
sans aucune exception. Et cependant on a trouvé intacte la petite plan-
chette en ivoire qui me fut dérobée et qui est maintenant dans la collec-
tion Mac-Gregor, à Tamworth, en Angleterre, et des fragments de bois
dont l'un est au musée de Gizeh : comment cela serait-il possible si tous
les objets eussent été détruits dans l'incendie primitif? Et encore plus,
il existe au musée de Gizèh une petite planchette en bois provenant de
ce tombeau : comment une matière si inflammable aurait-elle pu échap-
per à l'incendie si violent allumé un jour de funérailles? Évidemment,
si cette planchette en bois, si la planchette en ivoire existent, et elles
existent, c'est qu'elles ont échappé à l'incendie qui n'a été allumé que
par les spoliateurs, car ces spoliateurs n'estimant aucunement ces
minimes, mais si importants objets à notre évaluation, les ont jetés pêle-
mêle dans le sable où les fouilleurs les ont retrouvés. Et maintenant si
je voulais raisonner a pari comme a raisonné M. de Morgan, j'aurais
beau jeu et je pourrais m'évertuer'à prouver que le monument de Neg-

1. Cf. E. Amélineau, Les nouvelles fouilles d'Abydos, t. I, p. 121.
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