Amélineau, Emile  
Les nouvelles fouilles d'Abydos - Mission Amélineau: compte rendu in extenso des fouilles, description des monuments et objets découverts (Band 2) — Paris, 1902

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LES NOUVELLES FOUILLES D'ABYDOS

gadeh n'a été incendié que sous notre ère, ou tout au moins sous les
dynasties récentes de l'histoire égyptienne,, comme la XVIIIe et la XIXe.
De plus la destruction des objets aurait-elle pu avoir pour raison les
idées qu'indique M. de Morgan ? J'en appelle à ceux qui sont tant soit
peu au courant des idées primitives de l'humanité. La présence de mé-
taux précieux dans une tombe suffit certainement pour expliquer le
passage des spoliateurs; mais ces mêmes spoliateurs — et des faits de
ce genre ne sont pas sans être parvenus aux oreilles de M. de Morgan
■— n'ayant aucun intérêt à prendre des vases intacts dont ils ne peuvent
ou refusent de se servir, parce que lesdits vases sont contaminés pour
eux, ont pu les briser en milles pièces et terminer leur spoliation en met-
tant le feu à ce qu'ils ne pouvaient emporter. La civilisation a beau avoir
parcouru d'immenses étapes et s'être répandue sur le monde presque en-
tier, messieurs les voleurs par le fait même du vol se mettent en dehors
des lois et de la civilisation et ils ont recours encore aujourd'hui exac-
tement aux mêmes moyens que leurs ancêtres à toutes les époques de
l'histoire. Il est donc complètement inutile de recourir à des idées
philosophiques et religieuses qui n'ont rien à faire pour expliquer un
fait physique à l'explication duquel suffisent d'autres faits si simples,
mais qu'on ne veut pas admettre.

D'ailleurs le fait de la destruction des offrandes, comme dit M. de
Morgan, peut-il s'expliquer par des idées religieuses et philosophiques ?
Je ne crois pas pouvoir être accusé d'erreur en répondant catégorique-
ment que non, qu'une pareille explication est en dehors de tout ce que
nous connaissons des mœurs égyptiennes, que prétendre arguer de
l'origine des Égyptiens par de semblables coutumes, c'est tout simple-
ment faire une pétition de principe et prouver la question par la ques-
tion elle-même en dénaturant les faits. Tout d'abord si les offrandes
étaient systématiquement détruites, comme le prétend M. de Morgan,
comment se fait-il qu'on en ait trouvé d'intactes? Car j'en ai trouvé à
Abydos et il en a trouvé lui-même à Neggadeh. Et mieux encore, s'il
fallait détruire ces offrandes aux jours d'enterrement, pourquoi se don-
ner la peine de les faire? Une telle conduite est contraire à la logique
humaine, elle est incompréhensible et ce n'est pas trop s'avancer que de
dire qu'elle n'a pas été tenue. Si M. de Morgan, comme l'a dit dans son
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