Amélineau, Emile  
Les nouvelles fouilles d'Abydos - Mission Amélineau: compte rendu in extenso des fouilles, description des monuments et objets découverts (Band 2) — Paris, 1902

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LES NOUVELLES FOUILLES D'ABYDOS

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volume M. Wiedemann qui a beaucoup de lecture et qui connaît les
questions par lui traitées, si M. de Morgan avait expliqué la conduite
des hommes qu'il juge et précisément ce qu'il appelle destruction en
rappelant la coutume superstitieuse si répandue à travers le genre hu-
main à toutes les époques de son histoire, laquelle coutume consiste à
brûler les objets afin que ces mêmes objets puissent parvenir en l'au-
tre monde dans un état qui ressemble à peu près à celui dans lequel se
trouve le défunt, pour faire passer l'âme de l'objet au pouvoir de l'âme
de l'homme, alors j'aurais compris ce qu'il aurait voulu dire et je lui
objecterais seulement de s'être servi d'un mot impropre. Mais bien loin
de là, il parle de rendre, par la destruction, des objets matériels imma-
tériels pour la vie future en même temps que les corps! De semblables
mots ne signifient absolument rien et jurent de se trouver ensemble.

Il se peut très bien que l'idée de la transmission de la puissance sur
un objet au moyen de la flamme et de la fumée ait existé primitivement
comme elle exista plus tard enÉgypte,'et je crois même volontiers qu'elle
exista; mais ce n'est pas une raison pour qu'elle existât seule, indépen-
damment d'autres idées qui pouvaient avoir autant qu'elle droit de vie
et de circulation dans la vallée du Nil. S'il y a eu une idée rivale dans la
vallée du Nil, une idée qui rende compte de presque tous les faits de la
civilisation égyptienne, c'est le culte des ancêtres dans lequel se résuma
longiemps toute la religion de l'Égypte, jusqu'au Moyen, sinon jusqu'au
Nouvel Empire thébain. La destruction des objets offerts telle que la
comprend l'auteur de Y Ethnographie préhistorique heurte de front ce
culte universel, aussi bien chez les plus basses classes que chez les
plus grandes familles égyptiennes, aussi bien à la Ior dynastie qu'à la
XXXe. Gomment expliquer cette universalité de temps, si l'on coupe
court aux idées qui en étaient tributaires, si l'on rend inutile ce culte
même en détruisant les objets? L'idée mère de tout ce culte des ancêtres
exprimé dans les actes funéraires est la suivante : on veut faire en sorte
que le double d'abord, l'âme ensuite, ne s'aperçoivent pas qu'ils aient
changé de vie, qu'ils se retrouvent au milieu des mêmes objets après la
mort que pendant la vie, qu'ils aient même une plus belle habitation après
le trépas que pendant leur existence terrestre : de là vient que le pha-
raon est entouré de ses officiers, qu'il a des revenus assurés pour sa

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