Amélineau, Emile  
Les nouvelles fouilles d'Abydos - Mission Amélineau: compte rendu in extenso des fouilles, description des monuments et objets découverts (Band 3,1) — Paris, 1904

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152 LES NOUVELLES FOUILLES D'ABYDOS

Bon, comme disent les textes égyptiens. La religion en général, et la
religion égyptienne aussi bien que les diverses autres auxquelles la
pauvre humanité s'est bénévolement soumise, n'est pas sortie toute faite
du cerveau de son créateur ou de ses créateurs : elle est la résultante
de bien des forces qui se sont liguées entre elles pour assujettir le
pauvre cerveau humain. Vouloir la faire dériver d'une seule source
serait méconnaître les lois qui dirigent l'intelligence humaine, même
dans ses pires erreurs. En Egypte en particulier, le culte des ancêtres
joua un rôle prédominant à une époque où l'on se préoccupait guère
des idées philosophiques et métaphysiques dont l'influence a été si pré-
pondérante depuis dans nos modernes conceptions : elle était, autant
qu'elle le pouvait, l'image fidèle de la Chine ancienne et contemporaine,
laquelle ignore jusqu'à l'appellation de Dieu, et qui vit presque exclu-
sivement, au point de vue religieux, du culte des ancêtres. Or ce culte
des ancêtres doit peser d'un grand poids dans la reconstruction des
idées les plus anciennes que nous connaissions de l'humanité, c'est-à-
dire de ses idées religieuses. Il est vraiment fort facile du fond de son
cabinet de prononcer en dernier ressort que tel ou tel personnage des
religieuses épopées de tel ou tel pays n'a jamais existé, que tout ce que
l'on en raconte sont de pures fables, que tout doit être rejeté, jusqu'à la
réalité de ce personnage. Evidemment, c'est chose facile de prêter aux
anciens hommes de telles absurdités au nom de nos idées actuelles que
nous sommes portés à regarder comme supérieures, de leur prêter,
dis-je, des absurdités telles qu'on en puisse triompher à coup sûr; mais
ces triomphes sont par trop éphémères, et décèlent dans l'esprit mo-
derne plus d'orgueilleuse faiblesse que de timide force. Sans aucun
doute, il y a deux parties fort distinctes dans les légendes : le fonds pri-
mitif et les enjolivements postérieurs. Le fonds est presque toujours
croyable, ne heurte presque jamais les idées logiques de l'esprit le plus
simple; les enjolivements postérieurs au contraire, n'ayant pas trouvé
la légende primitive assez compliquée, lui ont appliqué de force des
circonstances nouvelles et qui dénotent du premier coup une facture
étrangère à la simple légende. Il faut de toute évidence rejeter la se-
conde partie; mais ne peut-on rien conserver de la première, même ne
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