Amélineau, Emile  
Les nouvelles fouilles d'Abydos - Mission Amélineau: compte rendu in extenso des fouilles, description des monuments et objets découverts (Band 3,1) — Paris, 1904

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LES NOUVELLES FOUILLES D'ABYDOS 153

peut-on la garder tout entière? C'est ce qu'il n'est pas aussi facile d'élu-
cider, soit pour, soit contre.

Evhémère jadis avait trouvé un moyen fort simple d'expliquer la
constitution de la religion; il eut évidemment tort en ne voulant ad-
mettre comme élément constitutif de la religion, que l'élément histo-
rique. Il y en a un certain nombre d'autres qu'il ne soupçonna pas. Est-ce
une raison pour affirmer que tout dans son explication doive être rejeté
avec mépris? Je ne le crois pas ; et, là encore, l'exemple de la Chine nous
peut apprendre comment se forme, dans le culte des ancêtres, le culte
particulier des héros bienfaiteurs de l'humanité. C'est l'empereur lui-
même, le Fils du Ciel et de la Terre, qui, par un décret rendu à la solli-
citation de son conseil, détermine les honneurs qu'on doit rendre clans
tout l'empire à tel ou tel défunt ayant pendant sa vie donné les plus
grands exemples d'héroïsme dans sa carrière, quelle qu'elle ait été. La
voix du peuple doit d'abord s'être fait entendre, et c'est seulement dans
ce sens que le vieil adage contient une parcelle de vérité : Vox populi,
vox Dei. Le peuple a, pour première caution, le culte des ancêtres rendu
dans la famille et le souvenir laissé par le défunt. Si Evhémère s'en fut
tenu à ces considérations réellement vraies, sa théorie eût été inatta-
quable et profondément juste; mais elle était trop générale et croyait
tout expliquer. Ce fut là son tort, si nous connaissons bien ce qu'il a
dit. On se laisse trop généralement influencer par des considérations
qui sont tout à fait extérieures à la question discutée : dans l'espèce,
parce que les Pères de l'Église ont adopté l'évhémérisme qu'ils ne
comprenaient que par son petit côté et qu'ils jugeaient facile à retour-
ner contre les adversaires du monothéisme, ce ne saurait aucunement
être une raison pour rejeter une théorie qui contient ou peut contenir
une parcelle de vérité. Parce qu'un homme notoirement ignorant énonce
une proposition qui se trouve par hasard être vraie, ce n'est pas une
raison pour que je ne pense pas comme il a pensé une fois dans sa vie.
Ainsi en est-il pour la question qui m'occupe. Ce que j'ai à faire, c'est
de ne pas plus m'inquiéter de son opinion que si elle n'avait jamais été
émise, d'examiner la question par moi-même, et de me former un juge-
ment.

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